[PHOTOGRAPHIE] Romain Laurendeau et Maxime Matthys primés à Sète

Samedi 1er juin au Théâtre de la mer à Sète furent remis les prix Isem (ImageSingulières-Etpa-Mediapart) visant à soutenir des projets photographiques en cours s’inscrivant dans le champ de l’image documentaire.

Le Grand Prix a été attribué à l’unanimité à Romain Laurendeau pour son projet Génération Mister Nice Guy: une jeunesse palestinienne sous emprise traitant des ravages du cannabis de synthèse auprès des jeunes habitants en Cisjordanie.

Romain Laurendeau écrit : « Le cannabis de synthèse a fait son apparition dans les rues de Tel Aviv il y a quelques années avant d’en être banni et d’inonder Jérusalem-Est et la Cisjordanie voisine. Très bon marché, fortement addictif et 50 à 100 fois plus puissant que la marijuana, ce stupéfiant change aussi souvent de composants que de nom [aujourd'hui, c'est Mister Nice Guy, ndlr]. Vendue dans des petits paquets colorés, l’herbe est arrosée de produits divers: THC de synthèse mais aussi acétone, pesticides, speed et parfois mort au rat. » Il raconte qu’aujourd’hui, « des laboratoires clandestins poussent comme des champignons et des Palestiniens, de plus en plus jeunes, se défoncent en cachette ».

Génération Mister Nice Guy © Romain Laurendeau Génération Mister Nice Guy © Romain Laurendeau
Pour l’instant, Romain Laurendeau a surtout photographié le seul centre de désintoxication en Cijordanie (voir ici le portfolio sur Mediapart), et avec ce prix, doté de 8000 euros et qui vise à aider un photographe à poursuivre un travail documentaire, il entend aller dans les familles, contextualiser la dérive de ces jeunes, comprendre pourquoi, «la génération Intifada a fait place à la génération Mister Nice Guy». Son travail (déjà remarqué pour ses photos sur la jeunesse algérienne avant même la révolution d’avril 2019) sera exposé en 2020 à Sète, durant le festival ImageSingulières.

Le prix Jeune photographe, doté de 2000 euros, a été attribué à Maxime Matthys, 24 ans, pour 2091 – The ministry of privacy. Avec ce titre inspiré de 1984 de George Orwell, ses photos explorent les technologies de reconnaissance faciale utilisées par le gouvernement chinois pour surveiller et opprimer les habitants de la région ouïghoure du Xinjiang. Il s’intègre dans une série de trois chapitres distincts (The Ministry of Privacy, the Ministry of Love et the Ministry of Truth) qui documentent les différentes facettes de l’oppression chinoise. Ses photos feront l’objet d’un portfolio le 7 juin sur Mediapart, mais Maxime Matthys est déjà reconnu pour son travail sur la génération Tinder, du nom de cette application de rencontres.

Enfin, quatre autres projets ont été remarqués par le jury dans le cadre du Grand Prix : celui de Nicola Bertasi sur les effets de l’agent orange durant la guerre du Vietnam ; celui de Julien Chatelin, Promised Lands ; celui de Scarlett Coten, Plan américain, sur les figures de la masculinité aux Etats-Unis ; et celui de Marion Gronier, American monuments, portraits de communautés fondatrices des Etats-Unis.

Le jury du prix Isem (ImageSingulières-ETPA-Mediapart) s’était réuni le lundi 15 avril 2019, à Sète. Il était composé de Pierre Barbot (président de l’association CéTàVOIR), Gilles Favier (directeur artistique du festival ImageSingulières, photographe), Corine Fransen (directrice pédagogique de l’ETPA) et Fabienne Pavia (éditrice, Le Bec en l’air) et Sophie Dufau (Mediapart). Plus de 300 dossiers de candidatures ont été reçus pour cette deuxième édition.

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John Trotter, lauréat l'an passé du prix Isem, expose en ce moment à Sète son travail sur l'assèchement du Colorado (voir le portfolio sur Mediapart) dans le cadre du rendez-vous photographique ImageSingulières qui se tient jusqu'au 16 juin. Voir la programmation ici.

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