Slimane Ait sidhoum

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Billet de blog 10 janvier 2025

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Alger dans tous ses états.

Tous les gens qui connaissent Alger peuvent la raconter avec délice et gouaille, mais quand elle est dite avec lyrisme par Sébastien Lapaque que complète à merveille les coups de crayon d’un artiste comme Jacques Ferrandez, les yeux ne peuvent que se réjouir. C’est ce qu’on peut constater dans, La théorie d’Alger.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Tous les gens qui connaissent Alger peuvent la raconter avec délice et gouaille, mais quand elle est dite avec lyrisme par Sébastien Lapaque que complète à merveille les coups de crayon d’un artiste comme Jacques Ferrandez, les yeux ne peuvent que se réjouir. C’est ce qu’on peut constater dans, La théorie d’Alger. Comme dans un film d’action, le lecteur est tout de suite propulsé dans l’ambiance chaleureuse d’Alger. Le regard de l’écrivain et la pertinence du guide Arezki promettent des découvertes toujours surprenantes car Alger se prête aux réjouissances les plus salvatrices comme aux douloureux souvenirs. Dans cette capitale à la blancheur légendaire, se côtoie le tragique de l’Histoire et la bonne humeur de ses habitants. Raconter Alger, c’est parler de football et des célébrations qui ont marqué la mémoire de l’Algérois, comme cette victoire contre l’Egypte en novembre 2009, là-bas sur la terre lointaine du Soudan. Arezki évoque la liesse des supporters et leur fierté d’avoir dompté l’ogre égyptien, éternel rival tous sports confondus. Alger aussi, c’est l’époque coloniale, les murs des immeubles, les rues et les places gardent les stigmates de la colonisation et des luttes pour l’indépendance du pays. Il y a aussi le passé Ottoman car trois siècles de présence turque ne s’oublient pas aussi vite dans la Casbah et la grotte surplombant Belcourt qui a servi de lieu de capture à Cervantès. Dans ce flot de paroles échangé, les dessins de Jacques Ferrandez, s’insèrent avec bonheur pour donner au texte une respiration esthétique et un côté baroque qui met en avant la beauté de cette capitale qui dégringole vers la Méditerranée. Alger c’est aussi une histoire d’hommes qui lui ont rendu visite comme le Che-Guevara, nostalgie des années soixante, des révolutions et des luttes contre tous les impérialismes. Mais au de-là de cette unanimité révolutionnaire quelques voix viennent parasiter les acquis de l’indépendance par la petite musique de la nostalgie des temps des colonies. Le crayon de Jacques Ferrandez de son côté ne chôme pas en offrant aux lecteurs des portraits très attachants des figures emblématiques qui ont une relation directe avec Alger la blanche, on y retrouve, pèle- mêle Albert Camus, Jacques Mandouze, Antoine de Saint-Exupéry et bien d’autres comme Himoud Brahimi le poète attitré de la Casbah d’Alger. Sébastien Lapaque voyage sans appareil photo car les sens du visiteur d’Alger sont tout le temps en éveil et ils arrivent à imprimer tous les instants décisifs dans l’âme et la mémoire, n’en déplaise à Cartier-Bresson qui ne jurait que par l’œil de son Lumix. Par ailleurs, la beauté d’Alger n’a pas besoin de longues phrases. Elle peut se décliner en mots uniques qui se transforment en poèmes lyriques qui légendent tous les paysages d’Alger. L’auteur par ailleurs nous fait découvrir les quelques rares bars de cette capitale encore ouverts et toute l’humanité qui les fréquente, refaisant le monde et réécrivant l’Histoire toujours à l’avantage du raconteur qui peut se confondre avec le bonimenteur du marché hebdomadaire d’el Harrach. Sans oublier les cafés, lieux enchanteurs pour l’art de la conversation et d’écoute pour les mélomanes. Le Chaabi, cette musique populaire habite l’âme des lieux comme le spectre de Matoub, assassiné en 1998 et qui a donné à cet art sa version Kabyle. Doucement mais sûrement le voyage arrive à son terme, avec l’imagination emplie d’images ineffaçables en fredonnant des airs du maître El Hadj el Anka.   

                                                                       Slimane Ait sidhoum.

Sébastien Lapaque, Théorie d’Alger, Illustré par Jacques Ferrandez, Actes-sud 2024.        

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