Création d'un comité de surveillance national et démocratique

La situation est absolument exceptionnelle. Plus de 60 jours sont passés depuis que le monde a appris qu'une crise sanitaire avait lieu en Chine. Nous regardions tous de plus ou moins loin ce qui se passait à Wuhan, sans que la mesure du danger soit réellement comprise. Mais le monde est maintenant en arrêt, et de gigantesques plans de relance sont annoncés pour calmer les marchés financiers.

Hier soir encore, à 20 heures, avec pour lieu de mise en scène l'hôpital de campagne de Mulhouse, nous avons dû subir un long récit pendant 20 minutes, digne d'une veillée au coin du feu, avant d'obtenir enfin quelques détails, toujours très vagues. L'opacité est totale, l'incompétence toujours plus grande, et l'enfumage continue. Avec toujours la même technique, cette sorte de télé-évangélisme, où le moment du discours est l'occasion de dresser le tableau de ce qui se passe, puis d'en venir à distributions de louanges et bénédictions en tout genre. Mais dans le cas de la crise actuelle, les besoins de notre société sont tout autres. Ils sont à l'opposé de toute cette mise en scène.

Tout d'abord, concernant le volet sanitaire, notamment le traitement, dont tout le monde imagine bien qu'il est la clef de voute de toute cette affaire, puisqu'il changerait la façon d'aborder les choses et l'avenir.

Voici d'abord quelques interrogations: 

Depuis 2 mois, notre réseau d'ambassade et d'intelligence a-t'il informé en haut lieu de la façon dont les pays asiatiques ont semblent-ils réussis à contenir ce virus (test + traitement + confinement si nécessaire) ? Si oui, quand l'a-t'il fait?

Nous avons sûrement bien assez de sinologues parmi dans nos rangs francophones pour ne pas être passé à côté de la bonne information.

Aussi, pourquoi le traitement met tant de temps à être testé, validé et se généraliser?

Plusieurs informations portent maintenant à croire que des intérêts privés particuliers sont à l'origine de la lutte d'influence qui a lieu, une fois de plus. La lumière devra donc être faite en temps voulu, car les défaillances sont multiples et perdurent. 

Fin de la première mi-temps : la pyramide s'inverse

La pyramide s'inverse donc à présent, et la société civile tout entière peut siffler la fin de la première mi-temps: certes nous devons rester chez nous et faire preuve de civisme, mais l'exécutif doit lui aussi rendre des comptes, et surtout être précis! La vigilance doit être de mise à tous les niveaux: démocratique par rapport aux lois d'exception votées, et là-dessus le travail parlementaire et médiatique est à saluer, mais aussi économique vis-à-vis des tractations de l'ombre et aux petits arrangements opaques, notamment avec la sphère financière dont chacun sait à quel point ce pouvoir est proche. Alors que partout des milliers de milliards d'argent sont annoncés pour calmer la sphère financière, notamment les derniers tous récents 5000 milliards du G20, c'est bien du risque évident de transfert de la dette du secteur privé vers le public qu'il s'agit. Pour que la bulle de dette n'éclate pas, il faut continuer qu'elle gonfle. Et là, il y a un réel risque que l'Etat rachète ou garantisse des produits financiers et actifs pourris détenus par les banques et fonds de pension dans le cadre du vaste plan de soutient économique présenté il y a une semaine maintenant. Pour les acteurs les plus désespérés de ce monde avare et prédateur, n'importe quelle opportunité est bonne à saisir. 

Mais puisque le vieil adage dit qu'il vaut mieux vaut prévenir que guérir, après le hold-up qui a eu lieu grâce à la crise de 2008, peut-être que cette fois-ci nous pouvons éviter le pire.

Un comité de surveillance national et démocratique trans-partis et trans-médias

La crise a commencé par être sanitaire, puis s'ajoute le volet économique, mais c'est maintenant aussi une crise de confiance qui enfle. Car avec ce niveau de confusion inouï, d'enchaînement de mauvaises décisions stratégiques depuis le début, mais surtout du fait de la fermeture d'esprit sectaire de l'exécutif alors que la situation même de crise devrait au contraire pousser à l'ouverture, ne sommes-nous pas arrivés à un point où une transparence totale de l'exécutif doit maintenant être exigée de la part de tous les partis de l'Assemblée Nationale et du Sénat pour les jours et les semaines qui viennent?

Dans l'état d'esprit des propositions de mesures d'urgence déjà faites, et étant donné la situation absolument exceptionnelle dans laquelle notre pays, mais aussi une bonne partie du monde se trouve, voici la proposition la suivante:

la création et mise en place d'un comité de surveillance national et démocratique trans-partis et trans-médias. Il pourrait être composé d'élus (maires, députés, sénateurs), accompagnés d'une sélection de journalistes (France TV, Radio France, groupes privés, Médiapart, Le Monde Diplomatique, Reporterre, etc.) mais aussi en collaboration avec nos services d'intelligence et notre armée, afin que les faits et gestes de l'exécutif aient maintenant lieu en absolue transparence, dans chacun des lieux clefs du pouvoir. Non pas pour perturber la prise de décision, mais pour que plus tard, lorsqu'il faudra faire les comptes et un bilan, on puisse savoir exactement et précisément ce qui s'est passé et éventuellement rectifier le tir. L'exécutif devra lui rendre des comptes chaque jour, avec la séparation entre temps court et temps long, qui seront ensuite présentés au reste de la nation afin que chacun sache quoi faire là où il se trouve.

L'exécutif doit maintenant sentir qu'il est surveillé et que la nation tout entière l'attend au tournant, car dans ce contexte bien particulier, il semblerait que, Ministre des Affaires Etrangères mis à part, personne n'ait en son sein, grâce à son parcours, l'expérience nécessaire en gestion de crise pour dégager une vision stratégique, maintenir un cap et ajuster sa position en fonction des aléas à venir.

Notre nation, l'Etat et ses institutions nous appartiennent à tous

Il doit surtout comprendre que notre nation nous appartient tous, du boulanger, en passant par le cheminot et le journaliste, jusqu'au membre de la Garde républicaine. La seule chose qui doit guider ce pouvoir exécutif, maintenant plus que jamais, c'est la défense de l'intérêt général et la souveraineté de notre Etat.

Car alors que le personnel soignant et l'hôpital public est à pied d'œuvre et surtout qu'il manque cruellement de moyen, depuis samedi soir la Fondation de France ose faire passer le panier de la quête avec un appel au don. Ils continuent de se moquer du monde et n'ont toujours pas honte...

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