Lettre ouverte au peuple d'Israël

Cet article se veut une critique objective de la politique de marginalisation volontaire appliquée par la droite israélienne pour banaliser le problème existant avec les Palestiniens, et faire en sorte, hélas, qu'il soit oublié. Les derniers évènements ont montré que c'était une erreur manifeste, et une absence totale de vision politique.

Lettre ouverte au peuple  d’Israël,

Je ne suis pas Albert Camus, ni  Elias Sanbar, ni Théo Klein, ni encore moins le regretté  Hammadi Essid : hélas pour moi !!

Le premier avec « lettres à un ami allemand », dont la première fut écrite en 1943,au plus fort de la domination de la France par l’Allemagne, explique à cet ami allemand imaginaire qui soutient la grandeur de son pays, que cette grandeur ne peut pas être acquise par n’importe quel moyen, et que finalement, la justice restera toujours supérieure à la grandeur.

Le second a écrit un texte en 2001, intitulé « un spectre hante Israël », où il prône un message de vérité et de réconciliation, avec l’acceptation de l’Autre, Palestinien, par la Société Israélienne, pour tendre  enfin,  vers une Paix possible et durable pour les deux peuples.        Ce texte est resté lettre morte.    

 Les deux derniers, ont écrit en 1988, « deux vérités en face », où ils montrent, chacun selon sa vision, Théo Klein en tant que président du CRIF, et Hammadi Essid, en tant que chef de la mission de la Ligue des Etats Arabes à Paris, la complexité du problème, mais aussi la possibilité, par le langage de la  raison, d’arriver à trouver une solution durable au conflit israélo- palestinien.

 Quant à moi, je ne suis qu’un professeur d’économie, dans une faculté de province, Nabeul, en Tunisie, un pays qui  a une  histoire millénaire avec le Judaïsme, de la synagogue de la « Ghriba » sur l’ile de Djerba, dont l’histoire de la construction remonterait à la destruction du Temple de Salomon par le roi Nabuchodonosor II, vers 586 avant J-C, à Sidi Mahrez,          Saint marabout, Protecteur de Tunis, et de sa communauté juive, autour de l’an 1014,et qui pourrait être considéré, peut être, comme le premier des « Justes ».

Les derniers événements du Proche Orient ne peuvent pas nous laisser indifférents, pour deux raisons :

-d’une part, la « guerre » avec les Palestiniens de  Gaza, est toujours là ;

-d’autre part, on assiste à une fracture grave dans la société israélienne, chose impensable il y a quelque temps, entre Israéliens et Arabes Israéliens, dans les villes de Jérusalem, Lod, et une moindre mesure Haïfa, Jaffa, et Nazareth.

Tout ceci est le résultat de l’aveuglement de la droite israélienne, qui a multiplié  et, plus grave encore, banalisé, ces dernières années, les notions de rejet, de mépris, et finalement de non -existence de tout un peuple, les Palestiniens, et de leur  histoire.

Cette  politique désastreuse, s’appuie sur deux éléments majeurs : 

-l’ivresse de la domination technologique et militaire, dans toute la région ;

-le soutien « indéfectible » des Etats Unis pour Israël .

Pour reprendre le mépris, et le rejet, nous savons tous ce que  ces deux notions ont donné dans l’Histoire des peuples, à savoir la guerre, le malheur et la désolation.

La domination militaire, n’a été possible que grâce à la dette militaire  d’Israël envers les Etats Unis, particulièrement pour l’aviation, dette dont le montant est tenu secret, et qui ne sera jamais remboursée, parce que jamais réclamée, ni par les Républicains, ni par les Démocrates.

Posez vous la question suivante : et si un jour toute cette architecture changeait ??

C'est-à-dire, si le soutien n’était plus « indéfectible »,et si la domination n’était plus quasi absolue ? Situations impossibles diront certains. Soit.

