"Ici c'est chez nous"...

Il paraît que la France est un pays fier, digne, cultivé… Il faut croire que les temps ont changé. La lumière fait défaut, c’est pas l’hiver qui arrive, c’est la nuit. Quand les ténèbres auront recouvert le bocal, peu importe qui sera dedans.

Il suffit d’allumer la télé pour se rendre compte que ça y est, notre société est tombée dans un tourbillon de violences.

Ce tourbillon-là n’est pas fait de vent, d’air, d’eau ou de poussières. Il est fait de rejet, nourri par la bêtise dont se servent les plus pervertis pour amener le troupeau à suivre le loup plutôt que ce connard de berger qui ne sait plus où il va.

C’est une tornade, infernale et puissante qui dévaste, ravage, démolit.

Ça démolit les valeurs fondamentales de notre république, ça démolit les convictions, les envies, les espoirs et ça nivelle par le bas.

Alors à force de servir du populisme à ce bon peuple français qui s’imagine trop souvent posséder une souche plus propre que son voisin, à force de toujours dire que c’est la faute à l’autre, voilà, on y est.

Entre des gamines qui violentent des personnes âgées, des mecs déguisés en flics pour agresser une personne malvoyante, un gamin qui tire (des plombs) sur des mômes de maternelle, des salariés condamnés pour avoir désespérément voulu sauver leur boulot , une femme condamnée pour avoir craqué et abattu l’homme qui l’avait battue et violée (ainsi que ses filles) durant 47 ans, deux SDF morts dans  la rue sous l’indifférence générale, un agité du bulbe qui sort un fusil devant des manifestants au motif que ce sont des migrants, des militants d’extrême gauche qui taguent une statue de De Gaulle et Macron qui trouve que c’est dur pour les patrons…

Comment voulez-vous imaginer un avenir serein, des solutions où chacun pourrait vivre en paix, dans le respect de ses convictions, de ses habitudes de vie, de ce qu’il est ? Chacun se fout de l’autre, de son histoire, de sa vie.

Les politiques, tous bords confondus ne valent plus rien, ils se sont « vulgarisés », on ne les respecte plus. Pas parce que nous, français, manquons de respect. Mais parce que ces gens-là ne nous inspirent plus aucune confiance, aucun respect. On le voit transpirer leur opportunisme, c’est malsain, parfois habile, mais c’est bien là, une manière de retourner sa veste délicatement, de la teindre en bleu marine progressivement, au point de faire passer le bleu marine pour un ciel clair d’espoir.

Ils nous ont trahis, ils nous ont vendus, ils nous ont insultés. Ils nous prennent pour des cons, vraiment.

Mais le fait est, qu’on est sacrément con. Vraiment, faut être sacrément con pour crier tous ensemble qu’on en a marre de ces guignols étiquetés de gauche ou de droite, d’extrême gauche ou d’extrême droite tout en continuant à nous foutre sur la gueule pour savoir lequel de ces pourris est finalement le moins pire et lequel d’entre nous gueulera le plus fort pour s’en tirer le moins mal possible ?

On est une bande de cons.

Et le pire, c’est qu’on arrive tous à trouver toujours plus cons que nous. Et c’est sans fin.

Alors tous les coups sont permis… Balancer des infos personnelles sur le net, poster le portrait de personnes avec leur nom pour inciter à la haine, utiliser le vécu des gens pour les blesser, insulter sans aucune retenue, menacer. Et ça passe… tranquille, ça fleurit sur les réseaux sociaux comme une pandémie, comme une maladie incurable, ça se pose là, ça prend de l’ampleur et ça fait changer le visage de Marianne qui grimace de douleur et devient hideuse.

Pendant ce temps-là, Sarkozy vend son bouquin, Macron aussi, Juppé entretient sa forme, Hollande se décompose et Valls tourne en rond à force de toujours prendre à droite…

La famille bleu marine attend son heure, c’est qu’une question de temps, parce que la France est devenue comme ça. On crache sur la liberté des uns en imaginant devenir plus libre soi-même, sans s’apercevoir qu’on fabrique sa propre chaîne pour se pendre, comme un con, entêté. Parce que de toute façon, ici c’est chez nous, les autres ils dégagent, tant pis si c’est la guerre, ici c’est chez nous, on en fera un champ de ruines, nos mômes y crèveront pour qu’on puisse le dire fièrement, tel le coq les deux pieds dans la merde : ici c’est chez nous. Le reste on s’en fout. 

On ne revendique rien de spécial, on propose pas des choses intelligentes, on n’est pas dans un mouvement de construction, de vision d’avenir. On est dans un  bocal de poisson, on voit pas ce qui est de l’autre côté de ce putain décor qu’on voit cent mille fois par jour… On se contente de ce bocal, et on le revendique, ici c’est chez nous, et quand y’aura plus une goutte d’eau, ce sera encore chez nous, on y crèvera seul, comme une pauvre merde asséchée, mais fier d’avoir défendu ce putain de bocal, ce truc qui à l’échelle de la planète, de l’univers, n’existe pas.

Il paraît que la France est un pays fier, digne, cultivé… Il faut croire que les temps ont changé. La lumière fait défaut, c’est pas l’hiver qui arrive, c’est la nuit. Quand les ténèbres auront recouvert le bocal, peu importe qui sera dedans.

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