Malick Traoré (Canal+ International) : Un mental et une voie...

Il a réagi dernièrement aux accusations de racisme à l’encontre de Monsieur Coltescu, quatrième arbitre lors du match entre le PSG et Basaksehir. Malick Traoré, le présentateur des soirées Ligue des Champions, des émissions « 11 d'Europe : La grande soirée » ou encore « La Team du lundi » sur Canal+ Sport Afrique, revient sur sa carrière et les moments déterminants de sa vie, pas toujours rose...

Malick Traoré © DR Malick Traoré © DR

 

« Quand j'étais jeune, dans chacune de mes lettres de motivation, je précisais que je voulais être avant tout un couteau suisse pour mon futur employeur. Entendez que j'étais disponible et surtout prêt à faire toutes les tâches qui me seraient confiées. » Ces mots résument la détermination du journaliste sportif qui a réalisé son rêve 12 ans après avoir quitté la Côte d’Ivoire, pour venir s’installer en France dans le cadre de ses études.

Un parcours atypique, ponctué d'échecs et de remises en question

Après avoir obtenu son baccalauréat économique et social au Lycée La Corniche, Malick intègre une licence de Science économique et gestion à Angers, dans le but d'obtenir un Master en banque finance. Seulement, tout ne s'est pas vraiment passé comme il le souhaitait. « Quitter son pays n’est pas toujours chose facile. On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, car il y a un stress personnel et la pression des parents. Il est important de se préparer psychologiquement à sortir de sa zone de confort pour partir à des milliers de kilomètres », constate le natif d’Abidjan. Et s'il définit son parcours comme atypique, c’est parce qu’il a été ponctué d'échecs, et qu’il a fallu s'accrocher sans jamais se décourager. Mais lorsqu'on lui demande de nous raconter son histoire, c'est toujours avec simplicité et humilité qu'il évoque sa première année en France, à la Faculté d'Angers : « Cette période n'était pas évidente. Je suis passé par des moments de dépression durant plusieurs mois. Pour la première fois, j'étais seul et il fallait que je m'adapte rapidement à ce nouveau cadre de vie. L'aspect administratif est aussi très compliqué à gérer quand on est étranger, puisqu'il y a ce rendez-vous annuel à la préfecture que l’on redoute, et où l’on doit justifier que ses études présentent un caractère réel et sérieux. Pas toujours évident à gérer aussi le fait de se prendre des réflexions sur place de la part de l’agent préfectoral, surtout quand les résultats universitaires ne sont pas au rendez-vous. J'ai raté ma première année de Licence, puis j'ai retenté ma chance une deuxième fois en décidant de rejoindre des membres de ma famille à Nantes.» Déterminé à réussir dans ce domaine, le jeune homme décide, une troisième fois, d'aller au bout de cette licence et de son objectif, jusqu'à ce qu'il se rende compte que ce n'était finalement pas le chemin qu'il devait prendre... « Je n'arrivais pas à me projeter, mais je suis ressorti de ces échecs grandis. J'ai tiré du positif et je me suis posé les bonnes questions. Je réfléchissais à ce que j'avais envie de faire. Et j'ai appris à écouter mon cœur.» C’est-à-dire, revenir à ses passions d'origine : Le football et le journalisme. « Ma mère était une joueuse professionnelle de handball et participait à des Coupes d'Afrique. Mon père était fan de tennis et de foot alors que mon oncle, Abdoulaye Traoré, a gagné la Coupe d'Afrique en 1992 avec la Côte d'Ivoire. J'ai donc grandi avec le sport dans ma famille. Aussi, j'allais régulièrement en librairie pour acheter des magazines de football », explique-t-il.

« Pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient »

Pour cela il lui fallait un tremplin. Et quoi de mieux que l'école de communication SUP’DE COM à Nantes, où il obtient son BTS en communication. Parallèlement, il devient correspondant local de presse à Ouest France toujours dans la cité des ducs. Il affine sa plume et est persuadé qu'il fera de sa passion son métier. Autre expérience nantaise majeure, le commentaire bénévole des matches à domicile du HBC Nantes club de handball local pour SUN Radio. « Lorsque j'étais en radio, certaines personnes ne comprenaient pas pourquoi je faisais du bénévolat au lieu de trouver un job étudiant classique. Pour moi c'était formateur et ça me sert encore aujourd'hui ». En 2014, il rejoint l’IICP à Paris et intègre en alternance la chaîne du bouquet Canal en France, « Non Stop People », où il découvre les plateaux, les JT, le montage, ou encore comment poser sa voix sur des sujets. « La vraie école », selon lui. La suite est un concours de circonstances. Sur conseil d’un ami, il décide de contacter Pierre Chaudesaygues, le directeur des chaînes Canal +Sport sur le continent Africain, via la plateforme linkedin. « Je lui ai envoyé mon CV et quelques vidéos en évoquant mon parcours. Puis il m'a proposé de faire un casting 3 jours plus tard, avant de m’embaucher et me confier la présentation du ’11 d’Europe’, émission qui propose toutes les rencontres des championnats européens chaque weekend », souligne Malick. Un mélange de chance, de rencontres, un peu de hasard et surtout beaucoup de culot... « Lors de ma première, c’était un samedi lors d’un derby entre Manchester United et Manchester City, j’étais tellement stressé que j’ai cru que j’allais m’évanouir. En général on dit que pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient. Je savais d'où je venais ce qui m’a permis d’évacuer ce stress petit à petit ». Au moment d’évoquer son passé, il est revenu également sur le rôle de sa mère puisqu'il a perdu son père à l’âge de 4 ans : « Il fallait être courageuse pour nous élever seule ma sœur et moi, et jouer le rôle des deux parents. Ce n'était pas forcément évident car cela demande un peu de sévérité parfois, et une rigueur de tous les instants sur l'éducation de ses enfants. Ce parcours qui est le mien, je le lui dois totalement. »

Malick Traoré a été correspondant local de presse pour Ouest France, animateur pour SUN Radio et journaliste reporter d'images en alternance pour la chaîne du bouquet Canal en France, « Non Stop People » © DR Malick Traoré a été correspondant local de presse pour Ouest France, animateur pour SUN Radio et journaliste reporter d'images en alternance pour la chaîne du bouquet Canal en France, « Non Stop People » © DR

 

Du temps, de la persévérance et un peu de rêve...

Et si Malick définit sa vie comme un long marathon plutôt qu’un sprint, le plus important est bien évidemment de prendre son temps, et ce, peu importe le parcours, les échecs, le vécu et le regard des autres. « La télévision est un gage de visibilité assez éphémère. Un jour si les téléspectateurs finissent par se lasser, il faut avoir assez de recul. Ça commence par respecter ses collaborateurs au quotidien. On leur doit du respect, de la sympathie et je considère que même si je suis mis en avant, je ne suis qu’un tout petit maillon de la chaîne au même titre que tous ceux avec qui je travaille, et sans qui il est impossible d'avoir un produit fini. » Aujourd’hui il regarde avec fierté tout le chemin parcouru : « Ça m'a permis de faire une sorte d'entonnoir et de me spécialiser dans un domaine que j'affectionne. En discutant aujourd'hui avec des personnes que j'ai connues tout au long de mon parcours, certains, la faute à un contexte sanitaire compliqué et une année 2020 que personne n'oubliera, en viennent à se poser des questions sur une éventuelle reconversion. Si vraiment vous visez un métier en particulier et que vous considérez que c'est le domaine d'activité où vous serez le meilleur, alors foncez, sans avoir à tenir compte de ce que votre entourage pourrait penser. Faîtes confiance à votre intuition et croyez en vos rêves. » 

 

Le journaliste a rejoint Canal+ Sport Afrique en 2016 et présente notamment les soirées Ligue des Champions © DR Le journaliste a rejoint Canal+ Sport Afrique en 2016 et présente notamment les soirées Ligue des Champions © DR

 

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