Les psychanalystes contre l'homophobie

Le débat actuellement en cours dans notre pays sur la Loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels est entré dans une phase polémique aigüe, et semble devoir déraper dans la plus consternante bassesse: les déclarations du député Dassault sont un exemple parfait de l’archaïsme réactionnaire d’une large partie de la droite la plus dure, telle qu’elle se révèle grossièrement dans les propos d’un marchand de canon qui pose au donneur de leçons de morale.

L’homophobie ambiante, réactivée par ce projet de Loi, vient à l’unisson du racisme et de la xénophobie que cinq ans de sarkozisme ont poussé à l’extrême, depuis les « auvergnats » du ministre de l’Intérieur Hortefeux de triste mémoire jusqu’au  petit pain au chocolat ignominie  inventée par Coppé, qui se dit le meilleur ami du président battu,  pour séduire la clientèle de racistes ratonneurs, à Aigues Mortes et ailleurs!

Il se joue ces temps en France une bien vilaine petite musique, qu’on n’avait pas entendu depuis les années trente et la dictature odieuse de Pétain.

Il serait vain de se voiler la face: l’homophobie ressort ces jours du placard où l’avaient enfermés des années durant l’épidémie de sida et les actions militantes du mouvement gay, mais surtout l’évolution morale et culturelle de notre pays dont toutes les études, pour une fois parfaitement concordantes, montrent l’évolution des esprits vers bien plus de tolérance et un réel désir d’égalité des droits, dans ce domaine comme dans tant d’autres…

Mais les notables et les religieux eux, n’ont pas suivi.

Décomplexés au nom sacré de la (sainte) famille les outing homophobes se succèdent et rivalisent de vulgarité pour mieux condamner une loi destinée à réparer l’injustice flagrante infligée aux homosexuels depuis toujours dans ce pays. Et les mêmes qui prônent l’austérité au nom de la solidarité européenne se gardent bien de regarder chez nos voisins, dont plusieurs ne nous ont pas attendus pour instaurer cette égalité des droits qui semble si peu naturelle aux autoproclamées élites du pays des… Droits de l’Homme.

Passe encore que  ces notables réactionnaires et homophobes se contentent d’être les habituels soutiens de la Droite fondamentaliste, des églises les plus réactionnaires, et des partis politiques les plus à l’extrême.

Mais lorsque des psychanalystes connus omniprésents médiatiquement, font jouer  leurs relations pour se faire les procureurs du mariage gay comme ils le font sans vergogne et sans retenue dans toutes les instances où ils ont encore quelque audience – des grandes chaînes de télés, aux radios, en passant par la grande presse, jusqu’à la table ronde prévue à l’Assemblée Nationale ce jeudi, le tout au nom de la psychanalyse, là rien ne va plus!

Voila qu’en plus des habituelles peaux d’ânes des notables  on nous inflige les psychanalyste « bien-pensants » qui font florès et pléthore sur les plateaux de la télé réalité politique. Ces notables disons-le clairement, ne représentent qu’eux-mêmes. Ils sont médiatiques, mais très peu nombreux. Or on ne voit, on n’entend qu’eux.

Restent les prudents, les avisés, les habiles, qui croient nécessaire à leurs intérêts de ne pas se prononcer, au prix de plus en plus visiblement, de garder un silence complice face à la montée de l’ homophobie.

Mais me dira-t-on, qu’en est-il de cette pétition que vous diffusez ici-même et qui regroupe désormais plus de 1200 psychanalystes?

Mais, pas grand chose: presque rien dans la presse. Il n’y a que sur les réseaux sociaux qu’on en parle: une fois de plus la fracture entre l’information officielle et l’information vivante du web est confirmée.

Alors, loin de céder devant la puissance de feu considérable de tous ces nantis bien en cour, voici donc ci-dessous le plus récent rappel de ce formidable mouvement de psychanalystes de tous horizons qui protestent avec force contre l’homophobie de quelques porte paroles autoproclamés qui se permettent de faire parler la psychanalyse contre elle-même.

MERCI DE LA FAIRE SUIVRE SUR TOUS LES RÉSEAUX!

