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Billet de blog 13 mars 2024

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Récit de l'expulsion du bidonville d'Antony (92) du mardi 12 mars 2024

Comme vous le savez peut-être, un incendie s’est déclaré le 10 février 2024 dernier dans une habitation du bidonville de l’avenue Jouhaux à Antony. Après que les habitants ont tenté d’éteindre les flammes, sans y parvenir, ils ont évacué le terrain et fait appel aux pompiers.

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Expulsion des habitants du bidonville de l’avenue Jouhaux à Antony : l’abjecte décision du maire

Comme vous le savez peut-être, un incendie s’est déclaré le 10 février 2024 dernier dans une habitation du bidonville de l’avenue Jouhaux à Antony. Après que les habitants ont tenté d’éteindre les flammes, sans y parvenir, ils ont évacué le terrain et fait appel aux pompiers. 12 habitations avaient alors brûlé. Mais dès le lendemain, tous les habitants du terrain avaient été autorisés à y retourner, à s ’y réinstaller et ceux dont les habitations étaient détruites avaient immédiatement et vaillamment entrepris d’en construire de nouvelles. La vie reprenait son cours…

Pourtant, à leur stupéfaction, ils se sont vus informés, un mois plus tard, le lundi 11 mars, d’un arrêté du maire d’Antony, Jean-Yves Senant, leur demandant de quitter les lieux sous 24 heures.

Pourquoi cette urgence, cette soudaine nécessité d’expulser des familles ? Les rapports de police mentionnés dans l’arrêté municipal datent de la mi-février… L’arrêté lui-même daté du 8 mars n’est affiché que le 11… Quant aux conditions d’hygiène qui viendraient aujourd’hui constituer un danger réel et immédiat, nous les dénonçons depuis des années et n’avons eu de cesse de demander à la mairie et aux services de l’Etat d’y remédier par un aménagement du terrain. Il a fallu 4 longues années à la mairie d’Antony pour accepter que des rampes d’accès à l’eau soient installées ; alors, qui est responsable de l’insalubrité ? Qui a mis l’existence des habitants en danger ?

Alors que nous sommes en période de trêve hivernale, alors que le 26 février dernier l’association Trajectoires remettait à la Préfète à l’égalité des chances des Hauts-de-Seine, Madame Baptista, les résultats d’un diagnostic social, fruit d’un travail de plusieurs mois sur le terrain, visant à identifier les besoins des personnes et tracer des pistes de résorption du bidonville par l’insertion socio-professionnelle, alors que l’accès à l’eau avait enfin été réalisé l’été dernier, alors que nombre d’acteurs associatifs ou institutionnels (voir ci-dessous) intervenaient régulièrement pour améliorer les conditions de vie et permettre un accès effectif aux droits… le maire d’Antony a pris la décision honteuse de jeter à la rue 200 personnes démunies, dont une centaine d’enfants, des bébés, des femmes enceintes, des personnes âgées, malades… ne leur laissant que le délai scandaleusement minime d’une journée pour préparer leur départ. Et c’est ainsi que, dès ce mardi 12 mars au matin, avec le déploiement de dizaines de gendarmes et policiers, les habitants du bidonville de l’avenue Jouhaux ont été expulsés de leur lieu de vie. Pour aller où ? Quel autre choix ont-ils qu’errer de terrain en terrain, dans la crainte d’une nouvelle expulsion ? Quelle perspective l’Etat leur donne-t-il ? Comment sont-ils censés répondre à l’injonction de s’« insérer » quand tous les obstacles sont mis sur leur chemin pour les empêcher d’y parvenir ? A quoi cela rime-t-il de financer des diagnostics qui ne déboucheront sur aucune solution d’accès au logement ou au travail ? A quoi sert l’instruction ministérielle de 2018 sur la résorption des campements illicites dès lors qu’elle n’est pas contraignante ? Nous sommes révoltés par cette expulsion, la 3ème depuis 2020 dans la seule zone d’Antonypôle.

A Jouhaux, les premières familles se sont installées sur ce terrain situé à la limite de Wissous au printemps 2018. Depuis, notre association les accompagnait dans leurs démarches d’accès aux droits (santé, domiciliation, scolarisation…) réitérant des demandes de sécurisation du terrain, d’accès à l’eau, à l’électricité, au ramassage des déchets… présentant un projet de résorption du bidonville avec accompagnement social… frappant aux portes de la mairie, de sous-préfecture d’Antony, de la Préfecture des Hauts-de-Seine, de la Préfète à l’égalité des chances, de la DIHAL (Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement), etc pour tenter de faire appliquer l’instruction ministérielle de 2018 et obtenir des conditions de vie décentes sur le terrain. Nous les avions aussi soutenus dans les démarches judiciaires quand, dès 2019, l’Etat demandait leur expulsion. Dans une ordonnance de référé d’août 2019, le TGI de Nanterre jugeait irrecevable cette demande, faute d’avoir qualité et intérêt pour agir. La Cour d’appel de Versailles devait confirmer cette ordonnance en 2020.

Six années ont passé qui auraient pu, qui auraient dû permettre d’élaborer et mettre en œuvre des solutions pour le logement, le travail, la santé, l’école… Quel effroyable gâchis.

Plusieurs associations sont intervenues dans ce bidonville, certaines encore présentes ces derniers jours. Parmi elles nous pouvons citer : Système B (architecture), Intermèdes Robinson (médiation scolaire), PUI (Première Urgence International - médiation en santé), ASAV (médiation en santé), SI (Solidarité International – accès à l’eau et assainissement), ACINA (accompagnement socio-professionnel), Les Enfants du Canal, … Pendant le confinement, Banlieue Santé, la Conférence Saint-Vincent-de-Paul et le Secours populaire avaient apporté une aide matérielle. Une médiatrice scolaire du CASNAV 92 intervenait régulièrement, travaillant à la scolarisation des enfants et maintenant un lien entre les familles et les établissements scolaires … le CCAS d’Antony refusant la domiciliation des habitants du bidonville, nous avions aussi noué des liens avec la Croix-Rouge de Bourg-la-Reine,… Nous souhaitons ici remercier toutes les personnes qui, à un moment ou un autre, ont apporté leur expertise, leur aide, leur soutien aux familles vivant avenue Jouhaux.

Pour le CA du Collectif Romeurope-Antony

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