Que fous nous sommes!

Que fous nous sommes, hier pleurant, aujourd'hui légiférant, plutôt vociférant sur le pavé par encore sec du sang de nos concitoyens...

 

Que fous nous sommes, avides de décisions immédiates, de "martialitude", de représentants (hum) "qualifiés" votant à une quasi unanimité un soudain état d'urgence propre à effacer les taches sur le tapis de nos vies bien orchestrées...

 

Que fous nous sommes, aveuglés par une peur profuse, de croire que des mesures drastiques sauraient éluder tous les problèmes, y compris ceux dont nous sommes largement comptables. La démocratie ne peut être "la force d'après", surtout dans son amodiation actuelle qui tend à l'éroder, quitte à ravir les cinglés qui n'attendent que ça. La démocratie me paraît être davantage un état d'esprit, une ambiance, un souci permament que chaque sujet trouve son compte et sa place dans la cité.

 

Une telle situation appelle davantage de respect envers tous, et surtout ceux que la république a répudiés et ghettoïsés, dans le renforcement de l'éducation et des principes de justice sociale, que d'écoutes et de surveillance à tout crin,ce qu'on veut nous faire avaler.

 

Fous que nous sommes, dans notre égocentrisme qui nous conduit à traiter différemment de ce drame, au demeurant incontestable, et les morts par milliers, en Syrie certes, mais aussi au Darfour, en république Centrafricaine, en Haïti, en Colombie, au Nigéria, sans compter dans les pays dévastés par les changements climatiques. Il est vrai que l'ombre de la mort s'estompe et se relativise avec la distance, et l'altérité des gens concernés.

 

Il y a toujours une dimension de recul quand il s'agit de fréquenter des gens différents, avec des airs "bizarres", des coutumes et de moeurs étranges. En réalité il ne s'agit que du vertige qui nous prend à nous découvrir si différents nous-mêmes, si relativement peu importants, si frêles devant la mosaïque des possibles. Pour avoir traité longtemps des maladies mentales, j'ai appris que la conscience de notre relative insignifiance d'être est la seule qui permette un "rapproché" humanisant.

 

Je me sens écoeuré de ce consensus très va-t-en-guerre et sans l'once d'une critique mené par les bataillons de feu la France des lumières, et sans nier qu'il soit peut-être opportun d'agir, je rejoins les six députés qui ont choisi le non. Car agir,ça devrait être dans la communauté nationale, pour qu'elle le soit vraiment, en des termes non de flicage, mais de désaliénation, de liberté réelle de pouvoir gravir l'échelle sociale, de développement de la culture (pour tous), de respect partagé, d'écoute de l'autre. Et ça, ça prend du temps: la vraie urgence, c'est de repenser sur la longueur notre manière d'être au Monde

 

JC Duchêne 

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