Un avocat se pointe au comptoir, demande à consulter un dossier d'inventaire de biens suite à un décès, et pousse discrètement le dossier vers moi, en laissant délibérément dépasser de la tranche plusieurs billets de banque, et en me disant à voix basse et avec bonhomie : "je compte sur vous pour délivrer dans les meilleurs délais l'autorisation de vente de l'appartement de mon client".
Très calmement, malgré mon très jeune âge (22 ans), je repousse à mon tour le dossier vers ce monsieur, en exposant les billets à grande vue et en disant à très haute voix, pour bien atteindre tous les gens autour de nous : "oh ! mais regardez ce que vous venez d'oublier dans le dossier !!!!!"
"Fonctionnaire dans l'âme". Intimement persuadée qu'une mission de service public exige une déontologie à toute épreuve.
Depuis, je vis en France (j'ai la double nationalité). Et comme de bien entendu, depuis mon arrivée dans ce beau pays, j'ai été… fonctionnaire.
Éducation nationale, ma grande passion. Un véritable trésor à défendre becs et ongles.
Recrutement sur concours : instit' d'abord (juste avant la création du corps des professeurs des écoles), puis secrétaire administratif.
Avec grand enthousiasme, j'ai adhéré à tous les principes de la fonction publique, que j'admire tellement.
Principe d'égalité de traitement des usagers, principe de continuité du service, principe de mutabilité (d'adaptabilité) et d'accessibilité, pour ne parler que des principes consacrés par les tribunaux dès la fin du XIXe siècle.
Sont venus s'agréger, au fil du temps, au fil de l'avènement de la charte des services publics de 1992, au fil des discussions européennes, les principes d'équité, de transparence, de neutralité, de fiabilité, de dignité, d'impartialité, d'intégrité, de probité, de gratuité, ……. une foule de principes, dont celui de loyauté, prisé notamment par l'ex-ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer.
Ce dernier visait essentiellement à museler les fonctionnaires, à les empêcher de jouir de leurs droits de citoyens, de leur liberté d'expression, à les "enduire d'erreur" en leur faisant croire qu'ils sont hors-la-loi parce qu'ils ont des opinions contraires à celles de leur "hiérarchie". Ce sont hélas des méthodes qui marchent encore. Comme d'habitude, pas de place pour les nuances, pour la liberté d'expression en dehors de l'exercice des fonctions, pour la neutralité avec attitude critique, …
Mais, mais, ne nous égarons point… Pour revenir aux autres principes.
Ont-ils prévu la suite ? Ont-ils prévu qu'à force de payer les fonctionnaires des clopinettes, le principe de probité serait mis à mal ?
Le statut et les droits des fonctionnaires, tant décriés par tous ceux qui ont intérêt à dénigrer ces agents indispensables au bien-vivre ensemble, ces statuts et ces droits ne sont rien d'autre que des garde-fous, des garanties, des cautions pour que la fonction publique reste tenue à l'abri de vilaines tendances, de vilaines envies, de vilains travers… Observons notamment le comportement au sein de l'institution de la Police… Quel degré de volonté faut-il pour se maintenir à distance de tentations diverses, variées et… lucratives ?!?!
À force de geler le point d'indice… Faut-il guetter un déferlement de corruption sur la France ? N'est-ce pas juste… probable ?
Un salaire de misère m'aurait-il poussée à accepter les billets de cet avocat ? Je parle pour moi, la réponse est non… car mon salaire était déjà un salaire de misère. Mais à force de tenter le diable…
Je ruisselle, tu ruisselles, il/elle se débrouille. Nous bâfrons. Vous…..
Continuez à les payer des clopinettes. Refusez d'augmenter leur point d'indice. Cultivez l'opposition fonctionnaire/travailleur du privé. Demain, qu'allez-vous cueillir ? Êtes-vous vraiment certains que vos petites mains, celles qui garantissent la bonne marche de vos "affaires", échapperont à la grande épidémie que vous êtes en train de disséminer, celle du boulot vite-fait, mal-fait, et immoralement-fait ? Êtes-vous vraiment à l'abri des forces du petit travail ????
Attention…
Gaffe…