Venezuela News: Situation plus critique que jamais

Billet d'information reprenant ce qu'il s'est passé ces deux derniers mois au Venezuela.

L'article:

Je suis tombé sur un article de presse alternative publié en Janvier qui expose clairement ce qui a mené le système politique Chaviste à l'échec, ainsi que les abus et la corruption dénoncés par certains courants du Chavisme qui ont été écartés de la scène politique et représentent sans doute l'avenir à long terme du mouvement. C'est assez rare de voir des journaux anticapitalistes être assez lucides pour critiquer également les extrêmes opposés. En tant qu’humains nous avons tendance à appliquer la politique « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » et cela nous mène souvent à fermer les yeux ou refuser d’admettre que l’ennemi de mon ennemi peut également commettre des fautes graves.

Il m'a semblé important de partager ce lien pour les personnes qui ne "jurent" que par la presse alternative.

http://cqfd-journal.org/Venezuela-Le-chavisme-prend-l-eau

La Crise:

Les gens font la queue pour achetter à manger - Prendre ce genre de photos au Venezuela peut vous mener en prison. Les gens font la queue pour achetter à manger - Prendre ce genre de photos au Venezuela peut vous mener en prison.

La situation Vénézuélienne empire de jour en jour, les gens sont à bout, des manifestations éclatent tous les jours un peu partout dans le pays et les pillages se multiplient.

En plus des pénuries qui ne cessent d'augmenter depuis bientôt trois ans viennent s'ajouter à présent de "nouveaux" problèmes d'eau et d'électricité. Depuis la dernière sècheresse qui avait entrainé des coupures continues d'électricité dans l'ensemble du pays, aucun nouvel investissement n'a été effectué pour réparer les installations électriques ni les moderniser, des rapports ont fuité mettant en cause un dirigeant Chaviste "Jessie Chacon" qui aurait été alerté sur les conséquences qu’entrainerait un refus d’investir dans la maintenance des installations. Ce dernier n'a pas agi et a estimé que les problèmes électricité étaient dus à "une mauvaise utilisation du courant de la part des Vénézuéliens".

Suite à une sècheresse intense, le Venezuela (dont la plupart de la production d'énergie est hydraulique), se retrouve encore une fois en difficulté pour produire de l’électricité ce qui se traduit par des coupures continues, un fort rationnement, et une qualité d'eau déplorable dans certains endroits du pays (où elle sort des robinets avec une belle couleur verte ou noire selon les régions).

Ces problèmes économiques ont mené le gouvernement à diminuer l'aide apportée aux nouveaux programmes sociaux créés par Chavez pour remplacer les existants (car il n’avait rien inventé, il avait juste changé le nom et médiatisé l’évènement) en matière de santé, éducation, assistance sociale. Déjà en 2014 le budget avait été diminué de 21% suite à la baisse des cours du pétrole et le début de la crise économique, l'apport avait ensuite diminué de 40% en 2015, les chiffres de 2016 ne sont pas connus mais il est peu probables qu’ils restent stables. Pendant que le peuple a faim, que l'économie tombe en ruines et qu'il n'y a plus d'eau et d'électricité, le gouvernement a augmenté son budget à la défense de 158% et a été le premier acheteur d’armes en Amérique Latine en 2015.

Dans un contexte de crise sanitaire résultant des pénuries qui touchent également les médicaments, la situation est très grave pour les patients atteints de cancer et autres maladies graves. Pas plus tard que la semaine dernière, 46 bébés sont morts dans un hôpital de la ville de San Cristobal par manque de médicaments et à cause d'appareils défectueux (incubateurs, respirateurs).

Heureusement que nous avons à présent suffisamment d’armes pour protéger ce genre « d’accomplissements » de la révolution ("los logros de la revolucion")...



China will grow larger:

Le slogan scandé par la révolution: Peu importe ce qu'il arrive, "Tenemos Patria" (nous avons la Patrie) est réutilisé ici pour critiquer la soumission du pays à la Chine. Le slogan scandé par la révolution: Peu importe ce qu'il arrive, "Tenemos Patria" (nous avons la Patrie) est réutilisé ici pour critiquer la soumission du pays à la Chine.

