Slimane Ait sidhoum

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Billet de blog 30 avril 2023

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Une reine atypique.

Le cinéma algérien sort de sa léthargie grâce à la dernière reine d'Adila Bendimerad et Damien Ounouri. Ce film est projeté en France mais pas encore en Algérie, ce qui laisse les cinéphiles algériens sur leur faim et crée chez eux une grande frustration.

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Une reine atypique.

Le cinéma algérien vit des moments difficiles car on y produit peu de films, chaque année. Malgré des mécanismes d'aide multiples et des partenariats avec des pays étrangers, la production reste rare jusqu'à admettre que la notion "d'industrie cinématographique" est une vraie fiction. A partir de là, chaque fois qu'un film sort sur les écrans, cela devient un évènement que les Algériens scrutent avec les yeux de Chimène, mais avec la frustration du cinéphile qui observe de loin sans pouvoir y goûter. En effet, la majorité des films sortent d'abord en France et ne se retrouvent sur les écrans algériens que de façon sporadique grâce au bon vouloir de la censure officielle. Pour revenir au film dont il est question dans cette chronique à savoir: "La dernière reine" d'Adila Bendimerad et Damien Ounouri, il faut dire que ce projet et vieux d'au moins six ans car il a été présenté pour le concours d'une bourse d'aide du festival du Cinémed de Montpellier en 2017. Adila Bendimerad porteuse de ce projet a bien défendu devant le jury son scénario pour le convaincre de lui octroyer l'aide nécessaire. Après la crise du Covid, certains problèmes bureaucratiques le film est enfin sorti sur le écrans en France le 19 avril dernier. Ce film est une fresque historique qui reprend un moment crucial de l'Histoire tumultueuse de l'Algérie à savoir l'arrivée des Ottomans en 1518, après l'appel d'aide lancé par le roi Sélim Toumi aux Turcs à se débarrasser des envahisseurs Espagnols. Mais comme toutes les alliances militaires se terminent mal, les Turcs ne feront que remplacer les Espagnols. La reine Zaphira comprend tout de suite que le corsaires venus à la rescousse de son mari le roi d'Alger ne sont que fourbes et intéressés par les richesses d'Alger. La reine Zaphira ne cesse d'alerter son époux mai celui-ci aveuglé par son bon coeur le paiera de sa vie. C'est là que la reine redouble de vigilance et organise autour d'elle les forces dont elle dispose pour mener la résistance contre ce nouvel envahisseur venu d'Orient en associant la deuxième épouse de son mari "Chegga". Ce film qui tient le spectateur en haleine par ses multiples rebondissements, nous montre combien la femme algérienne a été à l'avant-garde des combats libérateurs de l'Algérie. L'actrice-réalisatrice Adila Bendimerad qui incarne "Zaphira" nous donne la pleine mesure de son talent par son jeu juste et très incarné d'une reine charismatique, soucieuse de sa liberté et de celle de son peuple. Il faut aussi saluer la prestation d'Imène Noël une jeune actrice qui monte et qui peut aller loin. Par ailleurs, on avait l'habitude de voir les dialogues des films algériens faits à l'emporte-pièce mais dans la dernière reine, on sent que des efforts ont été fait par les deux compères Adila et Damien de les rendre conformes à l'époque et qu'ils soient surtout dits en arabe dialectal et en tamazight les langues de tous les Algériens. Ce film fait par deux jeunes cinéastes augure d'un avenir qui ne peut être que radieux pour le cinéma algérien.

Slimane Ait sidhoum, "La dernière reine" en salle depuis le 19 avril.               

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