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Billet de blog 23 oct. 2015

Les Menaces du Gouvernement "Démocratique" Vénézuélien

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si vous suivez un peu les informations concernant le Venezuela, vous êtes sans doute au courant de l'élection parlementaire qui aura lieu le 6 Décembre prochain. Pour la première fois depuis la victoire du "NON" à la réforme de la constitution (dont certaines réformes ont cependant été appliquées par l'émission de décrets telle la création de milices révolutionnaire armées), l'oposition est donnée gagnante par les organismes de sondages, avec plus de 40% d'intention de vote contre un peu plus de 20% pour le PSUV.

Ce scrutin s'organise dans un climat tendu, plus de 70% des Vénézuéliens désapprouvent la gestion de l'héritier d'Hugo Chavez, le CNE (Conseil National Electoral), instance en théorie indépendante (mais qui en pratique affiche ouvertement son affiliation au gouvernement) a refusé la candidature d'un bon nombre de candidats gênants au sein de l'opposition mais également au sein des dissidents du Chavisme tels que Nicmer Evans (politologue influent et membre du groupe Marea Socialista qui critique la corruption de la junte au pouvoir et prône pour un retour aux valeurs fondamentales du socialisme que prônait Hugo Chavez). Le gouvernement a par ailleurs ravivé les tensions frontalières avec la Colombie et la Guyane Anglaise ce qui leur a permis d'instaurer un couvre-feu (et donc une interdiction de réunion pendant la période pré-electorale) dans les états frontaliers de la Colombie dans lesquels la population est majoritairement pour l'opposition.

Par ailleurs, le président Maduro a dernièrement donné quelques déclarations qui démontrent une fois de plus la nature anti-démocratique du gouvernement Vénézuélien.

La première en date a été faite le 22 Juin 2015:

Si la droite prenais l'Assemblée Nationale, des choses très graves arriveraient dans ce pays, un processus de confrontation de rue se déclencherait. Il a par ailleurs assuré qu'il serait le premier à se lancer dans la rue avec le peuple pour défendre la révolution

http://elperiodicovenezolano.com/maduro-yo-sere-el-primero-en-lanzarme-a-las-calles-si-la-derecha-toma-la-an-video/


Quelques jours plus tard:

Si un jour l'Impérialisme et ses alliés de l'extrême droite fasciste Vénézuélienne, produits du mal qu'ils font, arriveraient à confondre le peuple et arrivaient à Miraflores (l'équivalent de l'Elisée), ce jour commencerait un révolution et ils verraient le visage de Zamora (un des chefs de la guerre civile du XIXe siècle), de Simon Bolivar et à Chavez dans la rue! Il a ensuite fait référence aux émeutes du 27 février 1989 (date du Caracazo) où la population affamée était descendue des bidonvilles pour piller la ville, en ajoutant que la sortie du pouvoir de la révolution bolivarienne pourrait déclencher des milliers de 27 février 1989.

http://www.lanueva.com/mobile/el-mundo/823289/venezuela--maduro-advirtio-que-si-gana-la-oposicion-habra-una-nueva-revolucion.html

Le 13 Octobre:

Le chavisme doit gagner les parlementaires par "n'importe quel moyen" (en faisant allusion aux pannes électriques qui seraient liées à des opérations de sabotage de l'oposition et non pas au manque d'invesitssesment et maintenance des dispositifs électriques) c'est la seule façon de garantir la victoire de la "paix" et parce que le "futur est en jeu.

Le 22 octobre:


Ces chevelus (en référence à l'opposition), devraient allumer des cierges aux saints auxquels ils croient, suppliant que la révolution gagne amplement les élections du 6 décembre car ce pays ne peut être gouverné que par des révolutionnaires.Nous serions dans le chaos, a dit Maduro en faisant référence à la possibilité que le parti au pouvoir ne gagne pas cette élection et il a signalé qu'il a juré au peuple "depuis son cœur" dans aucune circonstance qu'il ait à vivre, il donnera (N.D.C à l'opposition), "les succès de la révolution" et qu'il ne trahira jamais "le peuple".

