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Billet de blog 12 mai 2008

Quel «carcan des 35h» ?

Sophie Dufau
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J'aime beaucoup les raccourcis. Vous avez remarqué que l'on parle de plus en plus de la « maison à 15 euros » alors qu'il faudrait dire « la maison à 15 euros par jour » ? Pareil sur les 35h. On répète que Peugeot Cycles, après d'autres, « revient sur les 35h », comme une preuve que l'on est sorti des discussions sur le temps de travail et qu'aujourd'hui cette limite de 35h est obsolète. En fait, Peugeot Cycles revient sur « l'accord 35h ».


La négociation qui va s'ouvrir ne vise pas à faire travailler les salariés au délà de 35 heures, sinon il faudrait les payer plus. Là, il s'agit de les faire travailler plus sans payer davantage.
Où est donc l'astuce ? Elle est dans notion de travail « effectif ».

Cette notion a permis dès 2000 de retirer du temps de travail, les temps de pause, d'habillage, de transport parfois, de formation aussi. Grosso modo, tout le temps qui n'est pas passé à produire, pouvait être retranché du temps de travail. Ainsi les employés de supermarché précisent souvent qu'elles sont dans les faits à 36h par semaine (quand elles ont la chance d'avoir un temps plein), parce que les 5mn de pause réglementaire par heure sont retranchées de leur temps de travail.

Idem chez Renault par exemple : le passage de 39 heures à 35 heures n'a coûté que deux heures à l'entreprise. Le reste fut pris sur une pause quotidienne de vingt minutes et tous les temps de formation. Cette notion de travail « effectif » a eu une traduction très nette dans les statistiques : si avec les lois de Robien ou Aubry I, les entreprises ont baissé leur temps de travail de 10% avec la loi Aubry II et la possibilité de parler en temps de travail « effectif », la réduction a été de 6,4 à 8%.


Que font donc aujourd'hui les dirigeants de Peugeot Cycles ? Comme les lois Aubry ont toujours permis de le faire si une autre organisation du travail permettait d'améliorer le fonctionnement de l'entreprise, ils renégocient avec les syndicats que ce qui peut être considérer dorénavant comme du temps de travail. Et incidemment, imposent à leurs salariés une baisse du taux de rémunération horaire réel.


Travailler plus et gagner moins (de l'heure), c'est peut-être ce que François Fillon entend quand il se réjouit que l'esprit des 35 heures soit aujourd'hui dépassé. Il pourrait d'ailleurs reconnaître que « le carcan des 35h » dont il promet de débarrasser le pays depuis cinq ans permet aussi de s'affranchir du « travailler plus pour gagner plus ». De là à ce qu'il dise «merci Martine»...

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