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Billet de blog 28 oct. 2015

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Venezuela: 8,3 SMIC pour nourrir une famille de 5 personnes

Avant Propos: Pour que vous puissiez vous faire une idée de l'équivalent des sommes en dollars, j'ai calculé l'équivalent des chiffres cités à partir de deux taux: le taux officiel (TO) à 6,5 Bvs pour un dollar et le taux Marché Noir (TMN) qui ce matin est à 906 Bvs pour un dollar.

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Avant Propos:

Pour que vous puissiez vous faire une idée de l'équivalent des sommes en dollars, j'ai calculé l'équivalent des chiffres cités à partir de deux taux: le taux officiel (TO) à 6,5 Bvs pour un dollar et le taux Marché Noir (TMN) qui ce matin est à 906 Bvs pour un dollar.

Il faut savoir que la population n'a pas accès librement à des devises, ces dernières sont contrôlées par l'Etat qui les attribue principalement à des entreprises de son choix et qui remplissent certains critères comme celui des pots de vin, du copinage et de l'idéologie politique. La population a accès à certaines devises quand elle part en voyage (jusqu'à 2000 $ pour les voyages supérieurs à 8 jours) mais il faut déposer un dossier incluant les billets d'avion et  le gouvernement se réserve le droit d'approuver ce dossier. Il existe enfin une dotation électronique de 300 dollars par an pour effectuer des achats par internet. Le prix de ces devises est de 12 bvs/dollar, le taux à 6,5 étant en théorie réservé pour l'import d'aliments de première nécessité.

Si vous allez au Venezuela, avec 100 euros et au taux de change marché noir, vous pouvez avoir 905 billets comme celui-ci. C'est le billet le plus "fort" du pays. Un billet de 500 va bientôt être mis en circulation par la Banque Centrale


Ce contrôle a été mis en place pour éviter la fuite de capitaux du Venezuela, j'écrirais prochainement un article pour expliquer comment ce contrôle sur l'attribution de devises mis en place a été détourné par certains acteurs pour voler d'énormes quantités d'argent et influe fortement sur la crise et les pénuries que subis de nos jours le Venezuela. Quoi qu'il en soit, les Vénézuéliens ne peuvent principalement acheter des devises qu'au TMN, le taux officiel étant artificiellement maintenu par le gouvernement depuis des années, il ne correspond pas à la valeur réelle de la monnaie Vénézuélienne. Le TMN est quant à lui supérieur à la valeur réelle de la monnaie et ne cesse d'augmenter jour après jour, produit de la spéculation et du manque toujours grandissant de devises, mais compte tenu qu'il est le seul disponible pour la plupart des Vénézuéliens, il correspond à la réalité dans laquelle ils vivent.

Au sujet de l'article ci-dessous:

Le CENDAS-FVM (Centre de documentation d'analyse sociale de la fédération Vénézuélienne des enseignants) a publié des chiffres concernant le prix de "La canasta Alimentaria" (Il s'agit d'un ensemble d'aliments exprimé en quantités suffisantes pour satisfaire les besoin caloriques d'un foyer. Quand bien même cela représente un minimum alimentaire à partir d'un modèle de consommation d'un groupe de foyers de référence, les aliments présents dans la "Canasta Alimentaria" n'apportent pas tous les nutriments nécessaires à l'organisme).


Article Complet: Cliquez ici.
La canasta alimentaria a atteint la somme de 61 897 bolivars en septembre (68$ au TMN et 9522$ au TO). Le Cendas-FVM a indiqué qu'il y a eu une augmentation de 22,3%, ce qui équivaut à 11 272,9 bolivars (1734$ au TO, 12.44$ au TMN).
 
Depuis le début de l'année, ce chiffre a augmenté de 336,6%. A partir du 1er novembre, le SMIC sera de 9 648,18 bolivars (1484$ au TO et 10,64$ au TMN, au TMN ce SMIC est le plus bas de l'Amérique latine).
L'institution a signalé qu'il faut 8,3 SMIC (qui sont actuellement à 7 421.6 bvs soit 1141$ au TO et 8,1 $ au TMN) pour acheter tous les produits pour une famille de 5 membres.

