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Billet de blog 20 janv. 2016

Le nombrilisme et les étiquettes.

J’ai repensé au film « Bienvenue chez les Ch’tis ». C’est une caricature. Pourtant, pour être née Ch’timi et avoir vécu à Marseille, Paris ou ailleurs, je peux vous jurer que c’est souvent que les moqueries sur les ch’tis sont assez caricaturales : la consanguinité et du coup la débilité plus ou moins fréquente, l’alcoolisme, la pauvreté… J’avoue que ça m’a pas toujours fait rire d’ailleurs.

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A force de me poser des questions sur le « pourquoi les gens versent-ils plus facilement du côté de la haine et du rejet de l’autre plutôt que vers la compréhension et le partage », j’en suis arrivée à des conclusions, qui, à mon humble avis, devraient faire réfléchir de nombreuses personnes qui se sentent « le cul entre deux chaises ».

Je milite pour différentes cause, depuis bien des années : pour l’aide aux sans-abris, pour les droits des enfants, pour une véritable prise en charge des victimes de viols et/ou violences incestueuses, pour les droits des homosexuels ET de leurs enfants, pour le respect des droits de l’homme et donc ceux notamment des personnes migrantes.

En ce moment, j’avoue, j’en ai marre. Pas des causes que je défends, pas de défendre des idées auxquelles je crois. Non, j’en ai marre de l’indifférence qui règne dans notre pays, de cette facilité qu’ont trop de personnes à pencher du côté de la facilité : le rejet, le déni, le concept de « la faute à l’autre » ou du « m’en fous, suis pas concerné »…

En ce moment, on voit bien grossir le nombre des adhérents aux pages Facebook qui s’autoproclament défenseurs des « bons » français ou même des « bons calaisiens », des pages qui n’hésitent pas à inciter à la haine, à la violence sous couvert de ras-le-bol ou de « justice à rendre soi-même ». Les gens qui gèrent ces pages sont tellement aveuglés qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils contribuent à donner de la ville de Calais, ou de notre pays en général, une image aussi moche que nauséabonde. Ils montrent des images et les livrent brutes, sans explications, sans dénoncer le contexte, sans aucune objectivité. Et ça effraie non seulement les gens qui pourraient plus ou moins se sentir concernés que ceux qui, au loin, imaginent notamment la  ville de Calais comme étant devenue le théâtre d’une guerre où de pauvres civils assiégés lutteraient contre des envahisseurs (djihadistes ?!) et vivraient en occupation…

Récemment, une personne me disait « vous venez de Calais ! Quelle horreur cette ville, tous ces pauvres gens, déjà qu’à la base la région n’est pas avantagée… » Et oui, « quelle horreur cette ville »… Pourtant je l’ai aimée cette ville, j’ai voulu y faire ma vie, je m’y suis mariée, ma fille y est née… Comment lui dire ? « Non, c’est pas l’horreur. Il y a une situation difficile, douloureuse autant pour les réfugiés que pour les Calaisiens pris en otages, mais ça reste une jolie ville, avec des gens formidables ». Comment lui expliquer ? Que j’aime encore cette ville, malgré toutes ses turpitudes.

J’ai repensé au film « Bienvenue chez les Ch’tis ». C’est une caricature. Pourtant, pour être née Ch’ti et avoir vécu à Marseille, Paris ou ailleurs, je peux vous jurer que c’est souvent que les moqueries sur les ch’tis sont assez caricaturales : la consanguinité et du coup la débilité plus ou moins fréquente, l’alcoolisme, la pauvreté… J’avoue que ça m’a pas toujours fait rire d’ailleurs. Et même quand je vivais dans le Nord, on me disait que les gens du Pas-de-Calais étaient des alcooliques consanguins…  Quand j’ai annoncé que j’allais vivre à Calais, on m’a dit « mais t’es folle, y’a rien là-bas à part des filles-mères complètement débiles engrossées par un membre de leur famille »… Honnêtement, heureusement que je n’ai pas écouté ces horreurs.

Mais quand je parlais de ma vie « marseillaise » aux gens du Nord ou du Pas-de-Calais, j’avais aussi droit à des discours hallucinants : les Marseillais, tous des voleurs, des menteurs, des fainéants…

Concernant Paris… Caricatures aussi, il parait que les Parisiens sont tous cons et portés sur le fric et la mode et se croient les rois du monde.

Vous savez quoi ? C’est vrai. Tout ça, c’est vrai. Il y a des débiles profonds dans le Nord/Pas-de-Calais, des menteurs fainéants à Marseille et des connards matérialistes à Paris.  Mais pas que. Dans leur grande majorité, les gens sont pareils partout. Il y a de tout, partout. Je le dis souvent, la connerie est universelle. La bienveillance et l’intelligence aussi.

C'est fou ce besoin de toujours coller une étiquette aux gens qui nous sont autres.

Pourquoi depuis quelques années sent-on une crispation de nos compatriotes ? Une tendance à adhérer plus facilement à des propos vengeurs ou haineux, à accuser « l’autre » quel qu’il soit de tous les maux ? A ne se soucier que de soi-même en niant l’horreur qu’on fait subir à d’autres ?

