Venezuela: Propagande du Gouvernement - Le Principe de l'Orchestration

ap906202571781.jpg?quality=75&strip=color&w=1100

Rappelons-nous de l’un des principes de la propagande selon Goebbels :

 Le principe de l’orchestration: «La propagande doit se limiter à un petit nombre d’idées et au fait de les répéter inlassablement, de les présenter encore et encore, depuis différentes perspectives mais qui finissent toujours par arriver au même concept. Sans fissures, ni doutes. Plus le mensonge est gros, plus le nombre de personnes qui le croira sera grand».

 Depuis des années, la junte au pouvoir au Venezuela ne cesse de dénoncer de supposées tentatives de coups d’Etat et Magnicides (ce qui est arrivé à Kennedy) sans apporter de preuves pour venir etayer ses propos et la plupart du temps sans donner suite aux affaires (sauf quand il s'agit d'emprisonner des militaires devenus sans doute dérangeants).

L'histoire du petit garçon qui criait au Loup:

Un groupe de militaires de la aviation aurait planifié d’attaquer le Palais de Miraflores en Fevrier dernier depuis un Tucano, du moins c’est ce que clamais Nicolas Maduro dénonçant en Février un des 16 attentats qui auraient été planifiés contre lui en deux ans.

supertucano1302.jpg

Avion de type Tucano. Compte tenu que les avions de ce type au Venezuela ne sont pas en état de  marche faute d'entretien et de pièces de rechange (si les vehicules gérés par l'Etat pouvaient parler, ils diraient sans doute "C'est l'histoire de ma vie"), les avions en question seraient venus d'un autre pays, on ne sait pas lequel.

Le 23 janvier 2013, il avait déjà dénoncé ce qui serait, selon lui, le premier plan contre lui;  “Des groupes infiltrés planifient de me tuer moi et Diosdado Cabello” a-t-il annoncé lors d’une manifestation populaire transmise pas VTV, télévision d’état, plateforme de choix pour l’annonce de toutes ces alertes au soit disant assassinat.

De ce soit disant projet, nous n’avons rien entendu de plus: aucune donnée, aucun nom, aucun lien politique, rien.  Et deux semaines plus tard, étant encore vice-président, il a affirmé que des groupes de mercenaires “envoyés par la droite salvadorienne”, projetaient de le tuer, et bien sûr, aucune précision ne viendra par la suite au sujet de cette déclaration et si elle était en relation avec l’antérieure.

Comme ça, sans noms, ni dates, ni lieux, ni photos, ni documents, ni aucune preuve, ce sont passés deux mois dans le flou artistique des menaces de mort contre un politicien vénézuélien.  Pendant cette période, c’est Chavez qui est décédé, cinq mois après avoir été élu de manière inconstitutionnelle président pour la troisième fois (Selon la constitution, si le président ne peut être présent à l’Assemblée pour recevoir sa fonction comme c’était le cas de Chavez qui était malade à Cuba, il ne peut devenir président, le Tribunal Suprême de Justice qui est contrôlé par l’Etat qui en a nombré les membres, a tranché en disant que ce détail n’était pas important). Le CNE fait alors appel à de nouvelles élections et le pays s’engouffrait dans un futur incertain.

La campagne du "fils" de Chavez

C’est alors qu’a lieu la campagne électorale la plus courte de notre histoire.  L’héritier politique de Chávez , président par intérim et candidat du PSUV dénonce à travers de VTV que son adversaire, le leader de l’opposition Henrique Capriles comme étant un “ennemi de la patrie” qui veux le tuer.

Cette dénonce non plus n’aboutit à rien, aucune preuve, aucun document, et bien entendu aucune enquête. Parallèlement Maduro obtient une victoire très discutée dans un processus rempli d’irrégularités.  Juste deux semaines plus tard, lors de son investiture, il lance une nouvelle alerte à l’assassinat, accusant cette fois ci l’ex ambassadeur de Etats Unis, Roger Noriega et l’ex président colombien Alvaro Uribe Vélez, qui soit disant auraient planifié cet assassinat depuis Bogotá et Miami, selon les propres paroles de Maduro, et comme d’habitude et sans présenter aucune preuve, Uribe est un “assassin” .

Après un mois au pouvoir, et surmontant une vague de protestations suite à la controverse des résultats de l’élection présidentielle, Maduro annonce sans aucune preuve encore une fois,  l’un des plus polémiques plan d’assassinat contre lui: Depuis Colombie ils vont essayer de m’inoculer un venin, qui va me tuer lentement.  Sa stratégie a accaparé l’attention médias latino-américains et des internautes, qui ne prenant pas au sérieux la dénonce, ont ridiculisé ses propos.

LYNXNPEB7300J_L.jpg

Entre le 24 Juillet et le 26 Aout 2013, le gouvernement a dénoncé 4 plans d’assassinat.  Des porte-parole comme Diosdado Cabello, José Vicente Rangel ou Miguel Rodriguez Torres, ont été chargés de notifier dans des programmes télévisés et à la façon de show, les caractéristiques de ces soit disant projets d’assassinat contre Maduro, sans jamais porter de preuves concrètes de quand, comment et où et sans jamais qu’enquête s’en suive.

