INTERSECTIONALITÉ ET LUTTE DES CLASSES

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Titre :

INTERSECTIONALITÉ ET LUTTE DES CLASSES

  1. Incipit :
    INTERSECTIONALITÉ ET LUTTE DES CLASSES, c’est les pires des hommes et les pires des féministes à la fois) qui me m’ignorent et me refusent jusqu’à un retweet maintenant que je suis dans la m...

Entamons donc la lecture de « comment je suis devenue une guenon, ah zut c’était une négresse à plateau »

Fin de l’introduction

Ayant eu, ces deux dernières années, une expérience - de précaire hélas - sur 6 pays (pour deux d’entre eux- la France et l’Espagne où je suis tombée malade - c’etait une expérience assez approfondie) en tant que travailleur européen pauvre.

Je précise en tant que travailleuse Europeene car bien que je sois insatisfaite de mon sort, j’ai bien dû avoir droit à quelques égards, égards dont je n’ai pas toujours mesuré le prix...

Pour les contrôles policiers, par exemple, à part ces jours derniers, où ma photo est parue sur Twitter, je ne me suis fait contrôler qu’une seule fois en 53 aaaans de vie (et ce fut cette fois là dramatique) par les forces de l’ordre... Je n’ose penser à ce que j’ai parfois vu ou vécu avec des amis « de couleur » (quelque soit la couleur) car si cela m’arrivait à moi (la manière d’être contrôlé tout le temps et la façon dont les FDO parlent à certains) je crois bien que je serais devenue une grande meurtrière ou me serait noyée dans quelque chose...
j’ai la peau blanche et les traits réguliers et bénéficie donc, spontanément, d’un certain capital social que certains pourraient m’envier...

Néanmoins je m’estime victime régulièrement de pauvrophobie, voire de discrimination malgré ma couleur de peau, et l’armée de cette discrimination a pour moi été mon passage en foyer pour SDF durant le confinement COVID19.

Ces traitements grossiers, réservés aux plus « fragiles » - et je mets les guillemets à propos, car il en faut de la force pour subir tout cela - usent et démotivent et les blessures de l’estime de soi, dont se rient les travailleurs sociaux, sont pourtant bien réelles et bien douloureuses...

On ne parle pas d’estime de soi, par contre, pour les « minorités marginales » dont je fais partie malgré moi et malgré ma couleur de peau, mais d’amour propre...
On nous dit, lorsqu’on est blessé.e par une obscure et jargoneuse locution perverse narcissique dont on ne sait exprimer la cruelle portée :
« oh, mais ce n’est qu’une blessure d’amour propre, il faut passer par dessus ce genre de choses » ...
Ainsi il nous est tout le temps reproché, par ceux là même qui semblent chargés de nous seconder, de nous aimer, l’amour propre, ce n’est pas bien, il faut « arrêter de voir tout en noir » , « apprendre à positiver » et « cesser de me plaindre sans cesse ».

Il me semble bien que ces injonctions ne sont pas signe de bienveillance de la part de mes interlocuteurs...

Les « travailleurs issus du social » n’ont pas, eux, de problème d’amour propre ... ils ont des problemes « d’estime de soi »et « travaillent » hardamment à redresser la barre et à « apprendre à s’aimer et à s’accepter» tandis qu’un pauvre (marginal/pauvre/fou/ou de couleur ) comme moi, « passe son temps à se plaindre pour des choses qui n’ont pas d’importance ». Qu’importe si j’ai droit au tutoiement d’office réservé aux basses castes, qu’importe si j’ai faim et si mes papiers ne sont jamais faits par ceux là même qui sont payés pour m’aider, tout cela n’a pas d’importance, et je fais bien « des histoires pour rien »

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