Certains des aliments de la "Canasta Basica"


21 des 58 articles de la Canasta Alimentaria présentent des pénuries: Lait en poudre, conserves de sardines, conserves de thon, poulet, viande de bœuf, margarine, sucre, jambon, huile de maïs, fromage blanc dur, haricots, pois, lentilles, riz, farine de maïs, pain, pâtes alimentaires à prix contrôlé, farine de blé, café, mayonnaise, fromage jaune.

Le Prix de 11 produits a augmenté

Les 11 articles ayant augmenté sont: sauce et mayonnaise, 46,4%; tubercules, racines et autres, 40,3%; poissons et fruits de mer, 35,5%; lait, fromages et oeufs, 33,5%; grains, 21%; fruits et légumes, 16.4%; sucre et sel, 14,9%; viande et dérivés, 13,2%; café, 13%; céréales et dérivés, 9,7%; graisses et huiles, 1,7%.
En moyenne, un repas coute 475 bolivars (TO: 73$ et TMN: 0.5$) . le montant d'un ticket restaurant varie entre 75 (TO:11,5$ et TMN:0.08) et 112,5 (TO:17.2$ et TMN:0.12$) bolivars dont la valeur est de 150 (TO:23,07$ et TMN:0.16) bolivars.


- Fin de L'article cité -

Mis à part les écarts monstrueux entre le TO et le TMN qui montrent le chaos total dans lequel se trouve l'économie et la valorisation des produits Vénézuéliens, cette étude relate la triste réalité du Venezuela où les personnes aux revenus plus modestes peinent à vivre honnêtement ce qui est sans doute en lien avec l'augmentation de la criminalité ces dernières années ainsi que le rejet de la politique de Nicolas Maduro qui est supérieur à 75%. 

A ce problème se mêlent bon nombre d'autres soucis qui ne font qu'empirer les pénuries, certains aliments de la "Canasta Alimentaria" sont subventionnés par le gouvernement dans des marchés à ciel ouvert ou supermarchés de l'état (bicentenario), mais beaucoup de personnes achètent les produits en masse pour les revendre ensuite jusqu'à 10 fois plus chers. Compte tenu des pénuries les gens acceptent de payer pour manger ce qui fait vivre ce business très lucratif.

Les gens pratiquant cette revente comme cette personne sont appelés bachaqueros (nom de fourmis organisées en colonies qui peuvent vider un champ de culture en une nuit)

Pour contrer cela, l'Etat a mis en place, dans certains endroits, des limites semainières de denrées qui peuvent être achetées par des gens, mais le business est tellement lucratif que bon nombre de denrées alimentaires sont souvent détournées ou volées et se retrouvent en vente dans la rue pour de prix exorbitants. Ceci crée un cycle néfaste qui ne fait qu'empirer les pénuries et ne peut être résolu que par la criminalisation des revendeurs (chose que le gouvernement refuse de faire car cela leur ferait perdre encore plus de soutien populaire) et la fin des pénuries, ce que l'état peine à faire faute de devises et après plus de 10 années de laisser aller en termes de productivité nationale.

Note finale:

Cet article contraste avec certains billets publiés dans des blogs qui aimeraient vous faire croire que tout est beau au Venezuela, que le pays a des problèmes mais qu'il est dans un bon chemin. Moi je me souviens d'un Venezuela qui n'était certes pas parfait, surtout en termes sociaux et de répartition des richesses et inclusion sociale, mais où les supermarchés étaient remplis, le mot pénurie n'existait pas, et quand bien même le smic était déjà insuffisant pour nourrir sa famille pendant un mois, la situation n'était pas critique à ce point. La situation a commencé à se dégrader lorsque Chavez est tombé malade et pendant que Nicolas Maduro, président actuel, était ministre de l'économie. Depuis, la situation ne fait qu'empirer, et l'on vois à présent le résultat du capitalisme d'état implémenté au Venezuela pendant ces 16 dernières années: Un désastre.

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