Le village qui accueille le monde

Avec « Le fils de l'épicière, le maire, le village et le monde », la réalisatrice Claire Simon fait, à travers ses habitants, le portrait de Lussas en Ardèche, un village où culture et agriculture se nourrissent mutuellement.

Le plateforme pour diffuser des documentaires en ligne… une start-up installée dans un village… des embauches grâce au secteur culturel... il y a cinq ans, tout ceci paraissait très utopiste. Une pandémie plus tard, les villages peuvent devenir des refuges pour travailleur à distance, la fermeture des salles de spectacles a habitué certains spectateurs à regarder sur leurs écrans ce qu’autrefois ils allaient chercher au cinéma, et pour la culture, on a bien senti que le secteur était essentiel. C’est ce chemin que l’on peut mesurer grâce au documentaire de Claire Simon (sorti en salle le 1er septembre) Le fils de l’épicière, le maire, le village et le monde.

Claire Simon a filmé pendant trois ans à Lussas (en Ardèche, à 35 kilomètres à l’ouest de Montélimar) la naissance de Tënk, plateforme du documentaire d’auteur avec qui, dès le début, Mediapart a noué un partenariat qui vous permet de voir chaque samedi sur notre site, un film de son catalogue. Claire Simon en a d’abord fait une série et aujourd’hui, ce long métrage d’1h40. 

Bande-annonce du film « Le fils de l'épicière, le maire, le village et le monde » de Claire Simon

À Lussas, « il y a la rive gauche, la culture ; et la rive droite, l’agriculture », décrit une femme en cueillant des poires. Et c’est toute l’habileté de Claire Simon que de montrer comment cohabitent ces deux mondes, comment ils se nourrissent.

Il y eu au départ deux copains de classe : Jean-Marie Barbe, le fils de l’épicière qui créa avec d’autres à la fin des années 1980 les Etats généraux du film documentaire (dont la 33e édition vient de s’achever) et Jean Paul Roux, vigneron et maire depuis 1987. Chacun sa vie et ses centres d’intérêt mais une conviction commune : un village se meurt quand on n’y fait plus rien. 

Côté agriculture, le village est confronté à tout ce qui fait aujourd’hui le monde : sous une météo de plus en plus capricieuse (2021 aura été particulièrement difficile pour le vignoble), le film de Claire Simon rencontre des producteurs de vin ou de fruits et légumes qui s’interrogent sur le passage en bio, sur la course au rendement, sur la transmission à la génération suivante...

Côté culture, le village est confronté là encore à tout ce qui fait le monde. Il n’est pas rare de croiser à Lussas un réalisateur cambodgien, malgache, canadien, burkinabé, serbe… Car Ardèche Images est certes à l’initiative des Etats généraux du film documentaire, mais c’est aussi la Maison du doc, créée en 1994, dont la base de données compte près de 42 000 titres ; une École documentaire à destination d’étudiants ou de professionnels ; depuis 2017, elle occupe bâtiment de 1 500 m2, l’Imaginaïre, abritant neuf salles de montage, un studio de montage son, deux studios de mixage, un studio d’étalonnage et des espaces de bureaux et de cours permettant à des professionnels de tout pays de venir y travailler. La mairie réhabilite d'ailleurs en ce moment une belle bâtisse juste en face de l'église pour faciliter l'hébergement et le séjour de ces “étrangers”.

En suivant l’aventure de Tënk (qui cette année a pour la première fois présenté un budget positif et affiche aujourd'hui 16 salariés), Claire Simon a capté l’énergie de ce village hors du commun : où la terre n’est pas incompatible avec l’immatériel, où le territoire n’exclut pas le monde, et où, si rien n’est simple et l’argent manque souvent, l’exigence n’a d’égal que l’optimisme. Revigorant.

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Le Fils de l’épicière, le Maire, le Village et le Monde, Claire Simon, 111 minutes.

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