De l’espoir à la tristesse

Je regardais recroquevillé en dedans de moi. Je voyais un paysage lunaire. Quelques végétations que des jeunes gens observent.

Extrait du film "Armadillo" Extrait du film "Armadillo"

Je regardais recroquevillé en dedans de moi. Je voyais un paysage lunaire. Quelques végétations que des jeunes gens observent. De loin. Une zone verte au milieu de nulle part. Un village dans un paysage lunaire. Les jeunes gens sont des soldats danois de la force d’assistance international. Le pays est un bout de terre damné: l’Afghanistan.

Armadillo - Dans le piège afghan. Arte. Attention, ce documentaire contient des images violentes.

J’entends. Force internationale de sécurité et d’assistance. Je pense. C’est beau l’assistance. Mais pas l’occupation. C’est beau l’amour mais pas le viol. Pourquoi l’idée est toujours plus belle que la réalité ?

Je ne sais pas.

Je regarde à travers les trous dans mon crâne. Mes yeux me font mal. J’attends la catastrophe. J’observe l’idée. Je ne comprends pas. Je vois l’excitation de jeunes gens en attente d’action. D’adrénaline. J’imagine déjà leurs nuits sans sommeille une fois qu’ils auront eu leur heure de pure excitation et de gloire. De terreur aussi. Quinze pourcent auront des séquelles psychologiques. Trois pourcent auront le PTSD (Posttraumatic Stress Disorder). Ce n’est pas beau de sentir le stress post-traumatique. Mais je ne peux pas leur crier ça. Ils ne m’entendent pas. De toute façon ils ne me croiront pas. Pour l’instant ils ne peuvent pas imaginer. La douleur. Ni leur douleur ni celle de ceux qui les entourent. Leurs proches. Ni la douleur des damnés, les autochtones.

De toute façons ils ne vivront pas long temps. Les autochtones.  De toute façon ils ne comptent pas. Les autochtones. On ne les a jamais comptés. On a perdu leur compte. Depuis tout ce temps. On ne va pas non plus faire des minutes de silences. Si non on ne parlerait plus.

Je pense. Ils m’emmerdent parce qu’ils font partie de moi et moi d’eux. Ils emmerdent tout le monde avec leurs paysages lunaires et leurs yeux qui vous demandent de leur foutre la paix. Ils n’ont riens demandé ni aux Russes ni aux Américains et encore moins aux Danois.

Je regarde. Les jeunes gens venus pour ressentir le « rush ». Ils marchent à travers un village lunaire. Les enfants les suivent.

Vers les voix de la nuit des étoiles perdues1

J’entends encore. Force internationale de sécurité et d’assistance. C’est beau l’assistance mais pas l’insécurité et encore moins le meurtre des enfants et des jeunes gens, la tête plein de rêves et de folies.

J'entends des sons lointains qui cherchent des caresses1

Des tires. On court. On se cache. On tire à tue-tête.  Personne n’est mort ? Pas encore. La vache ! S’exclame un « robocop» armé jusqu’aux dents. Un coup de pied dans une petite porte en bois. Une explosion dans un mur d’enceinte d’une maison pour se frayer un chemin. 

Elle est effrayée la vache maigre qui a du male à tenir debout. Un vieux explique qu’ils sont fatigués. No, pas seulement les vaches. Surtout Les villageois pris entre les robocops venus d’ailleurs et les fous de dieu.

Dieu est une idole là-bas. Un rock star au Danemark. Les robocops écoutent du métal sur les plaines maudites. Ils tirent aux sons du métal. Le métal qui déchiquète leurs beaux corps et les corps migres des vaches et ceux des fous de dieu. Ils sont morts. On les tire par les jambes. C’est une vache ? Non c’est un homme. C’était un homme. C’était un enfant. Un jour il y a bien long temps.

Je me demande si sa mère l’aimait. Est ce qu’il pensait à sa mère avant d’être déchiqueté ? Peut être à son idole ?! Le dieu.

Je pense et je suis sûre : même s’il existait, il faudrait s’en débarrasser. Du corps ? No, de dieu. Des corps aussi.

‘‘ Au coin d'un vieux soleil exténué des glaces.

Mélancolie Mélancolie la mer se calme
Je vois monter partout des filles et des palmes
Avec des fruits huilés dans la fente alanguie
Les matelots me font des signes de fortune
Ils se noient dans le sang du soleil descendant
Vers l'Ouest toujours à l'Ouest”1

Je crie. Arrêter la folie. Ils ne m’entendent pas. Ils continuent. Ils ne savent pas ce qu’ils font.

Huic ergo oarce, Deus!

 Épargnez-(les) mon dieu!

__________________________

1- Les amants tristes de Léo Ferré

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.