La crise sanitaire au Chili

Le pays connaît depuis octobre un mouvement social sans précédent mais la crise sanitaire inquiète les organisations syndicales qui appellent le gouvernement à prendre les mesures nécessaires.

Le pays connaît depuis octobre un mouvement social sans précédent mais la crise sanitaire inquiète les organisations syndicales qui appellent le gouvernement à prendre les mesures nécessaires. L’angoisse d’une propagation rapide grandit dans les prisons qui comptent de nombreuses personnes incarcérées pour des motifs politiques.

Prison et menace d’infection par le coronavirus : la double peine des manifestants chiliens

Depuis le lancement du mouvement populaire chilien le 18 octobre dernier, nombre de manifestants, jeunes pour la plupart ont été arrêtés et mis en détention préventive. Les motifs d’incarcération sont les plus divers et les plus injustifiés.
Aujourd’hui ceux que l’on peut considérer comme des prisonniers politiques en attente de leur jugement sont aussi confrontés au risque de contamination par le Coronavirus : le milieu carcéral y est propice et les conditions d’hygiène déplorables des prisons chiliennes comme la promiscuité, les mettent en danger. L’organisation des familles et amis des prisonniers politiques (OFAPP) demande la mise en résidence surveillée des prisonniers avant que leur procès ne fasse éclater au grand jour l’inanité des poursuites à leur encontre. Parmi les prisonniers il y a aussi beaucoup de mineurs. Et ceux-ci sont très angoissés à l’idée de rester dans des cellules qui n’ont pas été désinfectées, en contact avec d’autres prisonniers, loin de leur famille.

Un gouvernement qui n’est pas à la hauteur de la crise

Plus largement, la réaction du gouvernement Pinera face à la menace sanitaire est très insuffisante : le Colegio de profesores de Chile, le principal syndicat de l’éducation du pays, demande, depuis le 19 mars, que le gouvernement procède au confinement dans tout le pays et ne maintienne en activité que les secteurs de la santé et de l’approvisionnement alimentaire. Dans une déclaration joliment intitulée : Humanidad somos todas y todos (nous constituons l’humanité toutes et tous), les syndicats regroupés dans le Bloc d’action social affirment qu’il « demeure incompréhensible que le gouvernement ne décrète pas une quarantaine générale, moyen que tous les experts considèrent comme indispensable pour freiner la très rapide contagion du virus » et déplorent que « les travailleuses et travailleurs du secteur de la santé ne puissent compter à présent sur les conditions de protection nécessaires ».
La peur du virus a bien entendu mit fin aux manifestations de rue et repoussé au 25 octobre le référendum constitutionnel initialement prévu en avril. Face au péril, le gouvernement s’est contenté le 18 mars de décréter l’état de catastrophe sanitaire pour 90 jours, sans confinement, mesure qui permet de déployer l’armée dans les rues et, selon les autorités, d’assurer l’approvisionnement des hôpitaux et des magasins. Le 20 mars, plus de 450 personnes étaient contaminées selon des chiffres officiels, mais probablement beaucoup plus, les tests étant trop rares.
Dans l’Argentine voisine, la réaction a été beaucoup plus rapide : confinement général depuis le 20 mars - au risque de la récession économique -, championnat de football suspendu, fermeture de toutes les salles de spectacle et des commerces non essentiels, arrêt des vols internationaux en provenance d’Europe, d’Asie du sud-est et des États-Unis : il y avait pourtant à la même date moins de cas qu’au Chili (128) pour une population plus importante (44 millions d’Argentins et 18 millions de Chiliens).

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