Sophie Bialek

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Billet de blog 16 septembre 2008

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Médiapart : à consommer avec modération

A la suite de l'article de Vincent Truffy, sous le titre "Le Club en chantier", Dominique Conil énumère quelques significations possibles pour l’abonné du recours à l'usage de la fonction "alerte", : « délation ? Censure ? Laisser parler ? Cautionner par le silence ? la question n'a pas fini de se poser ». D'autant que les questions énumérées concernent tout autant l'instance réceptionnaire des messages quant au mode de traitement de leur contenu. D'où la nécessité de formuler, me semble-t-il, à ce propos quelques questions préalables.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la suite de l'article de Vincent Truffy, sous le titre "Le Club en chantier", Dominique Conil énumère quelques significations possibles pour l’abonné du recours à l'usage de la fonction "alerte", : « délation ? Censure ? Laisser parler ? Cautionner par le silence ? la question n'a pas fini de se poser ». D'autant que les questions énumérées concernent tout autant l'instance réceptionnaire des messages quant au mode de traitement de leur contenu. D'où la nécessité de formuler, me semble-t-il, à ce propos quelques questions préalables.
Dans son article introductif au "chantier" (on se demande, au vu du fil de commentaires, si l’humour de l’intitulé était volontaire ou non) Vincent Truffy fait référence à la polémique faisant suite à la publication de mon billet « Lettre ouverte à Mediapart » au cours de laquelle à été soulevée "en partie" (sic) la question relative au classement quantitatif. Je suppose néanmoins que Vincent Truffy ne tient pas pour autant l' « autre partie » pour insignifiante.
Mon intervention met en cause la ligne éditoriale de Mediapart, et la responsabilité de sa direction quant à « l'occupation du terrain » (l'expression est de Vincent Truffy, dans une réponse à l’un des commentaires ) par l’affaire Charlie-Hebdo, tout au long du mois d’août, à la faveur de la publication successive de trois articles d’Edwy Plenel. auquel s’est ajouté un article de Nicolas Chapelle récapitulant la teneur des commentaires. Dès la rentrée de septembre, un énième article, signé François Bonnet, fustigeant l’un des protagonistes de cette affaire, fait son apparition à la une de la page d’accueil, cette fois côté « Club » bientôt suivi au même emplacement d’un billet émanant d’un abonné annonçant la sortie de Siné Hebdo. Cette ligne éditoriale d’allure obstinée au sujet d’ une affaire au demeurant mineure, a été maintenue en dépit d’une avalanche de commentaires au sein desquels des propos, d'abord équivoques puis franchement douteux, n’ont cessé de croître et se multiplier. De cette avalanche de commentaires a découlé en outre la publication d'une "lettre à Val" et l'occupation redoublée de la une par ladite "affaire" , pour cause de classement quantitatif
J'en viens donc à la question précise du respect de la charte éditoriale sur Mediapart et de la limite morale, telle que définie dans cette charte, à savoir comme résidant dans la maxime "Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait".
Je souhaiterais tout d'abord avoir des précisions quant à cet "autre". Doit-on considérer que l'ensemble concerné par le respect de cette limite morale est strictement circonscrit à l'espace participatif (journalistes et abonnés) de Mediapart ? Autrement dit, la limite morale sur Mediapart, a-t-elle elle-même sa limite, au-delà de laquelle tout franchissement, n’engage plus la responsabilité morale de qui que ce soit , y compris celle de la direction ? La prise à partie d’un certain nombre de personnalités, de façon répétitive, ad hominem, sur le mode agressif, serait-elle moralement admissible au motif que ces personnalités ne font pas partie du club de Mediapart ?
A l’occasion de mes premiers commentaires sur Mediapart, Edwy Plenel s’est manifesté à mon attention pour m’appeler à la modération. La raison invoquée était que l' ironie de mon propos ne lui semblait pas de bon aloi. Il me conseillait plutôt d'être patiente, de recourir à la pédagogie, aux explications... Soit. L’ennui, toutefois, est que dans le fil de commentaires où mon propos avait pris place, s’accumulaient déjà des propos douteux à l’égard desquels Edwy Plenel restait indifférent. Un comble, si l’on considère, en outre, que parmi ces propos douteux, il y en avait au moins un à caractère diffamatoire, autrement dit relevant non seulement de la responsabilité morale mais également de la responsabilité légale. J’ai extrait ce propos pour le porter à son attention. Sans plus d’effet, sinon cette remarque "aucun journaliste ne s'exprime de la sorte. ça n'est pas représentatif de Mediapart".
Pouvait-on dès lors compter sur les qualités professionnelles des journalistes de Mediapart ? Ou devait-on prendre acte de l'irresponsabilité qui consiste à laisser certains abonnés déblatérer de la pire façon au motif que l’adhésion à la charte implique que ceux-ci ont préalablement accepté la pleine et entière responsabilité de leurs propos, sans songer un instant que la responsabilité légale de l'éditeur se trouve elle aussi engagée ? Devait-on admettre en outre qu’on incite l'abonné à pratiquer l’art de la modération à l'égard de son semblable, tâche à laquelle la bien nommée "Art Monika" se dévouait elle-même, au sein du déchaînement suscité par l’"affaire", non sans talent certes, mais de son aveu même, hélas, sans succès... Tandis que la direction, de son côté, s’employait à « animer » , à coup de publications itératives, les mauvaises passions ? A l’occasion d’un commentaire publié sur son Blog (Médiapart, ce qu’il est, son avenir), René Lorient, universitaire, nous dit voir dans cette « richesse insoupçonnée » que constituent les commentaires sur Médiapart (notamment sur l’affaire Siné) une mine inépuisable de sujets de mémoire. Mémoire de maîtrise, s’entend (autrement dit rien à voir avec un quelconque devoir). C'est qu'il sont révélateurs des "noeuds de notre civilisation". Qu'il montre donc lui-même l'exemple de son savoir-faire avec lesdits noeuds en répondant dès à présent à cette question à choix multiples : « la négation de l’existence de l’antisémitisme contrevient-elle à la charte éditoriale de Médiapart ? » : oui, non, ça dépend du contexte,...

In fine
, la solution au problème posé par la ligne éditoriale de Mediapart, au vu de l'expérience cumulée depuis fin juillet, ne consisterait-elle pas plutôt à modérer les animateurs, s'agissant des sujets sensibles ? Une telle question mérite d'être posée au futur : le surgissement d'une actualité concernant la situation au Moyen-Orient peut s'avérer propice à réactiver les braises. Le procès Siné / Licra aura lieu en janvier prochain. Se pose d'ores et déjà la question de la couverture médiatique que Mediapart entend lui réserver, au regard de l'expérience des mois d'août et septembre. Evidemment, si l'attention que la direction porte à Mediapart consiste à simplement à comptabiliser les abonnements enregistrés au cours de la période concernée tout en s'en remettant au régime de l'alerte déclenchée par les abonnés, elle risque fort d'ici peu de se faire à nouveau sonner les cloches.

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