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Billet de blog 12 déc. 2015

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L’état d’urgence : idéal pour surveiller les militants écologistes et antifascistes !

Près de 2.500 perquisitions menées depuis les attentats du 13 novembre. C’est le bilan dressé par le ministère de l’intérieur jeudi 9 décembre, qui parle également de 354 personnes assignées à résidence. Cela irait si des activistes altermondialistes de tout bord ne subissaient pas eux aussi de plein fouet les mesures dictées par le premier flic de France.

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L’état d’urgence : une mesure pour annihiler toute contestation politique ? C’est en tout cas ce qu’affirme un article des Inrocks daté du 11 décembre, soit 13 jours après les spectaculaires arrestations de manifestants place de la République lors de rassemblements pacifiques. La répression antiterroriste semble essentiellement se concentrer sur des opposants aux politiques gouvernementales plutôt que sur des éléments supposés dangereux depuis sa mise en place. En témoigne l’assignation à résidence de 7 militants écologistes jusqu’au 12 décembre depuis les 24 et 25 novembre. Des mesures dénoncées par le bâtonnier de Paris Pierre-Olivier Sur vendredi 11 décembre : « cela ne doit cibler que les terroristes » rappelle-t-il au moment où les arrestations et mises en examen d’opposants politiques se multiplient ces derniers jours. Le Conseil d’Etat avait en effet validé ce jour les assignations à résidence en question au motif que les individus représentaient « un danger pour la sécurité et l’ordre publics ».

Les abus policiers comme signes de déchéance démocratique

A propos du rassemblement à République dans ses détails, la répression ultra-musclée avait conduit à l’arrestation de 341 personnes et à la condamnation de 2 personnes dont l’une à 3 mois de prison ferme. L’état d’urgence justifie donc un alourdissement des sanctions à l’encontre des militants anti-cop 21, que l’on n’aurait osé imaginées lors des manifestations pour la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes ou pour la commémoration de la mort de Rémi Fraisse.

L’appel avait pour l’occasion été lancé par de nombreux collectifs comme Alternatiba, Attac, le syndicat Solidaires ou encore le Nouveau Parti Anticapitaliste. D’autres organisations comme la plateforme Avaaz avait appelé à symboliquement laisser une paire de chaussure sur la place en signe de présence malgré l’état d’urgence interdisant toute forme de manifestation. De la « politique spectacle » dénoncée par plusieurs témoins sur place, évoquant l’usage abusif de bombes lacrymogènes ainsi que les interpellations musclées dont ils auraient été victimes après des rixes avec les forces de l’ordre. « Nous sommes dans notre droit, mais les policiers ont eu pour ordre d’impressionner.  L’Etat voulait faire du chiffre » assurait Andrea, avocat de 29 ans tout juste sorti de la Sorbonne. Même son de cloche chez d’autres militants, qui eux aussi décrivent au mieux des « incohérences », au pire des entraves aux libertés fondamentales.

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Des mesures assumées par l’Etat en vertu de la « sécurité nationale »

Du côté du gouvernement, on répond sur un ton encore plus sécuritaire qu’avant les attentats meurtriers du 13 novembre dernier. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a dès le mardi qui a suivi dénoncé des échauffourées provoquées par des individus « cagoulés et masqués » manquant de respect à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie lors des attaques. Ce dernier a par ailleurs annoncé un renforcement des mesures sécuritaires, qui se caractériseraient par de nouvelles interdictions de manifester et des moyens plus importants accordés à la Police pour faire régner l’ordre. Le premier flic de France s’amuse également à discerner les « manifestants pacifistes » ayant formé des chaînes humaines des « casseurs » d’une extrême violence, tous selon lui arrêtés et placés sous l’autorité du procureur de la République.

Des instructions que regrette le bâtonnier de Paris, qui parlait quelques jours plus tard d’un « recul des libertés publiques ». Car outre les répressions abusives lors de manifestations, qu’elles soient pour l’écologie ou les réfugiés, les fermetures de mosquées viennent d’entrer dans la danse, avec pas moins de 5 salles de prières désormais interdites d’accès.

Celle d’Aubervilliers avait déjà été mise à sac par la Police lors d’une perquisition infructueuse, d’autres comme celle de Lagny-sur-Marne sont désormais sous le coup de fermetures provisoires en raison « d’appartenance au mouvement salafiste ». Le bilan sécuritaire désastreux pour tout individu attaché à ses libertés les plus simples (de circulation, d’expression et de rassemblement) risque bel et bien pourtant de continuer. Nos deux chevaliers sécurité Valls et Cazeneuve ont inclus dans leurs petits papiers la possibilité de reconduire l’état d’exception au-delà du 26 février, date limite fixée par leur propre projet de loi. Une initiative « pas impossible » d’après le premier ministre qui permettra entre autres de réprimer davantage à l’occasion d’évènements tels que le salon de l’agriculture en mars, le marathon de Paris en avril ou l’Euro 2016 de football en juin.

Photos : AFP et Reuters

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