"Folle, siphonnée, complètement shizophrène", "Neuneu", "affabulatrice, folle hystérique, salope"...
Ainsi vont les mots de notre langue dépravée, pour parler des femmes soumises aux agressions de la pulsion sexuelle du mâle.
Les érections pestilentielles, ce n'est pas tous les cinq ans, c'est tous les jours...
Ayant lu de récents articles, et leurs commentaires fleuris et hautement culturels, concernant des harcèlements, des agressions et des viols, je constate que l'excellent article de Gilles Sainati est ici-même mis en perspective et en pratique: une langue systématiquement, délibérément pervertie, quasiment à l'insu de ceux qui la pratiquent (à l'instar de "1984" de G. Orwell)
Où aller retrouver la capacité d'un débat respectueux, de nature à faire évoluer une conscience collective sur un sujet tel que la sexualité, sa dualité source de tant de malentendus, ses sources désirantes, sa mise en pratique amoureuse ou pulsionnelle...?
Oui-da, foire aux bestiaux, dès lors que le "maquignon" va soupeser de l'oeil, de la main, les dents, le cul, les mamelles et les jarrets de la "bête". Sauf qu'alors, le bétail, c'est une femme, une humaine; le "maquignon" serait-il un porc?
Les arguments sont légion, qui confortent les mâles dans leur raisonnement déraisonnable: "T'as vu comment qu'elle est sapée (roulée, maquillée, aguichante...)?", "tu parles, elle ne demande que ça, t'as vu comme elle me mate"...
Sauf que ce supposé raisonnement n'est que la bétaillère d'un langage au mieux encaqué par un malentendu fondateur (une femme se fait belle pour s'aimer elle-même, pour tester si elle peut être désirable; pas pour être "prise", achetée, possédée. Au pire enclos dans une perception du monde, un imaginaire où l'alter n'est qu'un objet, non de désir mais d'envie, matériel à jouissance niant l'humanité de l'autre.
Aimer est-il devenu un mot grossier? Parler de sexualité n'est-il objet que de rixes verbales salaces et insignifiantes?
Bien sexué-ment vôtre
JCD