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Billet de blog 27 mars 2015

LES FOUS QUI TIENNENT LE MANCHE

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Les fous qui tiennent le manche ne sont pas ceux que l’on croit : à de très rares exceptions près, ce ne sont ni les pilotes d’avion ni les capitaines de navires ni les conducteurs de train. Tant mieux pour les passagers, même si le fait est que les institutions en charge de ces métiers n’y sont apparemment pas pour grand-chose.

Il suffit en effet, à l’occasion désolante de ce crash volontaire dans les alpes, d’écouter attentivement ce qu’en disent les intervenants pour mesurer l’absence totale de toute prévention de ce type de catastrophes, provoquées de temps à autres par un malheureux devenu fou furieux.

C’est que, n’en déplaise aux gens sérieux et raisonnables qui nous gouvernent et nous expliquent bien tout  et causent dans le poste, la folie, aujourd’hui comme depuis toujours, ne se repère, ne se dépiste, ne se diagnostique,  que lorsqu’elle se manifeste  par un passage à l’acte, et donc :  TROP TARD !

Sauf à ce que ces malades mentaux soient pris en charge avant le  passage à l’acte, qu’ils aient provoqué un trouble relativement bénin ou qu’ils soient venus d’eux-mêmes demander secours, et soient hospitalisés en milieu psychiatrique pour, comme on aime à le dire « leur propre sécurité ».

Précisons ici sans attendre que la folie ne se soigne pas : les médicaments érigés en panacée par le lamentable DSM V, ne traitent - mal - que les symptômes, donc dans l’après-coup,  et ouvrent sur des traitements et un suivi très longs voire à vie.

Ce DSM,  livre de  recettes obligatoires listant la mauvaise cuisine d’une psychiatrie réduite au traitement médicamenteux  ne « soigne » en effet que les symptômes de la folie: ces médicaments puissants et toxiques  en diminuent, avec un succès inégal, les manifestations, au prix d’un ensevelissement de la personne sous le poids de leurs drogues silencieusement violentes.

Sur ce point, elles atteignent leur but qui n’est ni de soigner ni même de soulager mais d’étouffer chez les malades mentaux, au prix de leur souffrance muette,  toute manifestation susceptible de causer un trouble à l’Ordre Public, sous quelque forme que ce soit.

Reste l’essentiel, qui est soigneusement tu par les autorités en tous genres, que la folie déstabilise au point d’en venir à la réprimer pénalement depuis la loi scélérate de Sarkozy en 2011 -  que les gouvernements socialistes se sont bien gardés d’abroger :

Nous sommes encore moins capables de prévoir et de  prévenir la folie que de la guérir !

Au temps pour tous les préposés à l’enfumage généralisé, médecins, dirigeants de compagnies aériennes, syndicats de pilotes de ligne et médias confondus qui tentent de rassurer les chaumières en nous faisant  accroire que des tests psychotechniques sont capables de déceler quoique ce soit d’autre que des capacités - techniques !-  suffisantes ou non à exercer tel ou tel métier difficile.

Quant à la psychiatrie, la messe est dite. N’importe quel médecin généraliste est en situation de « traiter » les malades mentaux en appliquant strictement les procédures diagnostiques et les traitements correspondants, méthodiquement classés dans le DSM.

Parce qu’elle n’est plus une discipline de recherche depuis cinquante ans,  parce que, après son abandon de la référence psychanalytique et de la thérapie relationnelle, elle s’est elle-même réduite aux drogues et à un rôle d’auxiliaire de l’ordre public, la psychiatrie n’existe plus en France, où elle semblait s’être réfugiée en dernier ressort contre le scientisme dominant le monde.

Ainsi, aucune discipline, aucune médecine, aucun moyen scientifique n’est à ce jour en état de prévenir le passage à l’acte d’une personne jugée en capacité technique de remplir des fonctions potentiellement dangereuses.

Alors même que la technologie contemporaine dote n’importe quel individu y ayant accès de pouvoirs de destructions dantesques, rien ne nous permet d’affirmer que celui-là ne va pas prendre soudain, un gros coup de fatigue.

C’est ennuyeux car enfin, à voir le monde tel qu’il est et tel qu’il va, nous serions sans doute quelques-uns désireux de nous assurer que les puissants qui nous gouvernent et tiennent vraiment  le manche sont eux, tout à fait sains d’esprit.

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