Haiti n'est pas que décombres et violence à la merci des gangs. C'est aussi un pays de littérature et Lyonel Trouilot le prouve dans son nouveau roman intitulé, Veilleuse du calvaire. On peut tout de suite penser à partir du titre au purgatoire de Dante, avec une promesse que cette traversée poétique se fasse pour le lecteur dans de bonnes conditions même si l'Histoire de Haiti est très chaotique. Lyonel Trouillot joue un peu avec ceux et celles qui ont décidé de gravir avec lui cette colline du calvaire qui devient au fil des pages « un lieu fondateur ». Au départ ce no mans land n'avait aucun propriétaire attitré, mais c'était sans compter sur l'ambition du cupide notaire Marcello Mérable qui du haut de son immeuble décide d'en faire un lotissement. Est-ce une allusion à la naissance d’un pays prometteur et dont la destinée a été dévoyée par la bêtise humaine ? Ou, juste mettre un doigt sur la corruption qui gangrène ce pays? Le notaire est vraiment un personnage trouble, craint mais aussi respecté. Les réceptions qu'il organise sont très courues même si on a des réserves sur son mauvais goût. C'est ainsi qu'on découvre que la narratrice se fait appeler "Veilleuse du calvaire", cependant personne ne l'a vu, ni entendu. Une sorte de spectre omniscient qui sait tout des habitants, venus s'installer sur cette "colline" et cela va lui permettre de nous présenter une galerie de personnages attachants mais aussi très répugnants. La voix de "la veilleuse du calvaire" montre beaucoup d'affection pour "Victoire au beau sourire" qui soigne les malades avec abnégation et empathie. Elle est très mitigée, quand il s'agit de parler du poète, Clément Pierre, un rimeur que le commun des mortels ne comprend pas. Sans oublier les "Alarik", détestables sous tous les rapports. Ils ont été recueillis dans l'immeuble du notaire, légué à son petit fils, Mirabeau qui vit l'inceste avec sa demi-soeur Andrise. Lyonel Trouillot à travers la voix d'une narratrice bienveillante, nous retrace l'histoire d'un pays qui connaît le chaos mais qui ne peut être sauvé que par les mots de ses poètes.
Slimane Ait sidhoum.
Lyonel Trouillot, Veilleuse du calvaire, Actes-Sud, 2023.