Les présidentielles et "L'Art de la Guerre" : ah si Fillon avait lu le chapitre 2 !

Le chapitre 2 de "l'art de la guerre" porte sur la conduite des hostilités. L'étude de ce passage nous renvoie à la situation présente de François Fillon et aux conséquences de sa gestion des primaires de droite. Avec quelques règles qu'il aurait fallu suivre ...

Sun Tzu, dans ce chapitre traitant de la conduite de la guerre, évoque les moyens nécessaires à réunir pour partir au combat. Il cite notamment les approvisionnements nécessaires au paquetage de cette armée, mais aussi les alliances qu'il est bon de nouer pour renforcer ces moyens matériels.  Il cite Tu Mu : "dans l'armée, il existe un rituel de visites amicales faites par les seigneurs vassaux (...) les conseillers et visiteurs". 

Sun Tzu conseille donc de s'armer, renforcer ses victuailles mais surtout s'entourer d'alliés pour d'éventuels moments difficiles. Fillon s'en est-il assuré au moment des primaires de la droite ? Etait-il suffisamment équipé pour partir au combat ou ne comptait-il que sur sa  dynamique de victoire? C'est sans doute le cas, contrairement aux Sarkozy et Juppé, préparés à l'affrontement sur leur droite et sur leur gauche. L'apport des ses concurrents ne lui fut pourtant pas nécessaire jusqu'au 28 janvier, début du Penelopegate. Mais vint ce d'autant plus rude et violent qu'il n'y était ni entrainé ni attentif. Pour lui, la bataille morale était déjà pliée et il l'avait gagnée. C'est pourtant sur ce point qu'il a été attaqué, alors qu'il y avait lâché l'essentiel de ses forces, en s'avançant très loin en terrain découvert. 

Conséquence : il y a perdu la quasi totalité de ses forces et, pour avoir combattu ses futurs alliés sur ce même terrain, il n' a pu qu'espérer un soutien poli. Soutien si ostensible pour son "honneteté" qu'il respirait l'ironie dans chacune de ses expressions. En tout cas impossible dans ces conditions de jouer gagnant. Fillon a donc épuisé ses partisans et cherche désormais les quelques mercenaires de "Sens commun" pour livrer une bataille ultime. 

Sur les deux premiers préceptes de ce chapitres, on peut donc pointer chez lui deux erreurs : une armée trop dépendante et des alliés incertains, mal entretenus. 

Une bataille trop longue

Sun Tzu pousuit en évoquant le facteur temps : "les armes s'émoussent quand les combats durent trop longtemps". C'est le cas, la bataille est devenue interminable, faute de l'avoir conclue dans les jours qui ont suivi l'affaire de Canard Enchainé. "Lorsque vos armes auront perdu vos tranchants, que vos forces seront épuisées et que votre trésorerie sera réduite à rien, les souverains voisins profiteront de votre détresse pour agir". On voit arriver Juppé l'humilié de la primaire qui n'a aucun mal à rendre à Fillon la monnaie de cette humiliation. 

Une phrase de Sun Tzu est savoureuse et nous renvoie au départ de Patrick Stefanini de la campagne : "et même si vous avez des conseillers avisés, aucun d'entre eux ne sera en mesure de dresser des plans adéquats pour l'avenir". 

Quant à l'offensive de ce dimanche, appelant au peuple, laissons parler l'ouvrage : "une attaque peut manquer d'ingéniosité mais il faut qu'elle soit menée à la vitesse de l'éclair". De Gaulle fit convoquer ses partisans en l'espace de quelques heures en 68, après l'escapade de Baden Baden. Il renversa le cours des évènements. Plus près de nous Hollande annonça la décison de renoncer à se présenter en quelques heures. Ce qui sauvera peut-être son courant de pensée social libéral, même si Macron n'était peut-être pas la solution de sauvetage choisie. 

Les nouveaux conscrits de "sens commun"

Mais poursuivons dans les conseils de Sun Tzu qui nous aide à aborder cette convocation d'une manifestation populaire par Fillon : elle pourrait renvoyer à ce que le stratège chinois appelle "la levée de nouveaux conscrits", en convoquant ainsi les chantres de la droite extrème. Certes, cela peut aider à un baroud d'honneur mais comme dit plus haut, on ne gagne pas avec une armée de mercenaires. Ceux-ci n'ont pas la victoire de Fillon comme objectif : ils ne veulent que promouvoir leur idéologie sociétale, sans souci aucun du reste. 

Et l'on en vient à la radicalisation du combat par un Fillon acculé. L'ouvrage décrit la lutte entre l'armée Yen et les hommes Ch'i. La première radicalisa ses actions, avec une violence d'autant plus acérée qu'elle n'en pouvait plus, était à bout. Les excès furent tels que la riposte arriva violente et radicale. La sauvagerie exacerbée de l'armée Yen entraina sa propre défaite. C'est ce qui peut se produire dans ce rassemblement : la violence peut engendrer une violence bien plus sauvage ...

La suite du chapitre est plutôt destinée à ceux qui prendront la suite, en cas de défection de François Fillon : "tous les soldats prisonniers doivent être soignés avec une sincère magnanimité, afin de pouvoir être utilisés par nous". Magnanimité qui ne fut pas suffisante après la victoire de la primaire pour créer une solidarité suffisante pour accompagner le chef "jusqu'à la mort". C'est ce que nous avons vu dans le premier chapitre quand Sun Tzu évoque l'influence morale. 

Le même Sun Tzu qui, en cette fin de chapitre 2, conclut sur les difficultés de choisir un commandant en chef, non pour des opérations prolongées ... mais pour la victoire. C'est ce que vit la droite aujourd'hui après avoir raillé, trop sure d'elle, celles de la gauche. 

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