Antisémite?

Il est agaçant pour un athée comme je suis d'entendre-et de lire-ce terme d'antisémitisme à tout bout de champ dans toutes les chroniques, les articles de presse, les discours de tous horizons.

Le sémitisme, je devrais dire le sémitique, est la référence à des peuples mésopotamiens qui ont peuplé les marges méditerranéennes depuis les temps les plus anciens.

L'application au seul peuple juif d'antisémitisme est donc une erreur sémantique et linguistique, censée se référer à l'histoire, pas à celle des races, mais à une "histoire" dissociée marquée par la ségrégation  artificielle entre des peuples frères, sous prétexte de raisons religieuses.

Aussi la dénomination "antisémite", chérie des locuteurs les plus divers, représente dans ses acceptions actuelles un non-sens, tout au plus une facilité de langage qui alimente la fermentation des haines inutiles, qui recouvrent bien d'autres intérêts et passions pour la controverse et le quant à soi identitaire.

De là à penser qu'il s'agit d'un "euphémisme" pour maquiller une autre réalité, il n y a qu'un pas: celui de dire "antijuif". Propos si banal qu'il en est troublant: si facile, si imprégné d'habitudes et de rejet d'un autre qui, bouc émissaire, porterait le poids de toutes nos fautes d'humains imparfaits.

Anti-juif voudrait dire anti-peuple qui n'existe que par ses éternelles questions sur le monde, sur la déïté, sur la destinée humaine. Bref, sur l'incontournable doute qui met notre vie en balance avec le non-être et le néant.

Ou alors, il s'agit de refuser à l'autre son statut d'étant, et cela nous renvoie au terme général de racisme. Cette dimension qui dès lors nous projette dans la différentiation entre les êtres humains rapetisse la notion même d'humanité, et trouble alors notre propre valeur, en tant qu'il serait alors impossible d'entrer en lien avec d'autres que ce-celui- qui me serait  identique.

Appelons les choses par leur nom: il n'existe pas plus d'anti-sémitisme que d'anti-slave ou d'anti-jaunes, ou tout autant. Il y a un racisme qui corrompt les relations entre les êtres, et par conséquence entre les potentialités de s'enrichir de ce qui n'est pas nous.

Dire anti-sémite, c'est tromper le sens même du racisme, le restreindre. "Racisme ET antisémitisme", c'est la stigmatisation d'une parcelle "élue" de nos refus de l'autre, comme s'il y avait une graduation dans notre manière de rejeter plus ou moins ce qui nous gêne.

D'ailleurs, "anti" ne peut qu'opposer ,condamner, rejeter. La seule voie alternative pourrait être de questionner: qui es-tu, toi que je ne connais pas, qui es si différent, si "autre". Apprends-moi à te connaitre, à te découvrir, à t'aimer

Shalom! 

  

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