Les colères du Liban et les fermes bio récompensés par le 4e prix ISEM

Myriam Boulos et Cloé Harent sont les lauréates des Prix ISEM 2021 de la photographie documentaire, un prix soutenu par Mediapart.

Pour soutenir la photographie documentaire et plus particulièrement les projets difficiles à terminer, le rendez-vous photographique de Sète ImageSingulières, le journal Mediapart et l’école de photographie et de game design de Toulouse, l’ETPA, s’engagent, depuis 2018 autour de deux prix :

Le « Grand prix ISEM », ouvert aux photographes du monde entier, est doté de 8000 euros. Le lauréat ou la lauréate pourra avec ce soutien développer et achever un travail documentaire en cours.

Le second « Prix ISEM jeune photographe » s’adresse lui aux moins de 26 ans résident sur le sol français. Doté de 2000 euros, il récompense là aussi un travail en cours.  

Pour la quatrième édition, le jury s’est réuni cette année en visio conférence le 15 avril dernier. Il était composé de

Ensemble il et elles ont examiné 85 candidatures (72 pour le Grand Prix et 13 pour le Prix jeune)

Myriam Boulos à Beyrouth Myriam Boulos à Beyrouth
Le Grand prix a été attribué à Myriam Boulos. Née au Liban en 1992, elle vit et travaille à Beyrouth. Depuis l’âge de 16 ans, elle photographie la ville dans une approche documentaire mais aussi de recherche personnelle. « Comme un moyen d'explorer, de défier et de résister à la société », écrit-elle. Ces dernières années, la crise économique et financière que connait le pays, les manifestations monstres demandant le départ d’une classe politique corrompue, l’explosion dans le port de Beyrouth le 4 août dernier et la crise sanitaire aujourd’hui, ont profondément transformer son travail. En réponse à l’urgence dans lequel vit aujourd’hui le Liban, et alors que les grandes contestations ont pu faire tomber certaines barrières confessionnelles et sociales, elle répond par une production foisonnante, « presque boulimique. Car il se passe toujours quelque chose » qui peut faire basculer le pays. La série qu’elle a présentée au jury témoigne d’un Etat au bord de l’effondrement, où les colères s’agrègent, et où le désespoir de toutes les couches et classes de la population n’a d’égal que le courage et l’espoir de certains pour bâtir un nouveau Liban.

Le jury a aussi retenu le travail de quatre finalistes :

  • Red Black White de Nazik Armenakyan : une série de portraits et natures mortes relatant la condition des femmes malades du sida en Arménie, femmes contaminées par leur mari ;
  • Les deux pieds sur terre d’Alexa Brunet : le suivi sur des années d’adolescents devenus jeunes adultes aujourd’hui prêts à reprendre avec sérénité l’exploitation agricole de leurs parents en Ardèche ;
  • Les plantes guérisseuses de Florence Goupil : l'utilisation de la médecine traditionnelle à base de plantes par le peuple indigène Shipibo-Konibo du Pérou à l’heure de la pandémie ;
  • et Measure and Middle d’Ingmar Bjorn Nolting, sur la crise du Coronavirus en Allemagne.

Ferme biologique de Visargent - Février 2019. © Cloé Harent Ferme biologique de Visargent - Février 2019. © Cloé Harent
Le Prix Jeune a été attribué à Cloé Harent pour sa série Le temps d’une pause, La photographe née en 1998 dans la région toulousaine documente avec une certaine tendresse la vie dans les fermes biologiques et particulièrement les hommes et femmes qui ont choisi d’y consacrer un moment de leur temps, en faisant du woofing.

Outre la dotation financière, ces deux lauréats se voient proposer une publication de leur travail sous forme de portfolio sur Mediapart (le 19 pour Cloé Harent et le 26 mai pour Myriam Boulos) assortie pour le Grand prix d’une exposition à Images Singulière en 2022 et pour le Prix jeune la possibilité d’intégrer une Masterclass de troisième année à l’ETPA.

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En 2020, le Grand Prix était revenu à Christian Lutz pour son projet Citizens, qui documente les mouvements populistes en Europe, et le Prix Jeune Photographe récompensait Julia Gat, dont la série Upbringing traite des jeunes qui suivent un enseignement alternatif. En 2019, c'était Romain Laurendeau qui recevait le Grand Prix pour son projet Génération Mister Nice Guy : une jeunesse palestinienne sous emprise de la droite et le Prix Jeune Photographe avait été attribué à Maxime Matthys, pour 2091 – The Ministry of Privacy, sur la surveillance par intelligence artificielle en Chine. En 2018, John Trotter était le lauréat du Grand Prix pour son sujet sur l’assèchement du Colorado et le Prix Jeune Photographe était revenu à Valentin Russo pour son travail sur Stöðvarfjörður, village islandais plongé dans l’obscurité la moitié de l’année.

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