En général c’est toujours avec plaisir que les gens retrouvent leurs maisons d’enfance et d’adolescence et c’est dans cette perspective que les éditions Flammarion ont créé la collection « Retour chez soi ». Il s’agit donc de demander à des auteurs de revisiter pour les lectrices et lecteurs les lieux où ils ont vécu jadis pour faire fonctionner la machine nostalgique pourvoyeuse en souvenirs. L’exercice dans le cas de Mazarine Mitterrand Pingeot, fille cachée du premier président de gauche de la cinquième république n’était pas aussi facile qu’on le croit. En effet, pour elle cette période de la sortie de l’enfance et jusqu’à la fin de son adolescence reste très douloureuse car difficile à revivre tant elle a souffert de ne pas avoir eu une vie normale comme tous les autres gamins de son âge. Entre réticences et un désir de céder quand même à un brin de nostalgie, Mazarine émis beaucoup de réserves avant de s’engouffrer dans cette tanière allouée par la présidence pour remonter le temps en une nuit. Elle commence par faire un détour par l’Histoire, car le 11 quai Branly avant de devenir une résidence d’Etat, faisait partie des écuries impériales sous Napoléon 3, des transformations à travers les époques, ont donné des logements de fonctions pour les hauts commis de l’Etat. Et pur hasard ou heureuse coïncidence, même sa grand-mère avait déjà vécu dans ces lieux. Mais le point de fixation sur lequel pivote tout le texte de Mazarine c’est le secret, c’est-à-dire comment vivre cachée, c’est-à-dire raser les murs pour échapper à la lumière de la vérité. Semer les indiscrétions et des objectifs devient un art périlleux. C’est ainsi qu’on découvre que cette vie était une torture pour une enfant, comme arriver toujours dans son collège en voiture banalisée mais ne jamais stationner devant le portail mais au détour d’une rue puis faire semblant d’arriver à pied. Vivre aussi derrière des rideaux toujours qui cachent la vue, ne jamais aller jouer dans la cour de l’immeuble. Cet anonymat imposé, cette entrave à la liberté, même en une nuit font peur à Mazarine, ça fait naître chez-elle une claustrophobie. Le jour J arrive et Mazarine et ses éditrices récupèrent les clés de l’appartement d’antan qui est occupé maintenant par un haut fonctionnaire qui se trouve en voyage avec sa famille. Le cœur bat la chamade quand la fameuse porte s’ouvre, ce n’est plus un sésame mais plutôt un cauchemar qui revient au galop. Mazarine ne reconnaît plus les lieux. Tout a changé, l’agencement interne de l’espace, les meubles et l’atmosphère. Mazarine explique comment elle suffoquait en se baladant et se voyait mal de passer toute une nuit dans cette demeure qui lui paraît lugubre. La sincérité qui se dégage du récit fait sentir clairement le trouble de Mazarine, avec en filigrane un vibrant hommage au père-président qui est lui-même est entré dans l’Histoire quoi qu’on pense de son action à dans toutes les postes qu’il a occupés.
Slimane Ait sidhoum.
Mazarine Mitterrand Pingeot, 11 quai Branly, Flammarion, 2024.