IRAN : recours persistant à la peine capitale

En dépit des appels du haut-commissariat des Nations Unies, des experts onusiens et des défenseurs des droits humains, la République islamique continue l’exécution, par pendaison, des mineurs et femmes condamnés

Arrêté à l'âge de 16 ans pour meurtre lors d’une bagarre et emp

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risonné depuis 13 ans, Mohammad Hassan Rezaï a été pendu le 31 décembre à l’aube, à la veille du nouvel an, dans la prison de Rasht.

 En 2020, l'Iran était le seul pays à appliquer la peine de mort aux délinquants mineurs. Selon les données recueillies par les organismes internationaux des droits humains, au moins 63 mineurs ont été exécutés par la République islamique d'Iran depuis 2010, et plus de 70 % de toutes les exécutions de délinquants juvéniles au cours des 30 dernières années ont eu lieu en Iran.

 L'Etat iranien a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, selon lequel"l'enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d'une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d'une protection juridique appropriée, avant comme après la naissance". Le pacte interdit la peine de mort pour les infractions commises avant l'âge de 18 ans.

L’article 91 du nouveau "code des châtiments islamiques" adopté en 2013, après de nombreuses condamnations de cette pratique moyenâgeuse par les instances internationales, défenseurs des droits humains et les chancelleries de certains pays occidentaux, confère également aux tribunaux de ne pas prononcer de peine capitale "à l'encontre des enfants". Sauf que la loi du talion (Qissas), étant à la base des peines prononcées pour homicide par la justice de la théocratie iranienne, les juges religieux tout-puissants ont eu leur propre interprétation de ce dispositif : pas d’exécution immédiate de la peine de mort à l’encontre de délinquants juvéniles, en attendant que ceux-ci atteignent "l’ âge légal".

Autrement dit, non seulement cette « justice » est dépourvue de tout égard pour les droits de l’enfant, mais elle insiste à infliger aux adolescents condamnésئ une peine supplémentaire inhumaine sous forme des années d’attente dans les couloirs de la mort.  Ainsi, au moins 6 délinquants mineurs au moment des faits, ont été exécutés en 2020...

Record des exécutions et pendaisons des femmes

Les organisations de défense des droits humains ont rapporté l’exécution, par pendaison, d’au moins 255 personnes en 2020 en Iran dont au moins 198 pour homicide, 26 liées au trafic de stupéfiants, ainsi que 12 prisonniers politiques et 8 femmes. Cependant, seuls 54 exécutions ont été annoncées par des sources officielles au cours de l’année écoulée. Le pouvoir judiciaire ou les médias n’ont pas l’habitude de communiquer les informations au sujet des exécutions.

L’aveu de l’accusé étant la base du verdict prononcé par les tribunaux religieux, en l’absence de preuves irréfutables ou tangibles, la plupart des détenus accusés d’homicide étaient contraints d'avouer sous la torture. C’était notamment le cas de Mostafa Salehi, pendu le 5 août, et du jeune lutteur Navid Afkari exécuté le 12 septembre 2020, ce qui a provoqué un tollé dans le monde et en Iran même sur les réseaux sociaux, car ces derniers avaient été arrêtés lors des manifestations contre le régime, mais accusés des meurtres qu’ils n’avaient pas commis.

 Rouhollah Zam, un opposant et journaliste exilé en France, a été exécuté le 12 décembre à Téhéran après avoir été kidnappé lors d’un voyage en Irak. 

Le prisonnier politique baloutche, Abdolhamid Mir-Balouch-Zehi , qui avait été arrêté le 29 novembre 2015 et condamné à 15 ans de prison, a été pendu le 26 décembre 2020 dans la prison de Zahedan sans aucune explication.

Très souvent victimes des lois misogynes, les Iraniennes ne sont pas épargnées. Une femme a été pendue le 15 décembre à la prison Sepidar d’Ahvaz et une autre, Zeinab Khodamoradi, exécutée le 27 décembre à la prison de Sanandaj après 5 années d’emprisonnement. Zeinab est la 111ème femme pendue depuis l’arrivée de Hassan Rohani à la présidence en août 2013.   

Plusieurs dizaines d’exécutions en un mois 

La République islamique continue ainsi de conserver le record mondial du recours à la peine de mort par habitant. La peine capitale est prononcée et appliquée non seulement pour meurtre mais également pour moharebeh (entrant en guerre contre Dieu), des accusations liées à la drogue, des "crimes" politiques, des délits sexuels et la consommation d'alcool.
De nombreux prisonniers demeurent à l’heure actuelle dans le couloir de la mort en attendant l'exécution de leur sentence. Les défenseures des droits humains multiplient les appels auprès des instances internationales pour que celles-ci prennent des mesures urgentes pour sauver les prisonniers condamnés à mort et à l’inspection des prisons surpeuplées d’Iran où la menace de Covid-19 et l’absence de l’hygiène ou des soins médicaux appropriés s’ajoutent au spectre de potence.

L’Assemblée générale de l’ONU a condamné le 16 décembre, et pour la 67e fois, la République islamique pour de graves violations systématiques des droits humains en Iran, notamment le recours fréquent à la peine de mort, les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées.

Plusieurs dizaines d’exécutions depuis le 1er janvier en Iran sont rapportées dont la pendaison d’un autre lutteur, Mehdi Ali Hosseini, le 25 janvier à la prison de Dezfoul, a soulevé beaucoup d’ émotion dans le pays. Accusé d’homicide dans une rixe et détenu depuis 2015, Mehdi avait 29 ans.

A quand la fin de cette tragédie humaine ?

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