En quête de nouvelles sources de revenu, le gouvernement Vénézuélien a essayé de renégocier le paiement de la dette qui s'élève à 45 milliards de dollars. Cette dernière avait été contractée par Chavez grâce à différents accords avec le gouvernement et des entreprises Chinoises. L'objectif de la réunion était de suspendre l'envoi de pétrole vers la Chine pendant une période déterminée afin de pouvoir revendre ce pétrole et avoir plus de liquidités.

Les membres de la délégation Chinoise ont non seulement refusé d'accepter l'accord, mais ils ont par ailleurs demandé au gouvernement d'augmenter le volumes de pétrole (500 000 barils par jour selon les dernières annonces officielles) envoyé vers la chine afin de remplir les termes du contrat passé (comme les prix du pétrole ont chuté, il faudrait à présent en envoyer plus pour rembourser la dette comme convenu). La délégation Chinoise semblerait avoir également demandé à plusieures reprises s'il allait y avoir un changement de gouvernement prochainement.

Le gouvernement a insisté pour poursuivre les pourparlers sur ce sujet, donc affaire à suivre.


Le Choc des pouvoirs:

Henry Ramos Allup - Social Démocrate - Vice Président de l'Internationale Socialiste - Président de l'Assemblée Nationale Henry Ramos Allup - Social Démocrate - Vice Président de l'Internationale Socialiste - Président de l'Assemblée Nationale

Depuis la victoire de l'opposition aux élections et l'arrivée des élus à l'Assemblée Nationale, la situation n'a malheureusement pas beaucoup évolué de ce coté-là. Dès l'élection, le Tribunal Suprême (composé de juges et magistrats tous nommés par le Chavisme et donc loin d'être impartiaux) a annulé l'élection des députés de l'Amazonie. Depuis deux mois, les populations indigènes sont donc sans représentation à l'Assemblée Nationale (promettant ainsi une défaite encore plus cuisante du Chavisme dans cet état lors des prochaines élections) et l'opposition se retrouve donc privée de sa majorité des 2/3 qui lui permettrait d’effectuer des réformes en profondeur.

Suite à cela, l'opposition a refusé de ratifier le décret d'Urgence Economique mis en place par le président Maduro et qui lui donnerait pour 60 jours, des pouvoirs étendus en matière économique. L'opposition a répondu que le président jouissait déjà de tels pouvoirs avant leur arrivée au parlement et que les actions prises jusqu'à présent n'avaient pas réussi à résoudre les problèmes du pays car elles consistaient à renforcer les procédés et idéologies qui ont conduit le pays jusqu'au précipice.


Le tribunal suprême, encore une fois, a finalement annulé la décision du parlement en la jugeant anticonstitutionnelle en interprétant la Constitution à leur avantage. En effet, le parlement aurait selon eux du dédier une réunion spéciale à l'étude du décret et non pas en discuter en séance ordinaire comme cela a été fait. L'Etat d'Urgence économique a ainsi été remis en place, donnant donc les super pouvoirs au président, notamment en matière d'expropriation d'industries. Beaucoup de gens craignent que le gouvernement en profite pour exproprier le peu d'industries privées qui continuent encore de produire et que ces expropriations entrainent encore plus de pénuries. En effet, le bilan des expropriations de terres agricoles et entreprises dictées par Chavez s'est traduit par la diminution voire disparition systématique de la production.

La confrontation totale sera bientôt inéluctable, l’Assemblée Nationale a voté plusieurs lois auxquelles la minorité de députés pro-gouvernement s’oppose, notamment :

-          Une loi qui permettrait aux citoyens bénéficiaires des maisons construites par le gouvernement de devenir propriétaires de ces maisons. Le gouvernement refuse en disant que le but est d’introduire le capitalisme dans un système socialiste, l’opposition rétorque que le peuple a autant le droit que les dirigeants Chavistes de posséder une maison propre. Le calcul politique est ailleurs: Pendant longtemps, le gouvernement a utilisé ce genre de « bénéfices » pour obliger les gens à voter pour eux (si tu ne votes pas, on t’enlève ta maison, ta voiture, ton bus, ton taxi), l’opposition souhaite rendre les habitants propriétaires afin de s’assurer non seulement l’appui des classes pauvres qui vivent dans ces maisons, mais également afin d’empêcher tout chantage politique futur du Chavisme et du pouvoir exécutif en général.

