Contre la haine

«Contre la haine» se veut un article fédérateur pour montrer que ceux qui véhiculent la haine entre les religions monothéistes ne comprennent rien à leur message premier, qui est celui d'une philosophie positive de la vie en société.

L’assassinat d’un individu pour ses idées a été, hélas, courant dans l’histoire des peuples, le plus connu, à mon sens, étant celui de Jésus-Christ. La tragédie qui vient de se dérouler à Conflans, avec l’assassinat d’un enseignant pour sa défense de la liberté d’expression et de pensée, vision que je partage parfaitement, est une horreur pour l’enseignant que je suis, et une tragédie de plus pour les vrais musulmans du monde entier.

Je mesure à sa juste valeur les craintes de la France face à cette dérive meurtrière, avec le retour  récurrent de l’abjection et de la haine. Hélas, le monde musulman subit, également de plein fouet l’apologie de la  haine et du rejet des Autres, et son combat sera très long et complexe, car cette idéologie  trouve relativement de multiples relais  au sein des sociétés musulmanes, comme les associations caritatives par exemple.  Je voudrais, à travers ce texte, soulever certaines questions  relatives à l’Islam, le Vrai, questions qui résultent d’une méconnaissance de cette religion, malheureusement  souvent mal représentée à l’étranger, par les personnes qui la pratiquent ou ceux qui croient l’expliquer, car tous deux me semblent ne pas avoir perçu son premier message, qui est celui  d’une philosophie positive de la vie en société :   

- Combien en France, en Europe, et dans le monde font la différence entre Islam (religion), Islam radical (idéologie), et Islam politique (doctrine sournoise pour accéder au pouvoir en toute légalité, en cachant son idéologie), et à laquelle ont cru les Présidents Obama et Hollande, ainsi que  la Chancelière d’Allemagne, Madame Merkel, particulièrement pour le cas de la Tunisie, mon pays en 2011, année de la « révolution », et où chaque scrutin  législatif, depuis cette date, montre  une société, quoiqu’on en dise, divisée ?

- Combien en France, en Europe, et dans le monde savent- ils  que le premier mot de la Révélation du Coran est « lis », et non pas prie, ou jeûne, ce qui en fait une religion du Savoir d’abord ?

- Combien en France, en Europe, et dans le monde savent- ils que le plus grand « Jihad » en Islam,  est celui du calame, de l’écriture, donc de la Science ?A ce sujet continuer à appeler des assassins de gens attablés à la terrasse d’un café, des « Jihadistes », me semble une hérésie.

- Les Musulmans eux-mêmes pâtissent de cette haine qui vient d’un « enseignement » de pays (Arabie Saoudite principalement avec le wahabisme) qui n’ont aucun lien historique, sociétal, et affectif avec nos sociétés Nord Africaines (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte),et pour qui l’Autre, comme disait Sartre, qui ne pense pas et ne vit pas comme moi, doit être éliminé, même si on est du même pays (ici on touche à la faillite d’un Etat nation, concept rejeté par cet « enseignement ») ;

- Contrairement aux Catholiques et aux Juifs, qui ont réfléchi sur la portée actuelle de leurs textes sacrés (la Bible et la Torah), respectivement par les Conciles et le Talmud, le monde musulman n’a pas encore la puissance intellectuelle critique (en terme de masse) pour entamer cette relecture, même si des penseurs ont lancé l’idée et couru des risques, comme Mohamed Talbi (1921-2017) en Tunisie, Rachid Benzine et je terminerai avec Mohamed Sifaoui en France ;

- Enfin, dernier point, à ma connaissance, aucun ambassadeur d’un pays musulman n’a demandé à intervenir, à la suite de cette tragédie, pour expliquer que l’Islam, ce n’est pas les assassinats de penseurs, mais au contraire une religion de science. A ce sujet, rappelons-nous que les premières victimes de la guerre civile en Algérie des années 1990, n’étaient pas des hommes politiques, mais des intellectuels, comme Abdelkader Alloula, dramaturge algérien de talent, donc dangereux, mort en mars 1994, des suites d’un attentat devant son domicile à Oran. A mon sens, cette absence coupable de parole et de réaction de la part de ceux qui sont censés représenter à l’étranger, leurs peuples avec leur Histoire, en un mot, leur patrimoine sociétal, constitue un manquement grave à leur mission, qui est celle de rapprocher les vues entre les Nations. La plus importante présence, celle de l’image, est toujours perdue pour nous, car, généralement, on envoie des représentants qui n’ont aucune envergure, après on s’étonne que le monde arabe et musulman soit raillé, quand il n’est pas riche, à l’instar des pays qui distillent les enseignements de haine, mais, il semblerait que  lorsqu’on signe des contrats mirobolants, on devienne, hélas, sourd et aveugle !

Skander Ounaies
Docteur en Sciences Economiques, Université de la Méditerranée, Aix en Provence
Ancien Conseiller économique au Fonds Souverain du Koweït, KIA
Professeur à  l’Université de Carthage, Tunisie.

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