Ils dormiront dehors.

Alors que les tensions sont devenues ingérables quelque soit la position qu’on adopte vis-à-vis de la présence des migrants, la municipalité continue de faire les mauvais choix.

Madame Bouchart est fière de dire que grâce à elle ouvrira prochainement (c'est-à-dire sans doute pas avant de nombreuses semaines) un centre d’accueil de jour, le fameux « Jules Ferry ».

Alors on replace les choses dans leur contexte ?

Octobre 2013 : Mme Bouchart appelle à dénoncer les migrants et les No Border allumant ainsi la mèche qui a permis d’enflammer quelques esprits aveuglés par le racisme et de donner la parole à l’ultra-droite…

Décembre 2013 : Suite à la venue de Manuel Valls (alors ministre de l’intérieur) Mme Bouchart dit que les Maisons de Migrants ne se feront pas à Calais, elle n’en veut pas.

Mai 2014 : Mme Bouchart dit « « […] j’ai usé de mon pouvoir de police pour saisir le président du conseil régional pour lui demander d’intervenir ». Le 28 mai 2014 sous prétexte d’une épidémie de gale plus de 600 personnes voient leurs abris détruits.

5 juin 2014, Madame Bouchart propose une modification de la loi sur les squats, proposant leur évacuation à « l’initiative du maire »  sous 96 heures eu lieu des 48 heures existantes. Cependant, il n’est nullement besoin à madame Bouchart que cette proposition soit appliquée. A Calais, un squat a notamment été évacué alors qu’il existait un contrat EDF qui démontrait que le lieu était occupé depuis une semaine. La police aurait retenu comme motif à cette expulsion le témoignage d’un riverain qui prétendait que l’occupation de la maison datait de moins de 48h… Il semble qu’un témoignage orienté soit plus considéré qu’un document officiel. Ce n’est pas le seul cas d’expulsion « illégale » car hors délai de 48h.

24 juin 2014 : Madame Bouchart demande l’expulsion des migrants qui s’étaient réfugiés sur l’aire de distribution des repas à la suite de la destruction des camps du 28 mai, elle demande également « la destruction des effets personnels ». Aucune mesure de relogement n’est proposée. Madame Bouchart souhaite simplement que les migrants disparaissent. Cette expulsion a eu lieu le 2 juillet, a coûté à l’état et à la municipalité des dizaines de milliers d’euros, pour rien. Moins d’une semaine après, tous les migrants déplacés étaient de retour.

26 juin 2014 : Madame Bouchart s’oppose à l’installation des femmes et enfants de ce que l’on appelait « le squat Hugo » dans les locaux (privés) loués et prévus à cet effet par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale sous la surveillance du préfet, projet travaillé conjointement avec les associations et les No Border. Le maison du « squat Hugo » a donc été rendue à sa propriétaire avec du retard et les femmes et les enfants ont été installés en urgence dans les locaux (inappropriés) du Secours Catholique qui depuis ne peut plus travailler correctement.

 On peut constater que depuis près d’un an Mme Bouchart fait TOUT ce qu’il lui est possible de faire afin de mettre les migrants dehors sans se préoccuper de leur sort.

On peut constater que c’est la communication de Mme Bouchart et de ses adjoints qui a fortement nourrit le sentiment d’insécurité en stigmatisant autant les migrants que les associations, je ne parle même plus des No Border dont Mme Bouchart prétend qu’ils sont des passeurs, des mafieux… L’indécence n’a pas de limite.

Alors donc que Calais vit des moments particulièrement douloureux, que les calaisiens sont plus divisés que jamais, Mme Bouchart enfonce le couteau dans la plaie.

La mairie vient de racheter 330 000m2 de terrain autour du port, dans le lot : la salle du BCMO qui accueillait ces derniers hivers les migrants et sans domicile fixe  lors des plans « grand froid ». « Ce ne sera pas le cas cet hiver » a déclaré Mme Bouchart,  renvoyant à l’ouverture du centre d’accueil Jules ferry…

Ce sera un accueil de jour… Pas un accueil de nuit ! Ce n’est qu’un projet ! Pour le moment aucune date n’a été avancée, il y a des aménagements à faire, des conventions à signer… Il ne semble pas encore décidé du sort des femmes et des enfants qui sont supposés quitter les locaux dans les quels ils sont entassés.  Seront-ils logés ?

Nous sommes donc le 28 octobre. Mr Vandamme, propriétaire des locaux qui abritent le squat des salines aimerait, et c’est normal, récupérer ses locaux. La direction et les salariés de l’usine Tioxide aimeraient que les camps autour de l’usine soient évacués de manière à pouvoir travailler sereinement, et ça aussi c’est normal… D’ailleurs, le 21 mai Mr Robin, préfet du Pas-de-Calais dénonçait une épidémie de gale, s’érigeait en protecteur de la sécurité sanitaire afin de justifier la destruction des camps… Le fait que des centaines de personnes, dont des enfants, vivent dans des boues toxiques, sans hygiène et donc à la portée d’infections diverses ne semble pourtant pas représenter un danger sanitaire. 

Mr Robin a déclaré qu'il n'y aura pas d'expulsion pour le moment, pas avant l'ouverture de l'accueil de jour. Mais donc, encore une fois... et la nuit ?

Tout ça donne l’impression que les autorités, finalement, sont satisfaites du fait que les No Border et les associations gèrent le quotidien des migrants. Que les migrants soient abrités illégalement dans des squats et des camps est une aubaine, car ce sont des propriétaires privés qui en font les frais, pas l’état.  Avec un minimum de bonne volonté, il y a longtemps qu’un camp humanitaire d’urgence aurait pu accueillir tous ceux qui vivent dans les squats et les camps : des terrains, des tentes et des blocs sanitaires auraient permis de faire baisser les tensions, de calmer les esprits en mettant les personnes à l’abri tout en permettant aux associations de travailler dans des conditions dignes.

Aujourd’hui, il n’y a plus de douches, plus de W.C pour les migrants. La distribution de l’unique repas quotidien se fait sur terrain vague le long d’un quai dans des conditions insupportables pour les bénévoles, les migrants mais aussi les calaisiens qui supportent chaque jour le spectacle de la misère. Pendant ce temps, la municipalité paie la surveillance 24/24h de ce qui était autrefois l’aire de distribution des repas, rue de Moscou, on peut se demander combien cette surveillance coûte aux contribuables calaisiens.

Cet hiver donc, les migrants dormiront dehors. Parmi eux des enfants de moins de trois ans.

Les autorités ne font pas leur travail. En ne parlant que de sécuriser on détourne l’attention de la France entière sur ce qui est à la fois le vrai problème et un scandale écœurant : à Calais, en France en 2014 le gouvernement soutenu par la municipalité démissionne de ses obligations envers les réfugiés autant qu’envers les citoyens calaisiens.

Les migrants sont abandonnés à leur sort pendant que les calaisiens doivent assister impuissants à la stigmatisation de leur ville qui devient le symbole de l’absurde incompétence des responsables politiques de tous bords.

Non, la situation n’est pas gérée, non, ça ne va pas s’arranger avec un accueil de jour, parce que tant que des enfants, des femmes, des hommes devront dormir dans la boue, nous serons un pays honteux, et Calais représentera l’échec de l’Europe, de la France et cette municipalité sera celle qui aura permis de déchirer les calaisiens en déroulant le tapis rouge aux extrémistes nazillons qui se frottent les mains du malheur des autres.

Actuellement, sans l’incroyable et indispensable travail des bénévoles, la ville serait dans un triste état…

L’hiver sera rude.

 

 

 

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