Non aux procédures-bâillons au Rouvray !

Quel est le plus condamnable : mettre en danger potentiellement mortel des patient·es et des soignant·es ou injurier celles et ceux qui placent les autres face à un tel risque ?

Quel est le plus condamnable : mettre en danger potentiellement mortel des patient·es et des soignant·es ou injurier celles et ceux qui placent les autres face à un tel risque ? La direction du CH du Rouvray, à l’abri dans ses bureaux, assène un conseil de discipline à des soignants ayant eu l’audace de dénoncer sa propre faute, bien plus sérieuse.

En cause : leur commentaire désobligeant d’une note interne publiée sur les réseaux sociaux fin mars. Cette note, non signée mais diffusée à titre de consigne générale, enjoignait le personnel à n’utiliser qu’un seul masque jetable par semaine, en le faisant simplement sécher chaque jour. Splendide progrès ensuite : deux masques par soignant·e pour quatre ou cinq jours, à faire sécher alternativement toutes les quatre heures. Selon la direction toujours, il convenait alors de ne pas donner de masques aux patient·es, même malades, car elles et ils étaient supposément incapables de les utiliser correctement. Depuis que les stocks de masques sont renfloués, les malades sont à ses yeux devenu·es subitement compétent·es pour en porter.

Neuf agent·es ayant exprimé leur désaccord ont été convoqué·es pour des entretiens comminatoires dans les locaux de la direction. Deux d’entre eux, n’ayant pas pu réprimer des insultes face à cette gestion défaillante, vont passer en conseil de discipline et risquent une exclusion pouvant aller jusqu’à deux ans. Faut-il se taire (devoir de discrétion) face à des manquements graves à la sécurité et au soin ? Faut-il parler avec déférence (respect de la hiérarchie) pour faire cesser ces manquements en toute urgence ? Au Rouvray, des soignants ont placé la vie des malades et du personnel au-dessus des règles de politesse. La direction de l’hôpital, quant à elle, veut museler les lanceurs d’alerte.

Nul hasard si les agent·es visé·es par les procédures disciplinaires actuelles ont toutes et tous été très investi·es dans la grève du printemps 2018 au CH du Rouvray, visant à obtenir des moyens pour du soin et revendiquant une psychiatrie non maltraitante. Leur engagement ne faiblit pas, sa répression non plus. L’un des salariés passant aujourd’hui en conseil de discipline a participé à la grève de la faim de 18 jours, au péril de sa santé. Lui et sept autres soignant·es ne l’avaient interrompue qu’après avoir arraché un protocole d’accord à la direction de l’époque. Deux ans plus tard, alors qu’un nouveau directeur a été mis en place par l’Agence régionale de santé (ARS), non seulement ce protocole n’est toujours pas mis en œuvre, mais les ancien·nes grévistes continuent de subir des mesures de rétorsion.

Le cas du Rouvray n’est pas isolé : l’épidémie battait toujours son plein que les procédures-bâillons se multipliaient. À l’hôpital de la Timone à Marseille, des infirmières qui avait dénoncé les surblouses défectueuses censées les protéger ont subi des pressions de leur direction pour se taire. Dans la Marne, un inspecteur du travail a été mis à pied pour avoir alerté sur le manque de masques dans une association d’aide à domicile. À l’hôpital d’Haumont, une aide-soignante déléguée syndicale a été mise à pied à titre conservatoire pour avoir exigé des masques et des tests de dépistage pour les soignant·es. Face à la levée de boucliers, elle a été réintégrée sans sanctions.

Les managers, glorifiant l’abnégation et le dévouement dont ils tirent sans scrupule leurs profits, satisfaits de payer le personnel en médailles et en applaudissements, poussent des hauts cris indignés dès qu’une contestation de leur gestion hasardeuse s’élève. Ils voudraient faire passer la défense de la qualité et de la dignité des soins pour une faute professionnelle ? À d’autres ! C’est le management comptable de l’hôpital et du médico-social qui est une insulte à notre santé, à nos savoirs-faire, à notre souci des autres, à nos vies ! C’est lui et lui seul qui doit être jugé sur le banc des accusés.

Nous, habitant·es de la métropole de Rouen, usager·es ou proches d’usager·es de l’hôpital public, jugeons indécentes les pressions et mesures punitives à l’encontre des lanceurs d’alerte. Comme elles et eux, nous exigeons le respect des patient·es comme des soignant·es, ainsi que l’accès à des soins de qualité et à une vie digne pour toutes et tous.

Rendez-vous le mardi 16 juin à 9h30 devant le CHU de Rouen pour la journée de mobilisation pour l'hôpital public !

D'autres rendez-vous à venir pour soutenir les soignant·es du Rouvray !

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