Les photographes Christian Lutz et Julia Gat, lauréats du prix ISEM, soutenu par Mediapart

Les municipalités d'extrême droite en Europe et les libres enfants des écoles alternatives sont les deux sujets retenus en 2020 par le jury des prix ISEM (ImageSingulières-ETPA-Mediapart). Les photographes Christian Lutz (lauréat du Grand Prix) et Julia Gat (lauréate du Prix Jeune Photographe) ont été retenus parmi près de 220 candidats.

Pour la troisième année consécutive, ImageSingulières, l’ETPA et Mediapart s’associent à travers deux prix pour aider des photographes à achever un projet sur lequel ils travaillent depuis quelques mois voire quelques années. Sur près de 220 candidatures et reçues entre janvier et le 17 avril 2020, une présélection de 60 dossiers répondant au critère du prix (travail réellement en cours, s’inscrivant dans le champ de la photographie documentaire, estimation financière réaliste) ont été présentés le 28 avril 2020 aux cinq membres du jury : Valérie Laquittant (directrice du festival ImageSingulières), Pierre Barbot (président de l’association CéTàVOIR), Corine Fransen (chef d’établissement de l’ETPA), Fabienne Pavia (éditrice, Le Bec en l’air) et Sophie Dufau (Mediapart).

La réunion se tenait en visioconférence.

Hayange, France, août 2014. (Extrait de la série «Citizens») © Christian Lutz / MAPS Hayange, France, août 2014. (Extrait de la série «Citizens») © Christian Lutz / MAPS
Le Grand Prix ISEM a été attribué à Christian Lutz pour son projet Citizens. Né à Genève en 1973, Christian Lutz a d’abord été représenté par l’agence VU avant de cofonder en 2017 l’agence MAPS. Il fut, en 2009, lauréat du Grand prix international du festival Images Vevey pour son travail autour du pouvoir économique au Nigéria : Tropical Gift (2010).

Le projet présenté cette année au jury ISEM, Citizens, documente les mouvements populistes en Europe, dont les « arguments nous renvoient à nos frontières physiques et symboliques ; préparent le terrain de la guerre sociale, des phobies, des asphyxies de la pensée et du lien humain », écrit le photographe qui s’est déjà rendu depuis plusieurs années en Hongrie, au Royaume-Uni, en France, en Pologne, en Autriche, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Suisse, « sur des lieux (des villes) dont les municipalités sont entre les mains de partis populistes de droite glissant pour certains vers le fascisme ». Christian Lutz prévoit d’utiliser le prix pour, à présent, « parcourir la Grèce, la Serbie et la Slovaquie ».

La dimension sociale et politique du projet, son actualité non seulement en raison du Brexit et de la crise des migrants, mais aussi des réactions de chaque Etat européen à la pandémie du Covid-19 ; la richesse des points de vue qui mêlent détails aux foules, portraits et paysage, a convaincu le jury à l’unanimité.

Christian Lutz recevra une aide de 8 000 euros pour poursuivre son projet dont les premières images sont d'ores et déjà en portfolio sur Mediapart. Et il sera exposé en 2021 au festival photographique de Sète, ImageSingulières.

Les projets de quatre autres photographes ont aussi retenu l’attention du jury pour ce Grand Prix : celui de la Belge Brigitte Grignet, travail en noir et blanc sur la Pologne à l’heure du parti ultraconservateur, le PIS ; celui du Chilien Cristóbal Olivares, sur les violences exercées à l’encontre des Mapuches au Chili, violences autant psychologiques que policières ; celui de l’Italien Alessandro Penso, sur les camps de réfugiés du centre de l’Europe, notamment traversés par l’épidémie du coronavirus ; et celui de la Française Mélanie Wenger, qui raconte l’industrie de la chasse aux animaux d’Afrique aux États-Unis à travers l’histoire d’une famille de ranchers texans.

Merlin, France 2014 (Extrait de la série «Upbringing») © Julia Gat Merlin, France 2014 (Extrait de la série «Upbringing») © Julia Gat
Le Prix Jeune Photographe, qui offre 2000 euros à un ou une photographe de moins de 26 ans, résidant sur le sol français, a été attribué à Julia Gat. Son travail, empli de couleurs et d'énergie sur des jeunes qui suivent un enseignement alternatif sans école obligatoire, illustre une certaine idée de la liberté de l’enfance. Deux autres travaux ont aussi particulièrement retenu l’attention du jury : celui de Benoît Durand, sur les ravages du chlordécone, un pesticide organochloré toxique, aux Antilles ; et celui de Lauren Pearson sur un groupe de militant.e.s anarchistes, féministes, anticapitalistes vivant de squatt et d’actions sociales.

En 2019, le Grand Prix avait été attribué Romain Laurendeau (lauréat du World Press Photo 2020) pour son projet Génération Mister Nice Guy : une jeunesse palestinienne sous emprise (voir les premières images en portfolio sur Mediapart) qui traite des ravages du cannabis de synthèse auprès des jeunes habitants en Cisjordanie. Compte tenu de la crise sanitaire et de l’annulation des festivals jusqu'à la fin de l'été, l’exposition de ce travail à Sète, prévue fin mai 2020 à l’occasion du festival ImageSingulières, a dû être reportée et nous espérons pouvoir exposer ces images au cours du dernier trimestre, dans un lieu et à une date qu’il nous faut encore définir. En 2019 toujours, le prix Jeune Photographe avait été attribué à Maxime Matthys, pour 2091 – The Ministry of Privacy. Sa série a été présentée en 2020 lors de l’exposition collective « Neurones, les intelligences simulées » au Centre Pompidou.

En 2018, c’était John Trotter qui avait remporté le Grand Prix ISEM, pour ses photos sur l'assèchement du Colorado et le Prix Jeune Photographe était revenu à Valentin Russo pour son travail sur Stöðvarfjörður, village islandais plongé dans l'obscurité la moitié de l'année.

Avec ces prix, qui explorent différentes formes d'écritures au fil des ans, ImageSingulières, l'ETPA et Mediapart confirment leur volonté de soutenir et d'accompagner une photographie documentaire.

En vidéo, un aperçu du travail des lauréats et finalistes du prix ISEM 2020

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