Préparons-nous à défendre cette révolution dans le scénario où nous aurions à la défendre ainsi que la patrie, notre souveraineté, notre histoire et le droit au futur, et le 6 décembre comme je dis, il faut gagner peu importe les moyens, avec le peuple conscient, avec guerre économique (...) qu'il pleuve ou fasse tonnerre, la victoire appartient à la révolution bolivarienne.

http://www.efe.com/efe/america/politica/maduro-dice-que-venezuela-solo-puede-ser-gobernada-por-los-revolucionarios/20000035-2744985


Dernièrement dans des billets de désinformation et des sites pro castro-communistes:


Certains auront sans doute vu certains billets de propagande pro chaviste qui reprennent les propos d'un membre de l'opposition qui dit à Maduro de faire attention en sortant dans la rue de ne pas se faire renverser par une voiture ou quelqu'un du peuple en colère. Cette déclaration était une réaction aux menaces anti-démocratiques professées par Maduro ces derniers mois faisant allusion à son impopularité et au fait que s'il descendait dans la rue, le peuple ne l'accueillerait sans doute pas les bras ouverts.

L'hopital qui se fout de la charité en une déclaration


Rapellons-nous du discours que le président Maduro a fait, lors de son intervention à l'ONU le 29 septembre:

Je demande au monde d'être très attentif au cas où l'on tenterait de violenter la vie politique du Venezuela. le Venezuela est disposé à continuer son cours par la voie de la démocratique participative, par la voie de la constitution approuvée par notre peuple (...) La vocation de notre peuple est éminemment démocrate, populaire et pacifique et ainsi nous allons le démontrer cette année encore une fois.

Cette déclaration fait un étrange contraste avec les déclarations citées précédemment, ainsi que le fait qu'aucun observateur international ne sera présent lors des prochaines élections car le gouvernement a refusé leur présence (qu’ils soient Européens, Américains ou même des Etats « alliés » du Venezuela d’Amérique Latine). L'Assemblée est par ailleurs en train de changer les juges du Tribunal Suprême afin de conserver la main mise sur la Justice dans l'éventualité où ils perdraient l'assemblée et il faut rappeler que le Vénézuela est un pays où les militaires ont un grand nombre d'avantages, s'affichent ouvertement comme étant révolutionnaires et pro-gouvernementaux (faute de quoi ils sont limogés) et occupent un grand nombre de postes politiques.

Pour conclure:

La séparation de pouvoirs n'existe pas au Venezuela et dépends de qui contrôle l'assemblée nationale. Si l'opposition gagnait l'assemblée, elle aurait le pouvoir de faire changer les choses et retourner la situation du pays.

Ces déclarations mettent un doute sévère sur la nature "démocratique" du gouvernement qui a repris l’héritage d’Hugo Chavez et qui est fortement critiqué nationalement comme internationalement y compris par des Chavistes « durs ». Nicolas Maduro joue clairement sur la peur du peuple sur ce qui pourrait arriver si la Révolution prend la rue, notamment lorsque l’on sait qu’il existe des milices paramilitaires armées loyales au gouvernement qui ne sont pas confrontées par la police (elles sont de toutes façons mieux armées que la police).

Reste à savoir si la Révolution Bolivarienne prendra les armes, affichant enfin ouvertement son penchant dictatorial, se rangera dans la case de l'opposition, s'assurant ainsi un avenir politique (qui sera dans tous les cas repris par des mouvements plus honnêtes tels que "Marea Socialista" qui montent en puissance au sein des anciens Chavistes malgré que l'on les empêche de participer aux élections). Il est également possible qu'il y ait encore une fraude électorale et que la Révolution soit déclarée gagnante. Dans l'optique où le peuple sorte dans la rue pour défendre leur vote, Maduro a déclaré il y a peu que 1000 cellules étaient prêtes à accueillir d'éventuels manifestants, il est bon de rapeller que le droit à manifester est inscrit dans la constitution qui était tellement chère à Hugo Chavez (qui n'a d'ailleurs jamais réagi aux manifestations avec une telle violence mis à part lors du putch, ce qui pourrait se comprendre).

