Slimane Ait sidhoum

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Billet de blog 8 mai 2024

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L'inutile périple

Le roman de Yasmina Khadra, Le sel de tous les oublis s'avère un recyclage d'anciens romans qui n'ont pas trouvé leur public.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les lendemains de l’indépendance ne chantent pas pour tout le monde. Adem Nait Gacem le constatera à ses dépens, lui le héros malheureux du nouveau roman de Yasmine Khadra intitulé, Le sel de tous les oublis. En effet, sans explication et raison valable, Dalal sa femme lui annonce dès l’incipit qu’elle le quitte. Adem prend la décision de son épouse comme une offense à sa virilité et malgré son insistance, Dalal reste intransigeante et va au bout de sa logique. Adem à partir de là sombre dans une profonde dépression et décide de son côté de prendre le large de sa vie bien rangée pour se lancer dans des errances qu’il espère salvatrices. L’année 1963 n’était pas un bon cru pour Adem, et la région de Blida peu hospitalière pour son âme de solitaire invétéré. Dans ses pérégrinations à travers un pays meurtri par plus d’un siècle de colonialisme, Adem découvre des contrées dévastées et une population en mode de survie. Son errance et le hasard des rencontres, vont le propulser du nord de l’Algérie aux confins de l’ouest, atteignant la frontière marocaine. Le narrateur qui s’accroche aux pas du héros malheureux semble l’escorter comme son ombre, nous fait rencontrer un chapelet de personnages aussi bizarres que pathétiques. Or, c’est là où le bât blesse, on a l’impression que l’auteur les a choisis dans un catalogue de curiosités qu’il a sélectionné dans les anciennes séries B passées de mode. On retrouve le nain qui a le cœur sur la main mais dont personne n’accepte l’amitié, le paysan hospitalier, l’arriviste cupide, le responsable despote et le tortionnaire sans scrupules. D’ailleurs l’auteur va jusqu’à donner une seconde vie à certains de ses personnages rencontrés dans d’autres romans comme, "Le privilège du Phénix"," Les anges meurent de nos blessures" et" à quoi rêvent les loups". Ces personnages recyclés et essorés jusqu’à la moelle, nuisent à la narration, en nous donnant cette impression de « déjà vu ». Et, puis aussi ce qui gêne la fluidité de la trame, c’est cette grandiloquence du narrateur omniscient qui vient parasiter l’histoire avec des discours parfois éculés et abscons comme si l’auteur s’écoutait écrire et attendait à chaque réplique l’ovation des lecteurs. Au bout du périple d'Adem, le lecteur est en droit de se demander à quoi avait servi tout ce voyage et toutes ces mésaventures du héros ? La quête du néant, la recherche de la muse perdue de l’auteur ou le roman de trop. Yasmina Khadra qui a une belle plume nous a habitués à mieux que cette manie qui s’est emparée des auteurs francophones du Maghreb de pondre des best-off de leurs anciens romans. Cet artifice fonctionne en musique mais pas en littérature.

Slimane Ait sidhoum

Yasmina Khadra, Le sel de tous les oublis, Julliard, août 2020

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