Les mystère de la Gauche, Jean-Claude Michéa

Toujours imprégné de libéralisme mitterrandien, le socialisme à la Hollande ne convainc pas le philosophe Jean-Claude Michéa.

ENTRETIEN AVEC JEAN-CLAUDE MICHEA © CLAVbe1

Toujours imprégné de libéralisme mitterrandien, le socialisme à la Hollande ne convainc pas le philosophe Jean-Claude Michéa.

Disons-le d’emblée : les Mystères de la gauche (Climats) est le livre que l’on espérait depuis plusieurs années de la part de Michéa. Sur plusieurs points capitaux, celui-ci s’explique en effet. Notamment sur son refus définitif de se réclamer de «la gauche», pour penser le front de libération populaire qu’il appelle de ses vœux. «La gauche», un signifiant-maître trop longtemps prostitué, et qu’il juge désormais «inutilement diviseur, dès lors qu’il s’agit de rallier les classes populaires».

Pour liquider cette alliance désormais privée d’objet avec les partisans du socialisme et récupérer ainsi son indépendance originelle, il ne manquait donc plus à la «nouvelle» gauche que d’imposer médiatiquement l’idée que toute critique de l’économie de marché ou de l’idéologie des droits de l’homme (ce «pompeux catalogue des droits de l’homme» que Marx opposait, dans le Capital, à l’idée d’une modeste «Magna Carta» susceptible de protéger réellement les seules libertés individuelles et collectives fondamentales) devait nécessairement conduire au «goulag» et au «totalitarisme». Mission accomplie dès la fin des années 70 par cette «nouvelle philosophie» devenue, à présent, la théologie officielle de la société du spectacle.

J’observe avec intérêt que ces idées de bon sens – bien que toujours présentées de façon mensongère et caricaturale par la propagande médiatique et ses économistes à gages – commencent à être comprises par un public toujours plus large. Souhaitons seulement qu’il ne soit pas déjà trop tard. Rien ne garantit, en effet, que l’effondrement, à terme inéluctable, du nouvel Empire romain mondialisé donnera naissance à une société décente plutôt qu’à un monde barbare, policier et mafieux.

Les Mystères de la gauche,de Jean-Claude Michéa, Climats

Le socialisme est, par définition, incompatible avec l’exploitation capitaliste. La gauche, hélas, non. Et si tant de travailleurs – indépendants ou salariés – votent désormais à droite, ou surtout ne votent plus, c’est bien souvent parce qu’ils ont perçu intuitivement cette triste vérité.

Dès lors, en effet, que la gauche et la droite s’accordent pour considérer l’économie capitaliste comme l’horizon indépassable de notre temps (ce n’est pas un hasard si Christine Lagarde a été nommée à la tête du FMI pour y poursuivre la même politique que DSK), il était inévitable que la gauche – une fois revenue au pouvoir dans le cadre soigneusement verrouillé de l’«alternative unique» – cherche à masquer électoralement cette complicité idéologique sous le rideau fumigène des seules questions «sociétales». De là le désolant spectacle actuel.

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