LOUP BUREAU : LA MOBILISATION DOIT CONTINUER

Le sort tragique de Loup Bureau n’est qu’un symptôme de la fin de l’état de droit démocratique en TURQUIE. Et la mobilisation doit continuer. Il importe d’être aux côtés des démocrates turcs dans un mouvement en faveur d’un avenir serein de leur pays dans la plénitude d’une démocratie laissant toute sa place à une justice indépendante, une défense libre et une expression sans entrave.

« Nous respectons la justice turque, mais nous souhaitons que tout cela soit clarifié très vite » a déclaré le ministre français des affaires étrangères, en visite à Ankara, jeudi 14 et vendredi 15 septembre en évoquant le sort du journaliste français Loup Bureau, incarcéré depuis plus d’un mois à la prison de Sirnak, au sud-est de la Turquie, pour appartenance à une « organisation terroriste armée.

Mais il n’y a plus de justice en TURQUIE

Après l’échec du putsch du 15 juillet 2016, la démocratie n’a pas triomphé même si le régime politique civil a été sauvé. Et l’épicentre de ce séisme démocratique est la détérioration de la justice et la mise à mal, qui n’en finit plus, de l’Etat de droit.

C’est ainsi que, depuis bientôt 300 jours, se trouve en prison Murat Arslan, ancien président de YARSAV seule association indépendante de magistrats, interdite au lendemain du coup d’état.

Des juges menacés en permanence de destitution et d'arrestation ne peuvent juger de façon indépendante et impartiale. Sans compter la quasi annihilation de la défense par des dispositifs procéduraux d’exception (entretien limité et enregistré avec l’avocat, accès au dossier entravé par « l’ordonnance de confidentialité »…) ou par l’intimidation répressive.

Hélas le sort tragique de Loup Bureau n’est qu’un symptôme de la fin de l’état de droit démocratique en TURQUIE.

Tout se passe dans un contexte de répression arbitraire allant crescendo depuis le coup d’état raté pour atteindre une ampleur considérable : près de 50000 personnes ont été arrêtées (dont 3000 magistrats, 300 avocats, 170 journalistes, des élus, notamment des députés, des universitaires, des militants des droits de l’homme...), plus de 150 000 agents publics ont été limogés (ce qui signifie la privation de toutes ressources et de tous biens). Ces chiffres -pouvant varier selon les sources mais restant toujours dans le même ordre de grandeur- traduisent une volonté de faire régner la peur bien au-delà du cercle des personnes directement soupçonnées de complot par le pouvoir en place. Les plus de 4000 magistrats révoqués -un quart des magistrats en poste à la mi-juillet 2016- ont été remplacés par des personnes rapidement recrutées et fatalement soumises à la peur qui règne sur la justice.

Dire le droit, rendre la justice, défendre un accusé, écrire un article, couvrir un évènement, enseigner … cela n’est plus possible sauf à se soumettre aux exigences du pouvoir.

La liberté d’expression, la liberté académique, l’indépendance et l’impartialité de la justice, le droit à une défense libre, la liberté d’association et de syndicalisation, autant de principes démocratiques qui n’ont plus de place dans le régime turc. La liste des violations des principes démocratiques est sans fin.

L’Europe, empêtrée dans la gestion des flux migratoires, peine à agir efficacement pour soutenir les mouvements des démocrates en Turquie et la Cour Européenne des droits de l’homme déçoit, pour le moment, la confiance mise par ceux-ci en cette justice des droits de l’homme.

Une petite lueur symbolique s’est faite jour : le 29 aout dernier, le jury du Prix des droits de l'homme Václav Havel, a choisi, parmi les candidatures reçues, les trois nominés pour l'édition 2017 parmi eux figure Murat Arslan.

Il importe de continuer à se mobiliser pour la libération de Loup Bureau et de toutes les victimes de cette répression arbitraire. Il importe d’être aux côtés des démocrates turcs dans un mouvement en faveur d’un avenir serein de leur pays dans la plénitude d’une démocratie laissant toute sa place à une justice indépendante, une défense libre et une expression sans entrave.

Simone Gaboriau, magistrate honoraire, ancienne présidente du Syndicat de la Magistrature, administratice de "Magistrats Européens pour la Démocratie et le Libertés" MEDEL (dont YARSAV  est membre)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.