Simine Nouri
Docteur ès Histoire de l’art, Présidente de l'Association des Femmes Iraniennes en France, Défenseure des droits humains
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Billet de blog 8 juil. 2021

Iran : un trio extrémiste au sommet du pouvoir

Le monde est désormais face au vrai visage du régime des mollahs qui n’est plus camouflé derrière le sourire de prétendus "modérés". Ali Khamenei, discrédité et affaibli par les mouvements de protestation n’a plus la capacité de continuer à tromper la communauté internationale en jouant la fausse alternance entre réformateurs et conservateurs. Ce jeu saugrenu est terminé.

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Après avoir sorti Ebrahim Raïssi du "seul en scène" présidentiel du 18 juin avec une abstention"historique", Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, s’est précipité à nommer un autre mollah extrémiste du sérail, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei,  au poste du chef du pouvoir judiciaire pour remplacer Raïssi. Avec Mohammad-Bagher Qalibaf, ancien gardien de la révolution, ex-maire de Téhéran et actuel président de l’Assemblée législative, le majlis, le cercle des extrémistes à la tête des pouvoirs exécutif,  judiciaire et législatif est au complet. Deux mollahs et un pasdar, un trio impliqué chacun dans les pires violations des droits humains, sont réunis au sommet de l’Etat.

Le bilan plus que noir en matière des droits humains du président favori du guide mais "très mal élu," est étalé depuis sa désignation dans les médias du monde entier, notamment la répression sanglante qu’il a organisée contre les manifestants pacifiques lors du mouvement national de protestation en novembre 2019 et surtout son rôle en tant que procureur adjoint de Téhéran et membre de la macabre "commission de la mort" dans les exécutions extrajudiciaires de plusieurs dizaines de milliers de détenus politiques en 1988.

Gholam-Hossein Mohseni Ejeï, un ex-ministère du Renseignement et l’ancien chef adjoint de l’Autorité judiciaire sous Raïssi, est un autre juge-assassin impliqué, entre autres, dans le massacre en prison des opposants en 1988, dans la répression des manifestations de 2009 et dans ce qui est connu communément en Iran comme "assassinats en série" des écrivains et intellectuels.

Avec une telle configuration homogène des criminels à la tête de l’Iran, ce ne sont plus seulement les familles et proches des suppliciés qui crient "JUSTICE" depuis plus de 30 ans, mais aussi Amnesty International et le Rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran, Javaid Rehman, entre autres, qui réclament une enquête internationale pour mettre fin à l’impunité de Raïssi et d’autres commanditaires et exécutants du massacre qualifié par Amnesty de crime contre l’humanité.

La fin de l’ère de faux réformateurs

En installant Raïssi à la présidence, Ali Khamenei écarte le camp des extrémistes maquillés en"modérés" - si cher à certains cercles en Occident- de la scène politique iranienne.  Et pour cause : affaibli par les mouvements de protestation nationaux en octobre 2018, novembre 2019 et janvier 2020, le numéro un du régime a été contraint cette fois-ci à mettre fin au faux jeu d’alternance entre réformateurs et conservateurs, qui ne répondait plus aux besoins de la théocratie en matière de survie. Ce jeu qui consistait à organiser des "élections" entre des candidats soigneusement sélectionnés, était destiné à duper non seulement une partie de la population, mais surtout les interlocuteurs étrangers pendant près de quatre décennies, faisant croire qu’un changement du régime théocratique de l’intérieur serait possible.

Cette duperie a couté cher au peuple iranien, en particulier aux femmes et à la jeunesse ; la répression féroce du régime des mollahs n’a aucunement diminué sous un président prétendument modéré. Aucun changement significatif n’a été perçu non plus dans le domaine des libertés et droits fondamentaux dans la société.

Le boycott sans précédent des "élections" du 18 juin montre la fracture profonde entre la population et le régime dont le guide suprême tenait à une "participation massive" allant jusqu’à déclarer que ne pas voter était, du point de vue religieux, un péché capital et même mettre un bulletin blanc était haram (Interdit).

Les Iraniens réagissent

Une vaste campagne du boycott des élections a été suivie largement par les Iraniens à l’intérieur et l’extérieur du pays sur les réseaux sociaux où ils ont partagé des phrases en persan de "mon vote, le renversement", suivi du "#OUI à une République démocratique".

Puis arrive l’invitation au "Sommet mondial pour un Iran libre en ligne 2021", organisé du 10 à 12 juillet par le Conseil national de la Résistance iranienne dirigé par l’emblématique Maryam Radjavi dont le plan en 10 points propose une base à l’instauration d’une république laïque, démocratique et pluraliste en Iran.

C’est la seule opposition structurée, organisée et expérimentée dans la lutte contre le  régime extrémiste des mollahs, capable de rassembler chaque année des dizaines de milliers d’Iraniens de la diaspora, ainsi que plusieurs centaines de parlementaires, sénateurs, maires, anciens hauts responsables politiques et d’autres personnalités… venus de cinq continents pour apporter leurs analyses et soutiens à cette noble cause visant à libérer 83 millions Iraniens, otages d’un Etat corrompu et criminel.

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