Médiapart et les Affaires

Médiapart depuis le début de l'année semble surtout faire ses gros titres avec toujours et encore "les affaires": vu l'énormité de celles qu'ils ont sortis, à l'époque au milieu du silence honteux du reste de la presse, on ne peut que féliciter le courage de ses journalistes et de la direction éditoriale, d'avoir ainsi marqué le coup.

 

Mais le problème c'est que désormais, la presse pipole s'y est collée et qu'avec ses titres trash, tels le Nouvel Obs, l'Express ou le Point, c'est à qui en remettra une louche: tous ces hebdomadaires sur papier glacé qui se sont honteusement tus et se sont fait les complices conscients et actifs des pouvoirs en place - ce que chacun a pu voir clairement y compris leurs lecteurs habituels - se tirent désormais la bourre et c'est à qui en fera le plus! Et quand on a affaire à des titres courtisans et lâches, ça donne ce qu'on appelle toujours un lynchage, dans la trilogie plus que jamais vérifiée sous Sarkozy: lécher lâcher lyncher.

 

L'exemple plus que pénible de l'omniprésente affaire DSK devient tout à fait exemplaire de cette écoeurant comportement des courtisans à la Barbier et autre Joffrin qui ne savent plus quoi faire pour se promouvoir dans l'abjecte pipolerie et qui balancent aujourd'hui avec la même vertueuse indignation qu'ils étaient hier les zélés serviteurs de ceux qu'ils accablent désormais à longueur de colonnes.

Seulement voila: la répétition et l'insistance éditoriale sur ces affaires finit par créer, outre une réelle lassitude - y compris dans les commentaires sur Médiapart - une regrettable confusion: après avoir été celui par qui la liberté de l'information est enfin de retour dans la presse française, Médiapart finirait presque par se confondre avec ceux-là mêmes dont il voulait se distinguer.

Les "scoops" se succèdent, plus ou moins convaincants, à travers la presse déchaînée, et continuent si bien dans le même temps de faire les "unes" de Médiapart qu'on commence à se demander ce qui, en ce début de campagne électorale, distingue réellement Médiapart de la presse traditionnelle, dont la caractéristique première, contrairement à Médiapart, est d'être inféodée aux puissances de l'argent.

Or celles-ci encouragent sans limites la culture la plus éhontée du fait divers sensationnel, surtout quand il s'agit de scandale dits "politiques". Ces scandales "politiques" ont la particularité recherchée de faire passer le reste - l'essentiel - au second plan. Et là, votre obnubilation dans ce domaine, au détriment du reste, vous aligne que vous le vouliez ou non, sur la presse bourgoise la plus réactionnaire. Car l'essentiel, pour le coup, vous n'y êtes pas.

L'essentiel, ce ne sont pas les aspects graveleux de l'affaire DSK, ni les valises de fric, ni les yachts, ni les subornations de témoins et autres saloperies qui sont à l'évidence le quotidien de ceux qu'un vain peuple élit régulièrement à la tête de ce cher pays.

L'essentiel, c'est toujours et plus que jamais en France en ce moment, l'exploitation éhontée des pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux, par les plus riches - de plus en plus riches et puissants - ce sont les fraudes ( pas celles des lampistes éventuels) les vraies: les fraudes fiscales énormes. L'essentiel ce sont les ignobles spéculation sur les matières premières, où les bénéfices colossaux signent des assassinats en masse, ce sont les spéculateurs financiers de toutes sortes, depuis les gros traders jusqu'aux petits porteurs qui croient qu'ils ne sont que petitement coupables parce qu'ils ne spéculent qu'un tout petit peu! L'essentiel c'est la misère dans nos rues, dans nos hopitaux, dans nos prisons, c'est l'iniquité toujours, la police partout et la justice nulle part, les sans-logis, les pauvres "cancer" de la société! L'essentiel c'est tout le reste: à commencer, ce qui ne se voit que sur le terrain des luttes ( oui, l'expression agace tous ceux qui n'y vont pas) par l'immensité du découragement des plus persécutés, et leur désarmement, et déjà, hélas, leur résignation.

En se spécialisant dans la dénonciation de scandales politiques concernant les pouvoirs en place, Médiapart à son tour ramène le nécessaire débat politique en France, en pleine et décisive campagne électorale, au niveau lamentable de ces "affaires" si nombreuses et si constamment choquantes que cela finira par lasser, si ce n'est déjà fait, les lecteurs de presse, y compris les vôtres.

Les plus fragiles encouragés par la Réaction, finissent eux, par croire que les "affaires", c'est ce qui constitue la politique et s'éloignent dégoùtés, du vote, autre que protestataire. Il faudrait rechercher ce que ces "affaires" coùtent en chiffres d'abstention, si on les laisse passer pour de la politique, alors qu'il s'agit de crimes et délits.

Voyez donc comment se présente cette campagne électorale, entre présidentielles et législatives et comment l'escamotage des professionnels de la politique est d'ores et déjà parfaitement en place: ces élections se feront sur deux ou trois sujets essentiels qu'on se le dise! Le nucléaire, au premier chef. Et puis la réforme fiscale. Ajoutons le foutu AAA excellent paravent des jean-foutres soi-disants économistes-conseils qui règnent également sur la droite et la social-démocratie. Avec en arrière-plan malodorant les "affaires". Point barre. Et voila! Le tour est joué! Ni vu ni connu, je t'embrouille.

Mais le logement, mais la santé, mais les prisons, mais le flicage généralisé, mais le pain noir, celui qui fait l'ordinaire du peuple: oui, le pain noir d'aujourd'hui: celui qui se décline en version sucrée bien grasse et colorée et transforme les décharnés d'hier et leurs enfants en étouffantes poires d'angoisse qui crèvent de faim sans appétit...

Les voila les vraies Affaires: espèrons que Médiapart en retrouvera bien vite le chemin.

 

 

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