Tout le monde disait qu’une attaque terroriste sur le sol des Etats Unis était impossible : et pourtant elle a eu lieu, le 11 septembre 2001, et a constitué un tournant dans les relations internationales. Concernant le soutien, je rappellerai que la communauté juive des Etats Unis, à l’opposé des gouvernements américains, a une position critique envers la politique de colonisation d’Israël (voir E. Alterman : «Israël s’aliène les Juifs américains », Le Monde Diplomatique, Février 2019).Enfin, les événements de ces derniers jours nous montrent que la technologie des «  non existants » a terriblement évolué et qu’elle peut atteindre pratiquement une grande partie du  territoire israélien, chose impensable après la guerre, contre Gaza, de 2014. Deux autres éléments nouveaux  doivent être pris en compte par le peuple israélien :        -d’une part la fracture sociètale  qui émerge en son sein et qui constituera à mon sens, le plus grand danger pour son existence. Bourguiba l’avait prédit pour la Tunisie, nous sommes hélas, en train de le vivre, avec une société qui n’est plus unie, mais qui se regarde en ennemis ;

-d’autre part, le fait que des  centaines  de Jordaniens et d’Egyptiens, dont les Etats ont signé la paix avec Israël, convergent avec les Libanais, vers les frontières avec Israël, devrait l’inciter à se poser la question de la soutenabilité de  l’équilibre du voisinage immédiat.

Pour le moment, leurs Etats, les retiennent, du moins pour les deux premiers. Supposez qu’un jour, ils ne soient pas des centaines, mais des milliers, qui pourra les retenir ? Qui osera tirer sur des gens désarmés, au risque de provoquer une hécatombe, aux conséquences incalculables, tant au niveau interne qu’externe.

A chaque « crise »,les dirigeants israéliens  actuels, ont répondu par ce qu’ils savaient faire de mieux, c'est-à-dire la force aveugle, en disant à chaque fois, qu’ils avaient  détruit l’arsenal militaire de la résistance, et quelques années plus tard, lors d’une nouvelle crise, on se rend compte, comme aujourd’hui, que cet arsenal est devenu, au contraire, technologiquement, plus performant. Il en sera toujours de même, tant que l’aveuglement face au désastre, dominera les politiciens en Israël. Combien faudra-t-il  encore de morts, de veuves, d’orphelins,  des deux cotés pour que la raison domine, enfin, et qu’une réelle solution définitive, soit enfin trouvée et acceptée par tous

Il manque, en ce moment, un dirigeant de la trempe de Bourguiba aux Palestiniens, qui a osé dire tout haut, entre autres, que «  rejeter les juifs à la mer était irrationnel »,mais il manque également, au peuple israélien, un dirigeant de la carrure de François Mitterrand, l’ami du peuple juif, qui a osé dire, dans un discours mémorable  à la Knesset, le 4 Mars 1982,ce que beaucoup ne veulent plus entendre en Israël , à savoir « le respect de la loi internationale » par tous, sachant que le déni de cette loi  internationale, ou droit international,  durant  des années n’a engendré que  la haine et le mépris.

Qui d’autre que le peuple juif, avec ce qu’il a subi comme horreurs et abjection, totalement insoutenables pour un être humain, de la part des nazis, pourrait  mieux comprendre à sa juste valeur, la douleur et la détresse du peuple palestinien ?

Osez le geste impensable de François Mitterrand, devenu depuis « le geste de Verdun »,         la main tendue,  le 22 Septembre 1984 à Verdun, à  Helmut Kohl, le Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne, un pays responsable de trois  guerres contre la France, beaucoup oublient la guerre de 1870, et de deux guerres dévastatrices pour toute l’Europe.

 Dans « La tragédie algérienne »(1957), combien prémonitoire, et qui lui a valu, à tort, beaucoup de haine, Raymond Aron reprend dans sa préface, cette phrase de Montesquieu : « être vrai partout, même sur sa patrie. Tout citoyen est obligé de mourir pour sa patrie : personne n’est obligé de mentir pour elle. »

Ces quelques mots ont aujourd’hui un poids considérable, et devraient être pris en compte par tout responsable  capable d’avancer vers la Paix.  

 

Skander Ounaies

Professeur,Université de Carthage, Tunisie

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