Pour exemple… J’ai lancé une pétition contre le délai de prescription concernant les plaintes pour viols sur mineurs et pour violences incestueuses. Et bien je rame, 600 signatures, tout le monde s’en fout. Il y aurait au minimum 125 000 mineurs concernés chaque année. Mais tout le monde s’en fout. Pourtant, quand un enfant meurt violé et assassiné, les gens font des marches blanches et pleurent, réclament des sanctions. Mais quand il s’agit de soutenir ceux qui ont été victimes et qui ont survécu : tout le monde s’en fout.  Pourquoi ?

Parce que… Vous savez « c’est pas mon problème », « ça ne m’arrivera pas à moi », « oh, ça doit pas être si grave », « de toute façon, c’est surement exagéré »… Alors pendant que tout le monde s’en lave les mains, une personne est violée toutes les 2 minutes ½, et une fois sur deux, c’est un enfant.

Le problème de notre société c’est ça : « pas mon problème ».

C’est de toujours considérer ses problèmes comme les plus importants, les plus graves, les plus dignes d’intérêt. Du coup, au lieu d’avoir une population qui se soutient, défend une idée commune, avance dans le respect de chacun et le partage, on a une population qui se déchire, se méfie de son voisin, accuse tous ceux qui lui sont plus ou moins différents d’être responsables de tous ses maux.

Et voilà pourquoi on accuse les migrants d’avoir « coulé » Calais. Comme si Calais était une ville qui allait bien, dont  tous les habitants sans exception seraient exemplaires, honnêtes et travailleurs.

C’est aussi pour ça qu’on en veut aux musulmans, parce que le terrorisme fait peur, et au lieu de comprendre que nous sommes tous dans le même bateau (il suffit de constater que les victimes des attentats comptaient parmi elles des musulmans et des étrangers), on veut faire porter le chapeau à quelqu’un qui nous est accessible, que l’on peut repérer facilement. C’est pratique, mais ça ne sert à rien d’autre qu’à faire plus de mal.

C’est aussi pour ça qu’on accuse les chômeurs de creuser la dette, pendant que de « pauvres travailleur » s’échinent toute la journée au boulot et paient leurs impôts.

C’est pour ça qu’on trouve toujours une bonne raison de ne rien donner à un sans-abri en considérant que « de toute façon il va le boire ».

C’est pour ça qu’on prétend que les juifs sont riches et radins « parce qu’ils sont communautaristes ».  

C’est aussi pour ça qu’on tape sur les homosexuels et qu’on met en avant le fait « qu’une famille c’est un papa et une maman », alors même que des millions d’enfants sont élevés par des parents célibataires (homos ou hétéros !) et ne s’en tirent pas plus mal que les autres enfants.

Il y a même des gens pour crier que les migrants comme les homosexuels, sont des pédophiles en puissance, oubliant qu’en France la grande majorité des pédophiles est constituée de français hétéros…

C’est pour ça qu’on préfère dire que les « humanistes sont des bobos de gauche », alors que « humaniste » ça devrait être tout le monde et que de nos jours gauche ou droite, ça ne veut strictement plus rien dire.

C’est pour ça qu’on colle l’étiquette de « fachos » à ceux qui dans l’incompréhension totale et souvent par fainéantise suivent les délires de quelques extrémistes agités sans pour autant adhérer à toutes leurs idées. Oui, fainéantise, car il suffit souvent de se donner la peine de se documenter, de réfléchir, de comprendre pour s’apercevoir que les faits ne sont jamais binaires, même si parfois on aimerait simplifier, dans la vie les choses ne sont pas toutes noires ou toutes blanches.

Tout ça est insupportable en réalité. C'est du déni. C'est ce qui mène à la dictature parce que personne n'est dans une démarche commune, chacun se bat pour son nombril. Alors il est facile de faire croire à celui dont la seule préoccupation est lui-même que les autres sont mauvais, tous les autres, et que rien d'autre n'est grave que ce qui le touche lui personnellement. Et ainsi, la haine, le rejet de l’autre seraient les moyens les plus sûrs pour se protéger ? Folie…

Ce qu’il faudrait se demander, c’est « à qui cela profite-t-il ». Ce qu’il faudrait mettre en évidence, c’est « qui sont les véritables responsables de nos maux à tous ». Ce qu’il faudrait se demander aussi c’est « comment combattre ce phénomène et rendre sa dignité et sa grandeur à notre pays ».

Est-ce que dans la vie, il ne serait pas plus juste, utile et cohérent de se serrer les coudes plutôt que de construire des murs entre le gens pour les empêcher d’être heureux ensemble ?

Alors j’en ai marre. J’ai souvent la nausée ces derniers temps. Mais j’y crois encore, que la majorité des français, des êtres humains, sont des personnes de bon sens, de bienveillance. J’y crois encore que les gens ne vont pas continuer à foncer tête baissée dans le mur et risquer de faire de nos enfants une génération sacrifiée pour une guerre de valeurs qui ne devrait pas exister.

Parce que nous sommes la France, ce pays qui s’est battu à maintes reprises pour le droit des personnes, pour la justice, pour la liberté.  Et même, vous savez… Y’a pas si longtemps, quand nous étions « Charlie »…

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