Bienvenue dans le futur!

Ceux qui ont le plus à se reprocher sont souvent ceux qui ont le moins honte. Toutes les tentatives sont bonnes pour renverser la situation, et la proposition de narration nationale récente en est un bon exemple. Bienvenu donc dans le jour d'après, dans le futur, à ceux qui le découvrent. Et cessez vos pénibles louanges, car elles sont une insulte à notre intelligence!

Nous sommes confinés. Nous sommes en incubation. Nous sommes des graines qui ont été mise en terre pour en faire un semis. Certaines poussent, d’autres non. Plus tard, il faudra que ce semis soit mis en pot, et encore plus tard, les plants devront être mis en culture dans des espaces plus grand, avec d’autres espèces, en association de culture. Certaines associations seront un échec, d’autres se dérouleront comme prévu, et certaines seront spectaculaire, miraculeuses. Les concombres et les melons ne font par exemple pas bon ménage.

Êtres de culture: permaculture

Nous sommes des êtres de culture, et cela fait environ 10 000 ans que cela dure. Mais nous continuons aussi de chasser, pêcher et cueillir dans le monde sauvage. Parfois ce sont des champignons, du poisson ou du gibier en pleine forêt. Mais la chasse se pratique aussi avec de l’argent. Car qu’est-ce que faire des achats, alimentaires ou autres, sinon une forme de chasse ou de cueillette avec comme outil principal l’argent dont nous disposons. Les mondes de la culture et celui de la chasse, plus ancien et primitif, sont imbriqués, liés, entre-mêlés.

La culture c’est ce que nous faisons tous les jours, ce que nous cultivons, rien d’autre. Rien de plus grand, rien d’inaccessible non plus. La culture du travail, ou d’entreprise. La culture intellectuelle, celle des arts et de toutes ses disciplines. La culture de nos sols, la culture agricole. La culture est un tout, et les mécanismes de monoculture ne sont pas propre au seul secteur de l’alimentaire. Dans le monde de la culture intellectuelle, lorsque l’entre-soi est trop grand alors les individus se retrouvant en marge peuvent apparaître comme de mauvaise herbe à arracher. Notre société toute entière apprend depuis plusieurs décennies les bienfaits de la permaculture et ses principes, applicable dans un cadre bien plus large que celui du jardin, et cela s’en ressent jusque dans ce qui nous est proposé à voir et écouter.

Nous avons besoin de la culture, et la période actuelle nous le rappelle une fois de plus: qu’ils sont tristes nos temps libres sans rencontres sportives à suivre, sans festival à organiser, sans film à aller voir, sans grand rendez-vous desquels se réjouir, qui nous permettent en fait de nous projeter. En ce moment même nous continuons de perpétuer notre culture comme nous pouvons, chacun à sa manière. Immédiatement chanteurs et humoristes ont continué à produire du contenu, car c’est bien là leur raison d’être. Aux balcons des grandes villes sont apparues toutes sortes de belles fleurs et oisillons qui poussent et chantent la fausse lumière. Car combien parmi ceux qui s’expriment si fort ont justement voté pour ceux qui sont justement responsable de l’état du système de santé publique. Aussi, tous ceux qui manquaient de temps car autrefois pris dans les rouages de la grande horloge mondiale, ont pu vaquer à des occupations qui jusqu’à encore peu de temps étaient non-prioritaires. L’apprenti permacole, qui découvre à son rythme l’importance des savoirs paysans, a peut-être eu un peu plus de temps que prévu pour faire son premier semis, son premier composte, sa première butte.

Grande horloge mondiale

A ceux qui seraient tentés de relancer la machine comme si de rien n’était dans quelques jours, dans quelques semaines, au pire dans quelques mois: nous avons malheureusement eu le temps d’incuber, de continuer de penser, de penser encore plus fort. Et bientôt viendra maintenant le temps de planter. Car, si tant est que cela soit possible et si elle arrive a repartir, la grande horloge mondiale a bel et bien les moyens de broyer les beaux discours prononcés en urgence. Des discours qui annoncent que le monde aurait soi-disant changé, et où des moyens ont très (trop?) rapidement été annoncés pour venir au chevet de l’économie. On sait ce qui s'est passé après les mêmes louanges de 2008…

Mais toutes ces avancées culturelles ne datent pas d’un virus arrivé hier, ou même d’avant hier. Elles remontent à bien plus loin, et ont été portées par tant de défricheurs, d’expérimentateurs, de chercheurs, certains en pleine lumière, d’autre de façon plus discrète. Il ne faut donc pas se tromper de constat ni tenter de s’approprier quelconque changement de paradigme: le jour d’après a déjà commencé, il y a fort bien longtemps. Nous sommes navrés que vous veniez seulement d’être informé.

Cessez vos louanges qui insultent notre intelligence

Bienvenue donc dans le jour d’après à tous ceux qui se réveillent, aux derniers arrivés, à ceux qui le découvrent, ou feignent d'accepter, que tout un monde existe. Tout d'abord: cessez vos pénibles louanges, elles sont une insulte à notre intelligence, les prières ont besoin de calme et silence. Prenez une feuille, un stylo, et essayez de vous trouver un endroit où vous assoir. Mais surtout, ne faites pas trop de bruit, ne dérangez pas vos camarades déjà présents bien avant vous, et apprenez à les respecter! Personne n’a attendu vos simagrées pour bosser.

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