Simon Lamure

Conseiller Principal d'Education, militant au Réseau Education Sans Frontières 63

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Billet de blog 16 février 2018

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#ClermontFacSolidaire : Chronique d'une lutte victorieuse

Lundi 3 octobre 2017, une centaine de migrant.e.s, dont 44 enfants posent leurs tentes dans l'enceinte de la faculté de lettres de Gergovia à Clermont-Ferrand. Face à une situation humanitaire dramatique, la négation de droits fondamentaux et le mépris de la part des pouvoirs publics, les migrant.e.s et les militant.e.s s'organisent pour lutter.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ils viennent d’Albanie, de Russie, de Tchetchénie, du Kosovo, du Mali, d’Algérie... Au même moment dans un squat, plus de quarante mineurs isolés venus de différents États africains « vivent » avec l’aide de militant.e.s du Réseau Éducation Sans Frontières. 

Depuis plusieurs mois, les services de l’État les laissent vivre dans le dénuement le plus total sans toit au dessus de leurs têtes, sans accès à l'eau ni à des sanitaires. Les pouvoirs publics (Préfecture, Mairie, Conseil Départemental) se renvoient la balle, et condamnent familles et enfants aux dangers et à l'insalubrité de la rue. Beaucoup sont demandeurs d’asile, et de ce fait, l’État doit les prendre en charge. C’est un droit que les Préfectures doivent respecter.

Illustration 1

Des solutions existent. A l'échelle de la ville de Clermont-Ferrand, plus de 4000 logements sont vides et pourraient accueillir ces personnes. Les lieux immédiatement utilisables existent. La loi de réquisition administrative des logements vacants le permet.

Face à cette situation sanitaire et humanitaire dramatique, les demandeurs d'asile, les sans papiers, soutenus par les associations ont pris leur sort en main pour s'organiser, lutter collectivement et exiger des solutions de relogement pérennes pour l'hiver et la régularisation de toutes et tous.

La construction d'une lutte collective. Faire vivre le campement et organiser la lutte !

Illustration 2

Assemblée générale quotidienne traduite en 5 langues, cours de français, confection des repas, organisation de la lutte, rapidement c'est un petit village qui prend forme. Des étudiant.e.s au Président, toute l'Université fait preuve de solidarité. Des professeurs délocalisent leurs cours pour venir à notre rencontre. Des groupes de musiques viennent jouer en solidarité, des manifestations sont organisées à travers la ville. Nous communiquons à travers le #ClermontFacSolidaire et enregistrons de nombreux soutiens nationaux et locaux. Toutes nos actions vont dans le même sens, nous rendre le plus visible possible et ainsi accentuer la pression sur les pouvoirs publics. Sur place, les militant.e.s se relayent 24h/24h afin d'assurer l'accueil des nouveaux arrivants et la sécurité du groupe. L'objectif du départ reste dans toutes les têtes. Il n'est pas question pour nous de suppléer l’État en faisant vivre un centre d’accueil autogéré, mais d'obtenir par la lutte et l'organisation collective le respect des droits de ces personnes.

Face à l'attitude de la Préfecture qui entend faire le tri entre les « bons » migrant.e.s qui ont vocation à être logés et les autres, tous restent unis dans le combat pour le relogement de toutes et tous. Mercredi 25 octobre 800 personnes manifestent sous le mot d'ordre de « Clermont, réfugié.e.s bienvenue ». Vendredi 27 octobre au matin, nous apprenons que toutes et tous vont être hébergés par la Préfecture, sans distinction.

25 jours de bataille.

Illustration 3

C'est le temps qu'il a fallu pour que la Préfecture accepte de respecter le droit inconditionnel à l'hébergement des exilé.e.s à Clermont-Ferrand. Près d'un mois durant, militant.e.s et citoyen.ne.s ont permis à près de 200 personnes de survivre ensemble, dans les jardins de la fac de Lettres, jusqu'à ce qu'elles se voient proposer un toit pour passer l'hiver. Grâce à des solidarités qui n'ont fait que s'amplifier, et à des mobilisations qui n'ont fait que s'élargir, nous avons réussi à obliger la Préfecture à prendre la mesure de l'urgence du problème, et à agir en conséquence. 

Une belle victoire, un premier pas.

Nous attendons toujours que le Conseil départemental du Puy-de-Dôme fasse de même, et propose un hébergement et un accompagnement aux 80 enfants étrangers, arrivé.e.s seul.e.s sur le territoire français, et qui n'ont trouvé

d'autre refuge que celui des militant.e.s et des citoyen.ne.s de Clermont-Ferrand. Certain.e.s sont hébergé.e.s chez l'habitant, 47 d'entre eux vivent dans un squat, où la bienveillance et la chaleur humaine ne remplacent pas une véritable prise en charge leur permettant de s'envisager un avenir. Notre combat ne sera pas complet tant que les autorités n'auront pas repris en charge ces enfants. 

180 personnes relogées mais combien encore à la rue ?

Dès le 30 octobre, quelques personnes se sont déjà retrouvées sans solution. D'autres personnes, d'autres familles arrivent et se retrouvent elles aussi à la rue, sans solution d'hébergement. D'ores et déjà, quelques tentes « fleurissent » à nouveau dans les parcs clermontois. Ainsi, la saturation du système d'hébergement d'urgence livre des familles entières au froid et aux danger de la rue. C'est pourquoi nous continuons à demander que la loi de réquisition des logements vides soit appliquée afin d'ouvrir le plus rapidement possible des centres d'hébergement d'urgence à hauteur des besoins.

La véritable solution réside dans un changement radical de la politique migratoire.

À l'opposé de la logique de fermeture des frontières, qui ne produit que de la misère, des sans-droits et des expulsions aussi coûteuses qu'indignes, nous défendons encore et toujours la régularisation comme seule solution capable de permettre à chacun.e de reprendre une vie autonome, de contribuer à la richesse et à la solidarité nationale, et de vivre, enfin libres, au « pays des droits de l'Homme ».

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