 

diosdado-cabello-el-mazo.jpg

Diosdado Cabello, #2 du régime, président de l'Assemblée nationale, accusé de corruption à maintes reprises y compris par des Chavistes, chef présumé du Cartel Des Soleils, pendant son programme télévisé: "Con el Manzo Dando" (En Donnant Avec la Massue)

 Quant au “Qui”, c’est toujours les mêmes qui sont accusés: Le gouvernement des Etats Unis, la Colombie, une “extrême droite” vénézuélienne qui n’existe pas (là on reprend le précepte #1 de Goebbels : Le principe de simplification et de l’ennemi unique : Choisir un adversaire et insister sur le fait que c’est la source du mal. Par exemple : les immigrés, la droite ou la gauche), l’ex président du Honduras Roberto Micheletti.  Et même un Carlos Salcedo, dont on a diffusé une photo, mais dont on n’a jamais retrouvé la trace.

Et on arrive à 2014, avec son lot de plans d’assassinat: pas moins de 5 dénonces dont la première à lieu le 15 février, quelques jours après les débuts des protestations des universitaires contre le gouvernement, alerte provoquée par le “tweet” d’un “Power Kardashian” qui l’aurait menacé de mort.

 Un mois plus tard, avec le pays en alerte, des centaines de barricades dans plusieurs villes, la société civile exigeant la renonce de Maduro, ce dernier, lors d’un acte face aux militaires, s’adresse au président des Etats Unis en lui exigeant, encore une fois sans aucune preuve, de ne pas autoriser le projet de le tuer que serait en train de mettre en place le Département d’Etat des USA.

 Le 10 décembre 2014, Maduro a annoncé ce qui serait un nouveau plan pour l’assassiner.  Cette fois ci il raconte que des sicaires (tueurs à gage), on ne sait pas lesquels, venant d’Amérique Centrale, mais on ne sait pas d’où exactement, qui iraient jusqu’en Equateur, pour le tuer pendant le sommet de l’Unasur.

Avant ça, deux dénonces ont occupé les medias vénézuéliens: en Mai ce serait Maria Corina Machado, Diego Arria et Salas Römer auraient été soutenus financièrement pas un banquier vénézuélien, Eligio Cedeño pour ne pas le nommer, dans le but de le tuer; En Juin la délégation vénézuélienne de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) assurait que l’opposition politique projetai de tuer le président.

 D’autres personnes accusées de vouloir le tuer en 2014 furent Gustavo Tarre, Pedr María Burelli, Kevin Whitaker, Robert Alonso, Ricardo Koesling…..

 C'est 2015, mais toujours la même chansonette:

Après une douzaine d’avertissements sur des supposés plans pour l’assassiner, Maduro démarre l’année 2015 avec des voyages qui l’ont éloigné du pays durant presque tout le mois de Janvier.  Mais à peine arrivé, le 27, lors d’une allocution depuis Caracas il annonce qu’un groupe des terroristes planifient de le tuer au Costa Rica, où il devait se rendre pour le sommet du CELAC, et il assure même que le gouvernement de ce pays est au courant de cette menace.

 Le lendemain, le chancelier du Costa-Rica, Manuel González annonce un démenti au sujet des accusations de Maduro, et garantie que l’intégrité d’aucun Président n’est en danger.  “Nous n’avons confirmé aucune menace ni présence d’aucun groupe terroriste dans notre territoire”.

Aucun  commentaire de Maduro sur ce démenti, et tout le monde oublie le sujet jusqu’au 12 Février, où nous arrive l’histoire du “Projet Bleu” consistant, selon lui, à des attaques  aériennes de points stratégiques et tactiques du gouvernement où il avait prévu de se rendre. Cette fois-ci, les soit disant coupables seraient des militaires qui auraient été déjà capturés.

Réaction de la population:

Certaines personnes croient sans doute à cette mascarade, après tout, Maduro jouïs encore de 15% d'appui au sein de la population (c'est moins que Hollande!).Une bonne partie des vénézuéliens ne donnent en tout cas aucun crédit à ses alertes, et ont tendance à s’en moquer, avec des blagues satiriques et des “memes”.

tucano.jpg

 https://twitter.com/ManuelSuarezQ/status/566025391723520000/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw

 https://twitter.com/Francysmel/status/566089530688962560/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw

 

 "Tal palo tal astilla" - Tel Fils, Tel père

Dans tous les cas, l’autoproclamé “fils de Chávez” fait honneur à l’héritage de son “père” qui en vie avait dénoncé une cinquantaine de supposés plans pour le tuer.

 Sur ce lien, un tableau récapitulatif des 63 projets d’assassinats en 1999 et 2013.

http://www.ultimasnoticias.com.ve/extras/magnicidio/Magnicidio.png

 

Maduro et sa psychose de l’assassinat: Un récapitulatif de toutes les dénoncés décrites dans cet article, par Maduro lui même:

 https://youtu.be/Cy7ptMwG4Ik

Derniers mots:

Cet article montre bien la propagande continue du gouvernement et la propagande organisée des médias sur le peuple Venezuelien. Les annonces de ce genre se succèdent régulièrement afin de rapeller au peuple qu'il y a un ennemi à combatre, que l'attaque est imminente (ça ils l'ont peut être volé à la Corée du Nord), que la révolution est en danger constant non pas par son incompétence et ses insuffisances mais par des attaques extérieures ou intérieures (lorsqu'il s'agit de faire tomber des militaires qui dérangent ou discréditer des membres de l'oposition qui ne sont jamais emprisonnés pour ces faits car il n'y a pas de preuves).

De tellement avoir crié au loup, plus personne n’y croit et toutes ces déclarations ne sont que flop sur flop! Ceci dit, Goebbels a de quoi être fier de la persévérance affichée.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.