Oumar Ly s'en est allé

En octobre 2013, nous consacrions un portfolio à Oumar Ly, photographe sénégalais, auteur d'émouvants portraits d'enfants, d'adultes, de familles ou d'amis. Sa mort a été annoncée le 2 mars 2016.

Il était né vers 1943 à Podor, au nord du Sénégal, et depuis 1963, il photographiait les gens alentour. Portraits individuels, de groupe, ou instantanés, chacun de ses clichés raconte une histoire : l'objectif était toujours le même (un Rolleiflex 6×6), la distance aussi, mettant en relief la pause ou le décor choisis par le modèle. A l'occasion d'une exposition qui lui était consacrée à la fin de l'année 2013 au Comptoir général (Paris X), il avait quitté exceptionnellement son village et tiré le portrait de quelques visiteurs parisiens. L'alternance de portraits d'ici ou d'ailleurs, toujours sous un même regard, devint sur Mediapart un portfolio titré « Paris en brousse : portraits croisés », toujours disponible ici.

Oumar Ly, à gauche, lors de son exposition au Comptoir général. © © Oumar Ly / Courtesy Le Comptoir Général Oumar Ly, à gauche, lors de son exposition au Comptoir général. © © Oumar Ly / Courtesy Le Comptoir Général
« Ce mercredi matin, 2 mars 2016, le studio Thioffy n’ouvrira pas ses volets sur la rue du marché de Podor, au Sénégal », écrit Frédérique Chapuis, journaliste à Télérama et auteur du livre Oumar Ly. Portraits de brousse, dans l'annonce du décès. « Les amis du photographe Oumar Ly ne se retrouveront pas comme à l’accoutumée autour du thé à la menthe, pour commenter les nouvelles du coin. À soixante-treize ans le Monsieur est parti. Brutalement. Laissant derrière lui une grande famille et des archives photographiques uniques, relatant la vie des habitants de Podor et des villages bordés par le fleuve, face à la Mauritanie. On y découvre un petit monde peuplé de visages d’enfants et d’adultes qui ont pris la pose dans le studio, dès les années 1963, devant les toiles peintes illustrées d’un Boeing 747, d’une mosquée, d’un paysage luxuriant. On y trouve aussi – et ce qui est plus rare – des milliers de clichés pris dans les villages avec pour seul fond, un pagne, la portière blanche de la 2CV du sous-préfet ou tout simplement le ciel pâle écrasé par la chaleur. Sur ces images-là on devine, invité en douce, le paysage de la brousse : terre sèche clairsemée d’acacias, fouettée par l’harmattan. Et surtout la singularité de chacun des modèles qui timidement, maladroitement, s’offre pour la première fois à l’objectif du photographe. Tous ces magnifiques et émouvants portraits réalisés par Oumar Ly resteront à jamais la mémoire de Podor. Des images justes. Simplement justes et libres. »

Portrait de brousse, 1963-1978. © © Oumar Ly / Marie-Louise & Fils Portrait de brousse, 1963-1978. © © Oumar Ly / Marie-Louise & Fils
Du simple portrait d’une vieille dame assise à même la natte au sol, à la pose d’une jeune fille exhibant avec fierté et un zeste de provocation sa mini-jupe et ses lunettes de soleil, la « galerie-photo » d'Oumar Ly a rassemblé plus de 5000 clichés en plus de 40 ans et constitue un témoignage exceptionnel sur une communauté rurale africaine. Illettré et autodidacte, il s'était entouré depuis 2008, de huit apprentis auxquels il transmettait tout son savoir.

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