C'est le titre d'un livre de Jacques Sapir paru en 2006. Jacques Sapir, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, se réjouissait du non au référendum sur le projet de constitution européenne. Il démontrait la fausseté du dogme de "la concurrence libre et non faussé" et expliquait que ce dogme était érigé en principe d'une future constitution européenne.
Un an plus tard, les élites qui nous gouvernent, ne tenant aucun compte de la volonté du peuple exprimée dans les urnes, ont fait voter par les deux chambres un projet fumeux concocté par Valéry Giscard d'Estaing sous le nom de "Traité de Lisbonne". Comble d'ironie: il nous a été présenté comme un traité simplifié alors qu'il reproduisait l'essentiel du projet de constitution en le compliquant. Bernard Guettat pouvait à son tour se réjouir de voir la sagesse des élites l'emporter sur l'inconséquence du peuple (je plaisante).
En 2010 l'euro-libéralisme est bien mort. Ce ne sont pas les peuples européens qui l'ont tué, c'est le Marché avec un grand M. « Le marché, dit Madame Lagarde, ce sont les investisseurs, pas les spéculateurs. » Tu parles ! c'est devant la corporation des spéculateurs professionnels que les Etats sont obligés de se coucher. La mécanique euro-libérale surmontée par l'Euro semblait parfaitement rodée jusqu'à ce jour funeste de novembre 2009 où les spéculateurs professionnels se sont attaqués à la dette grecque. Dernier épisode aujourd'hui: Moody's dégrade la note de l'Irlande. Les élites qui nous gouvernent tentent en vain de réparer les dégats. Mais comme disait hier Jose Manuel Barroso (cité par le Guardian) « Ce qu'il ne nous faut pas, c'est un concours de beauté entre des présidents et des ministres, une cacophonie de scénarios divergents, ou des annonces qui ne sont pas suivies d'effets. »
La mécanique euro-libérale est impossible à réparer parce qu'elle porte en elle l'amorce d'une explosion. L'Europe tangue vers un avenir imprévisible.