Slimane Ait sidhoum

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Billet de blog 20 janvier 2026

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La fluidité des corps.

Même le froid tremble, de Nicole M. Ortega plante son décor dans l’une des favellas de Santiago du Chili.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Décrire la vie après le règne de la dictature s’apparente à un exercice de réparation où les mots deviennent la panacée universelle qui peut guérir tous les maux. C’est ainsi qu’on pourrait qualifier, Même le froid tremble, de Nicole M. Ortega qui dès le départ plante son décor dans l’une des favellas de Santiago du Chili. Le quotidien des habitants remarquablement narré par la Rucia, la narratrice du roman oscille entre les disputes et la survie dans un univers marqué par une violence extrême et une atmosphère anxiogène. La Rucia qui ne ressemble pas aux autres jeunes filles rêve d’échapper à cet enfer pour effectuer un long voyage vers le nord du pays et atteindre le village d’Iquique. En guise de viatique elle aura deux complices plus l’audace d’aller vers l’inconnu. Comme transport, elles n’auront qu’à tendre le pouce et voguer au grès des rencontres. Parfois elles auront de la chance mais à certains moments le danger est tellement éminent qu’elles s’en sortent de façon miraculeuse. Surtout que la narratrice nous montre de façon édifiante comment le corps de la femme est perçu dans l’espace public chilien. Un corps féminin qui est l’objet de toutes les convoitises et doit être à la portée de tous les hommes qui deviennent prédateurs. Nonobstant des dangers à chaque pas, le roman dresse un tableau très réaliste de la situation au Chili où l’on voit défiler des fonctionnaires corrompus, des victimes de Pinochet en quête de reconnaissance et de résilience, des mères courage à la recherche de la vérité sur les disparus de la dictature impitoyable. Il y a aussi cette part de l'imaginaire collectif omniprésent et imbibé de toutes les superstitions ataviques d’une humanité aux abois. Sans oublier l’hommage rendu à une culture autochtone écrasée par une modernité supposée mais aliénante à coup sûr. Au fil des pages la narratrice et ses complices deviennent proches des lecteurs, ce qui donne à ce « road-trip » une saveur particulière qui fait voguer l’âme entre l’extase et l’insouciance teintée de prudence.

                                                                  Slimane Ait sidhoum

Nicole M. Ortega, Même le froid tremble, Anne Carrière éditions, 2025.   

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