GOS

 

Communiqué de presse du 12/11/2012

… Suite de la lettre ouverte « Des psychanalystes face à l’égalité des droits et au mariage pour tous »

Le projet de loi « Le mariage pour tous » diviserait le monde « psy ». C’est ce que mettent en exergue de nombreux médias. Nous sommes pourtant aujourd’hui plus de 1200 signataires d’une lettre ouverte « Des psychanalystes face à l’égalité des droits et au mariage pour tous » (jointe), qui défend une position claire et non manichéenne. Nous y affirmons que rien dans le corpus théorique et dans notre pratique clinique ne nous permet de nous opposer à ce projet de loi. Nous refusons donc toute instrumentalisation de la psychanalyse.

Ne pouvant citer tous les signataires, nous ne mentionnons ci-dessous que certains d’entre eux connus pour leurs travaux sur l’enfant et la famille ou la psychanalyse en général, des universitaires de toute la France et de l’étranger, des médecins, historiens et autres praticiens et chercheurs.

Il nous semble à ce jour aussi important de relever à propos des signataires :

- La diversité des appartenances théoriques ; il ne s’agit pas d’une mobilisation autour d’une unique référence doctrinale.

- La présence de nombreux jeunes praticiens en formation

- Mais nous devons aussi constater que les leaders de ces mêmes grandes institutions analytiques françaises sont majoritairement restés à l’écart de cette initiative, comme de toute autre prise de position publique. Certains s’en sont expliqués auprès de nous, qu’ils soient personnellement favorables ou non à ce projet de loi.

Dans tous les cas, le retentissement de cette lettre ouverte dans le monde « psy » est indéniable.

Laurence Croix et Olivier Douville

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N30808

Lettre ouverte :

Des psychanalystes face à l’égalité des droits et au « mariage pour tous ».

Le projet de loi « Le mariage pour tous » a pour viséel’ouverture du droit au mariage de personnes de même sexe et par voie de conséquence, de l’adoption aux couples mariés de même sexe. Cette évolution de notre code civil mettrait enfin la France au diapason de neuf pays européens, treize dans le monde et neuf états américains.

En réaction à cette évolution démocratique, certains propos mettant en avant une supposée orthodoxie psychanalytique s’opposent formellement à ce projet.

Nous, psychanalystes (ou en formation psychanalytique), souhaitons par ce communiqué exprimer que « La psychanalyse » ne peut être invoquée pour s’opposer à un projet de loi visant l’égalité des droits. Au contraire, notre rapport à la psychanalyse nous empêche de nous en servir comme une morale ou une religion.

En conséquence, nous tenons à inviter le législateur à la plus extrême prudence concernant toute référence à la psychanalyse afin de justifier l’idéalisation d’un seul modèle familial.

Nous soutenons qu’il ne revient pas à la psychanalyse de se montrer moralisatrice et prédictive. Au contraire, rien dans le corpus  théorique qui est le nôtre ne nous autorise à prédire le devenir des enfants quel que soit le couple qui les élève. La pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l’on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d’organisation sociale ou familiale et une destinée psychique singulière.

De plus, la clinique de nombre d’entre nous avec des enfants de couples « homosexuels » atteste que ce milieu parental n’est ni plus ni moins pathogène qu’un autre environnement.

Il n’est pas inutile non plus de faire un retour aux prises de position de Freud concernant l’homosexualité. Pour s’en tenir, par exemple, aux toutes premières années de la naissance de la psychanalyse (1896), Freud signa une pétition initiée par le médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1897) demandant l’abrogation du  paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l’homosexualité masculine (recueillant plus de 6000 signatures dont celles aussi de Krafft-Ebing, Andréas-Salomé, Zola, Rilke, Mann et Einstein).

Aussi  nous tenons à rendre publique notre position et ces éléments de réflexion dans le cadre du débat national qui est engagé.

