Martin H. l'irréductible nazi

Pour les heideggériens purs et durs, le nazisme chez Heidegger ne serait donc qu'une «erreur» et l'antisémitisme une «non-pensée» (donc une opinion!). C'est en tout cas ce que l'on peut lire sous la plume de l'un d'entre eux, dans un article intitulé «Heidegger: une pensée irréductible à ses erreurs» paru dans Le Monde de ce jour. 

Pour les heideggériens purs et durs, le nazisme chez Heidegger ne serait donc qu'une «erreur» et l'antisémitisme une «non-pensée» (donc une opinion!). C'est en tout cas ce que l'on peut lire sous la plume de l'un d'entre eux, dans un article intitulé «Heidegger: une pensée irréductible à ses erreurs» paru dans Le Monde de ce jour. 


Ce même article  prétend relativiser l'antisémitisme de Heidegger en le rapprochant de celui de plusieurs grands philosophes en leur temps. Et de citer pèle-mêle  Malebranche, Voltaire ou Marx, sans aucun souci ni des contextes ni de leurs  époques respectives, en un exemple accablant d'anachronisme. Comme si l'antisémitisme et l'anti-judaïsme des uns ou des autres était en quelconque façon assimilable à l'approbation, à l'encouragement à la complicité avec un antisémitisme meurtrier, d'appels à la haine et au meurtre des juifs,  qui reste la sinistre particularité du nazisme.

Et quand bien même du reste? Curieux raisonnement chez un professeur de philosophie, que d'excuser une "non-pensée" au motif qu'elle est partagée par beaucoup voire par les meilleurs! On se demande avec inquiétude ce que vaudrait un enseignement qui se soutiendrait de pareilles pauvretés.

De plus, à lire cet article, il semblerait qu'il n'était pas si antisémite que cela  le cher Heidegger: il a même aidé des juifs. En somme,  il  a eu ses " bons juifs" comme on le disait à cette horrible époque: sans doute, et  comme pour tous les nazis de son temps, quelques  juifs  sauvés des camps qui pourraient toujours servir de caution, à faire valoir au cas où.

En revanche, pas un mot dans ce vain plaidoyer sur l'ignoble comportement personnel de Heidegger, qui révèle la vraie nature de ce triste et odieux personnage,  exemplairement mais pas seulement  à l'encontre du pauvre  Husserl, qui jusqu'à son dernier souffle sera poursuivi par la haine du prétendu "sage" de Messkirsch. Pas un mot non plus des universitaires juifs chassés de l'Université par le "Rektor" si cher au cœur fidèle et sensible de ses adeptes.

Mais  il y a mieux - ou pire - encore: chez Heidegger, l'antisémitisme ne serait donc pas une "non-pensée", mais...une pensée contre lui-même!

Il fallait oser. C'est donc, pour tout un chacun, une "non-pensée"que l'antisémitisme.

Mais quand il s'agit du Maître alors là, non, bien entendu, il ne saurait être antisémite "vulgairement" et si son antisémitisme serait... historial (sic) pour un Peter Trawny, cet article propose un curieux tour de force: pour Heidegger, l'antisémitisme serait une non-pensée, mais attention: une non-pensée qui penserait contre lui-même!

Magnifique démonstration, kolossale finesse,  qui pourrait d'ailleurs s'appliquer au révéré Führer de Martin Heidegger, Adolf Hitler en personne, à qui il semble bien en effet que son antisémitisme lui aura finalement fait beaucoup de tort...

On pourrait se contenter de se moquer ou de s'affliger de pareils dénis si nous n'avions pas depuis quelques semaines, complètement changé d'époque.

En effet, à l'heure où l'antisémitisme et les racismes les plus odieux relèvent la tête, chez nous, dans les rues de Paris, quand des néo-nazis et autres extrémistes mortifères défilent en multipliant les saluts hitlériens, ce que l'on appelait "L'affaire Heidegger" n'est plus du tout réductible à un débat intellectuel ou à une joute  entre philosophes spécialistes de ses œuvres, ni même à une question philosophique à rubriquer en page "idées" d'une presse de bonne tenue.

Désormais,  ces dénégations des heideggériens intéressent  très directement les pires extrémistes qui, d'un négationnisme à l'autre, sont volontiers preneurs de ces possibles cautions universitaires et philosophiques.

Il est grand temps d'en finir avec ces dénégations d'arrière-garde que l'opportunisme pervers de la fachosphère ne va pas tarder à détourner, si ce n'est déjà fait, pour se doter à nouveau d'un soubassement "philosophique" en criant au complot ( juif, forcément juif)  contre le grand penseur germanique à la croix gammée.

Enfin, n'oublions pas non plus que la prochaine parution des "Cahiers Noirs" a été voulue de longue date par Heidegger lui-même,  et pour des motifs qui restent à éclaircir.

Quelque chose nous dit que si le contenu de ces cahiers n'était pas empoisonné par l'irréductible nazisme de Heidegger, ces bien-nommés "cahiers noirs" auraient été publiés tels quels et depuis fort longtemps.

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