Slimane Ait sidhoum

Abonné·e de Mediapart

71 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 mai 2024

Slimane Ait sidhoum

Abonné·e de Mediapart

Une désillusion onirique.

Samir Kacimi jette un regard ironique et sans complaisance sur l'histoire politique de l'Algérie depuis 1962 à nos jours.

Slimane Ait sidhoum

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Parfois le réel s'avère plus fantaisiste que les rêves les plus fous. C'est ce que nous montre le nouveau roman de Samir Kacimi intitulé, Le triomphe des imbéciles. Ainsi, rapidement l'auteur nous transporte au cœur d'Alger dans le fameux triangle situé entre la faculté centrale, la rue du docteur Trolard où se trouve la fameuse résidence universitaire dédiée aux étudiants mariés et la mythique grande poste. Ce lieu reste proche du palais du gouvernement avec son forum. En effet en réunissant ces éléments spatiaux, le lecteur comprend qu'une trame politique l'attend au tournant, même si les personnages qui évoluent dans ce périmètre réduit de la capitale algérienne semblent farfelus et n'ayant aucune conscience politique. Des personnages typiquement algérois avec une manière d'être au monde un peu spécial, faite de nonchalance et de débrouillardise. Parmi eux on peut voir apparaître la vieille fille frustrée qui du haut de son balcon est au courant de tout ce qui se passe dans le quartier et qui répond au doux prénom slave d'Olga. Sa fenêtre et un mirador qui offre une vision panoramique sur une partie d'Alger. Olga ne lâche jamais du regard Ibrahim Boufaloulou, un célibataire endurci dont les habitudes sont réglées comme une horloge suisse et qui lui vont comme un gant de bureaucrate consciencieux, ce personnage nous rappelle, l'escargot entêté de Rachid Boudjedra. Il y a ensuite Djamal Hamidi le fils d'une diseuse de bonne aventure et qui après la disparition mystérieuse de sa mère transforme l'appartement léguée par sa génitrice en lupanar où officie une certaine Bakhta virtuose dans l'art de rendre les hommes addict à son corps. Mais Bakhta a un défaut, elle en pince pour un certain Issam qui lui rend visite de façon occasionnelle et qu'elle n'oublie pas de remercier à chaque fois par des liasses de billets. Par une sorte de retournement de situation, le lecteur se rend compte qu'il et en train d'arpenter le cauchemar du président algérien. L'auteur nous tend une loupe grossissante qui va déconstruire les mécanismes de fonctionnement du régime algérien à savoir les critères qui président à la désignation du premier magistrat du pays, avec cette tendance à privilégier l'homme providentiel sans oublier la nomination des ministres et des hauts fonctionnaires de l'Etat qui n'obéissent à aucun critère rationnel et d'où la méritocratie est bannie. C'est aussi l'opportunité pour l'auteur de faire un retour sur le "Hirak" de 2019 et les techniques de manipulation de foules. Dans un pays qui a perdu la faculté de lire comme le suggère l'intrigue du livre, on peut dire que Samir Kacimi a réussi à nous transporter de façon heureuse dans les arcanes du pouvoir algérien grâce à une plume qui manie la satire et la narration fluide.

Slimane Ait sidhoum. 

Samir Kacimi, Le triomphe des imbéciles, Sindbad/ Actes sud, 2024.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.