Du 11 avril 2011 au 11 avril 2016.

Laurent Gbagbo, dont le procès devant la CPI oscille entre déni de justice et grand-guignol, demeure un symbole de l'Afrique bafouée. Malgré le traumatisme évident causé par son arrestation le 11 avril 2011 par l'armée française, la prise de conscience et les engagements continentaux ne sont toujours pas à la hauteur...

Le lundi 11 avril 2011, Laurent Gbagbo est capturé par des soldats français afin d'être remis à la soldatesque dépenaillée d'Alassane Ouattara.
Ainsi se clôture par un camouflet, la séquence politique la plus dévastatrice pour la Côte d'Ivoire depuis son "indépendance" et le premier acte du retour de la France impérialiste en Afrique subsaharienne.

L'histoire n'est plus à raconter sur ce chapitre funeste et profondément traumatisant de notre histoire collective.
"Notre", car tout africain, où qu'il se soit trouvé ce jour d'avril 2011, a ressenti au plus profond de sa chair l'humiliation suscitée par ces images diffusées en boucle par les caméras du monde entier, d'un chef d'état africain mis aux arrêts par les forces de l'ennemi multiséculaire français.

Gbagbo n'est pas Béhanzin ni Lumumba.
Il n'est pas Um Nyobé ni Sankara.
Toujours vivant, il lui manque cette absence au monde qui pousse l'encre de la plume du biographe hors du lit étroit de l'histoire et l'amène à submerger les terres fertiles et infinies du mythe.
Prisonnier de la CPI, donc de la justice internationale occidentale, il appartient toujours à notre quotidien.

Comme l'aiguille parcourant le cadran de l'horloge nous rappelle que le temps s'en va indéfiniment et ne peut être retenu, sa détention nous remémore chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde notre condition de prisonnier d'un monde confisqué et modelé par l'Occident. Ballotés par le quotidien et les futiles contingences du commun, il nous arrive souvent, et cela est humain, d'oublier l'essentiel.
Les destins individuels prenant le pas sur le destin collectif, l'engagement se fait sacerdoce pour les uns, perte de temps pour les autres, essoufflement pour tous.

Pourtant, seuls les dépassements du confort matérialiste, de la culture de la jouissance instantanée et permanente (ce culte du mesquin et du médiocre), sont à même de redonner du sens aux véritables enjeux que recelaient la crise post-électorale ivoirienne et un interventionnisme français se poursuivant depuis en Afrique subsaharienne.

À ce jour et à hauteur d'homme, il n'y a pas eu de réaction collective adéquate à l'ingérence française se démultipliant depuis 2011.
Raison pour laquelle cette dernière se poursuit et se pérennise.
Raison pour laquelle, en ce jour anniversaire, s'ajoute aux souvenirs douloureux un sentiment mêlé de honte, de désarroi et d'impuissance...

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