Extrait de la liste ses signataires :

Nicole Aknin (Présidente de la Sigmund Freud Université, Paris), Sidi Askofaré, (Maître de conférences et directeur de recherches, Université Toulouse le Mirail), Thamy Ayouch (Maître de Conférences, Lille), Chawki Azouri (Psychiatre, psychanalyste), Marie-France Bacqué (Professeur, Université de Strasbourg), Carina Basualdo (Maitre de Conférences, Besançon), Ariane Bazan (Professeur d’université, Liège), Daniel Beaune (Professeur d’université, Lille), Fethi Benslama (Professeur, Paris VII), Jean-Baptiste Beaufils (psychanalyste), Michèle Benhaïm (Professeur d’université, Aix-Marseille), Isée Bernateau (Maitre de Conférences, Paris VII), Anne Bourgain (Maitre de Conférences, Paris XIII), Jean-Pierre Bourgeron (psychanalyste, historien de la psychanalyse), Jacques Cabassut (Professeur, Université Nice) Lissy Canellopoulos (Professeur assistant, Université d’Athènes), Régine Cassin (psychanalyste), Pierre-Henri Castel (Psychanalyste, CNRS), Franck Chaumon (Psychiatre, psychanalyste), Alice Cherki (Neuropsychiatre, psychanalyste), Christian Colbeaux (psychanalyste, praticien hospitalier), Xavier Coquerelle (psychiatre), Daniel Coum (Directeur de l’association Parentel), Laurence Croix (Maitre de Conférences, Paris X), Alejandro Dagfal (historien de la psychanalyse, Argentine), Didier de Brouwer (psychiatre) Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste), Pierre Delion (pédopsychiatre, psychanalyste), Olivier Douville (Maitre de Conférences, Paris X), Alain Ducousso-Lacaze (Professeur, Université de Poitiers), Michel Elias (Professeur, Université catholique de Louvain), Vincent Estellon (Maître de Conférences à Paris V), Jeanne Favret-Saada (anthropologue, EPHE), Assaf Fitoussi (psychanalyste, Tel Aviv), Henri Fontana (psychanalyste), Frédéric Forest (chercheur associé Paris VII) Jacques Fousset (psychanalyste, psychiatre), Nathalie Georges (Présidente de l’Association des psychanalystes freudiens), Thierry Goguel d’Allondans (éducateur spécialisé, anthropologue, Maitre de Conférences, IUFM d’Alsace), Philippe Grauer (Président du Syndicat national des praticiens en psychothérapie), Pascale Hassoun (psychanalyste), Charlotte Herfray (psychanalyste), Anne-Marie Houdebine (Professeur à la Sorbonne), Pascal-Henri Keller (Professeur d’université, Poitiers), Elisabeth Lagache (psychanalyste), Laurie Laufer (Professeur, Paris VII), Bernard Lemaigre (psychanalyste), Jaak le Roy (psychiatre, psychanalyste, Bruxelles), Cédric Levaque (Président Espace Analytique Belgique), Hubert Lisandre (Maitre de conférences, Paris X), Jean-Michel Louka (psychanalyste), Houari Maïdi (Professeur d’Université, Franche-comté)), Pascal le Maléfan (Professeur d’université, Rouen), Jean-Claude Maleval (Professeur, Université de Haute Bretagne), Marika Moisseeff (CNRS), Simone Molina (psychanalyste), Pascale Molinier (Professeur, Université Paris 13), Geneviève Morel (psychanalyste), Claude Nachin (psychiatre, psychanalyste), Mireille Nathan-Murat (psychanalyste), Patrick De Neuter (Professeur d’université, Louvain La Neuve, Belgique),  Anick Ohayon (historienne de la psychologie), Jenyu Peng (Professeur d’université, Taîwan), Bertrand Ravon (Maitre de conférences, Lyon 2), Henri Rey-Flaud (Professeur, université Montpellier), Frédéric de Rivoyre (psychanalyste), Bernard Roland (psychiatre, psychanalyste), Joseph Rouzel (éducateur spécialisé, psychanalyste, Montpellier), Marie-Jean Sauret (Professeur d’Université, Toulouse), Gilles-Olivier Silvagni (psychanalyste), Saverio Tomasella (psychanalyste, Lauréat 2012 du prix Torok-Abraham), Serge Vallon (psychanalyste) Antoine Verstraet (psychologue clinicien),  Jean-Michel Vives (Professeur, Université Nice), …

 

 

http://www.silvagni.fr/2012/11/13/les-psychanalystes-contre-lhomophobie/

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