A Propos de la situation au Venezuela et ce que la propagande marxiste ne dis pas:

  • Le Chavisme et surtout le Madurisme est largement critiqué par bon nombre de ses fondateurs: Les intellectuels qui ont influencé et même conseillé Hugo Chavez et ont participé à la fondation du "Socialisme du 21e siècle", parmi lesquels Heinz Dieterich et Luis Miquilena, se sont depuis bien longtemps distancés de la révolution bolivarienne qu'ils critiquent. Miquilena (qui s'est oposé aux dictatures et aux gouvernements de droite au point d'avoir fait de la prison), qui a milité dans le partit communiste Vénézuélien, créé le Parti Révolutionnaire du Prolétariat, fondé le journal "Diario el Clarin" de tendance Marxiste, fondé et financé le MVR (mouvement 5éme république) avec Hugo Chavez avant de quitter le mouvement 4 ans après l'élection de Chavez, est de nos jours un grand critique d'Hugo Chavez et de la politique qu'il a mené au Venezuela notamment dans l'aire économique, il critiquais il y a quelques jours les conditions carcérales des prisonniers politiques disant que même sous les dictatures les plus dures quand il était en prison, on ne l'avait jamais traité de façon aussi inhumaine. Heinz Dieterich quand à lui nie l'existence de toute guerre économique, critique fortement la corruption et l'incompétence des membres du gouvernement et déclare que la seule façon de diminuer l'inflation (qui sera de 160% cette année) est de supprimer le contrôle de changes du dollar, libérant ainsi l'importation de biens afin de relancer l'appareil productif. Il a par ailleurs avertit déjà dans le passé que les pauvres sortiraient Maduro du pouvoir.
  • Les suposés bienfaits de la révolution en chiffres: Quand bien même la révolution aie en effet bénéficié les classes populaires dans ses débuts, les chiffres de l’emploi et du taux de pauvreté sont livrés par l’Etat (car les ONG ont été expulsées du pays), et sont largement manipulés. L’indice de pauvreté est calculé sur un taux de change Bolivar/dollar de 6,5 auquel aucun individu n’a accès alors que le taux de change parallèle basé sur l’offre et la demande se situe aux alentours de 790 bolivars/dollar, les Venezueliens ont un smic inférieur à celui de Cuba avec ce taux qui est l'unique auquel ils ont accès. Le taux de chômage est quant à lui totalement manipulé compte tenu que plus de 25% de la population vis de la « buhoneria » c’est-à-dire le commerce de rue, notamment la revente de biens qui sont achetés à prix contrôlés par le gouvernement et revendus à prix d’or (ce qui n’aide pas à régler les problèmes de pénuries et d’inflation). Par ailleurs, la révolution a distribué beaucoup d’argent aux classes populaires (surtout en périodes pré électorales), mais a oublié d’investir dans l’appareil productif du pays (enfin, les projets étaient là, mais l’argent arrive rarement à destination), c’est l’une des raisons principales de la crise économique et de devises que nous rencontrons de nos jours et qui est largement critiquée par bon nombre d'intellectuels du Chavisme notamment sur les billets publiés dans le think tank Chaviste "Aporrea".
  • L'oposition, ce n'est pas la droite fasciste et impérialiste: Le discours du gouvernement suit souvent les principes de propagande de Goebbels, parmi lesquels: "Identifier l'ennemi sous un même nom, un même slogan", c'est pour cela que l'opposition est qualifiée d'extrême droite fasciste et impérialiste. Cela est bien entendu totalement faux. La MUD (Table d'Unité Démocratique) qui rassemble les partis de l'opposition, comprend un grand nombre de partis allant de la gauche jusqu'à l'extrême droite avec une grande partie de partis de centre droite ou centre gauche ou social démocrates. Par ailleurs, les seuls partis Vénézuéliens appartenant à l'internationale socialiste sont membres de ce rassemblement qui contient également certains partis politiques d'extrême gauche tels que La Causa Radical ou Vanguardia Popular (Cause Radicale et Avant-garde Populaire) et bon nombre d’autres partis tels que les Verts ou Bandera Roja (Léniniste-Marxiste) sont également dans l’opposition sans pour autant faire partie de la MUD. Personellement, lorsque je pense au fascisme, je pense à l'emprisonnement des oposants politiques (comme c'est le cas avec Leopoldo Lopez et bien d'autres), je pense aux milices de Mussolini qui semaient la terreur en Italie (comme les milices révolutionnaires et les "colectivos" qui sont armés jusqu'aux dents et ont agressé les manifestants sous le couvert de la police pendant les manifestations de février).

N'oublions pas que Staline était un fasciste drapé d'un manteau communiste.

Images des milices paramilitaires communistes prêtes à défendre la révolution avec Maduro.

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