LE PRINTEMPS DE BOURGES VENDU AUX COLLECTIVITÉS LOCALES ?

Le Printemps de Bourges passera-t-il dans un avenir proche sous la coupe du service public ? Cela fait plusieurs années que Daniel Colling ne fait pas mystère de son souhait de "vendre" le festival qu'il a lui-même co-créé (en 1977) et dont il est aujourd'hui l'organisateur à travers un ensemble de sociétés privées. Le grand patron du Printemps a semble-t-il décidé d'accélérer le mouvement et a entamé des discussions avec un "consortium" de quatre collectivités locales – qui subventionnent déjà l'événement – à qui il aimerait donner la priorité de la cession : la ville de Bourges, la communauté d'agglomération Bourges Plus, le département du Cher et la région Centre. Un premier tour de table a eu lieu à l'automne dernier. Un second plus récemment. La vente porterait principalement sur la marque "Printemps de Bourges" dont M. Colling est le propriétaire. Figureraient également dans la corbeille des sociétés lui appartenant, notamment Réseau Printemps (qui organise les Découvertes) et Coulisses, une SARL ayant la gestion de plusieurs équipements municipaux situés au bord de la rivière Auron (halls d'exposition, salles de spectacle...) à travers une délégation de service public avec la ville de Bourges. Dans l'hypothèse d'une cession, les collectivités devraient alors créer une société d'économie mixte (SEM) afin de réaliser un passage de témoin qui, dans le meilleur des cas, ne se ferait pas avant 2015.


C'est un haut-lieu du Printemps de Bourges, ou plutôt "c'était". Avec sa façade Arts déco classée aux Monuments historiques, la Maison de la culture de Bourges (MCB) a longtemps été le vaisseau amiral du festival musical. C'est même en ses murs que celui-ci a été créé, en 1977, par Alain Meilland et Daniel Colling. La façade est certes toujours debout, majestueuse et imposante en haut de la rampe Marceau. Mais n'allez surtout pas regarder derrière ce qui s'y passe... Un passage, sous un porche voisin, invite les curieux à aller jeter un œil. Le choc est important pour ceux qui ont fréquenté les deux salles de spectacle du bâtiment. Il n'en reste aujourd'hui plus rien, sinon les stigmates d'un chantier définitivement arrêté. La MCB devait se refaire un lifting intérieur dans le cadre d'un ambitieux programme de rénovation. Sa partie centrale n'est plus que ruines aujourd'hui – excepté, donc, son fameux fronton en briques rouges et bas-reliefs.

Cette destruction partielle de la MCB a créé, en ville, une émotion proportionnelle à la force évocatrice de cet équipement inauguré par André Malraux en 1963, véritable symbole de la politique culturelle de décentralisation de la Ve République. Première Maison de la culture créée en France, la "Macu", comme l'appellent plus volontiers les Berruyers, aura été victime de son sous-sol, truffé de vestiges gallo-romains. Mais aussi d'une suite de péripéties techniques et d'un manque de concertation entre les différents partenaires en charge du dossier.

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