-          La loi d’amnistie, permettant à plus de 5000 exilés politiques de rentrer dans le pays et à des centaines de prisonniers arrêtés arbitrairement d’être libérés.

-          Le décret d’urgence sanitaire : qui permettrait à l’OMS et d’autres ONG d’envoyer des médicaments pour faire face à l’épidémie de Zika, Dengue et les pénuries de médicaments entrainant la mort de patients atteints de maladies graves. Le gouvernement refuse pour le moment d’accepter ce décret car cela reviendrait à reconnaitre l’existence des pénuries et son échec en matière de gestion.

Le président est sensé ratifier ces lois. S’il refuse, elles repartent à l’Assemblée Nationale qui peut les modifier et les promulguer sans l’accord du président.  Il reste cependant le Tribunal Suprême qui est vendu au Chavisme et qui pourrait juger ces lois inconstitutionnelles (comme il l'a fait pour l'annulation du décret d'urgence économique), empêchant ainsi  leur promulgation.

L'armée déplace ses pions:

Général et Ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez - Le militaire qui controle l'Armée et les Ressources Minières du Venezuela Général et Ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez - Le militaire qui controle l'Armée et les Ressources Minières du Venezuela

L'armée a joui de beaucoup de bénéfices pendant ces 17 années de révolution, augmentation de salaires pendant que ceux des professeurs universitaires arrivaient avec des mois (voire des années) de retard, importations de voitures depuis "l'empire" (les USA) pendant que les citoyens lambda sont inscrits dans des listes d'attente interminables qui leur promettent des voitures d'ici un an ou deux.

Dans cette période d'instabilité pendant laquelle des militaires pourraient être tentés de prendre le pouvoir ou du moins de désavouer le gouvernement actuel, ce dernier a décidé de créer une société anonyme indépendante sous contrôle du ministre de la défense (qui est le militaire le plus haut gradé des forces armées). Cette société complètement indépendante qui n'a aucun compte à rendre à l’État ou l'Assemblée Nationale est gérée par des militaires et possède les droits d'exploitation, transport et commercialisation de toutes les ressources naturelles du Venezuela (Or, pétrole...). Elle est loin l'époque où Chavez avait nationalisé le pétrole "pour le peuple".

Par ailleurs, le ministre de la défense a ordonné il y a peu la distribution d'armes longues et de munitions à la Milice Bolivarienne. Rappelons que la création de cette milice avait été proposée parmi d'autres choses dans un référendum visant à modifier la constitution. Le peuple avait voté NON (c'était la première défaite électorale d'Hugo Chavez), suite à la décision du peuple à priori souverain, Chavez, en bon démocrate, avait appliqué certaines des modifications proposées dans ce référendum (dont la création des « Milices Révolutionnaires ») par le biais de lois-décrets, chose rendue possible à travers la loi "Habilitante" qui transférait au président les pleins pouvoirs de l'Assemblée Nationale.

Selon Rocio San Miguel, présidente de l'ONG "Citoyen pour la Sécurité, la Défense et les Forces Armées Nationales", il s'agit de quelque chose de très grave car "la Milice Bolivarienne n'est pas un composant des Forces Armées. Elle n'est pas contemplée dans la Constitution. Cela signifie qu'ils sont en train de donner des armes à des groupes non professionnels des Forces Armées Nationales, qui sont en marge de la loi. Ce sont des soldats au service de la Révolution et non pas au service du Peuple."

La révolution tente visiblement de court-circuiter l'action du parlement qui est en train d'auditer les organismes de l’État mais également en train de s'assurer qu'elle pourra combattre si d'aventure le pouvoir exécutif venait à passer également aux mains de l'opposition. Cette dernière a pour l'instant un objectif en tête: Faire démissionner le président au plus vite afin de convoquer de nouvelles élections.

La suite au prochain numéro.

 

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