Violence normale à Champigny

"Allahu Akbar" a crié un des assaillants de notre lycée...

"Allahu Akbar" a crié un des assaillants de notre lycée avant de s'élancer, barre de fer à la main, entouré de trente jeunes en cagoule bien décidés à en tabasser quelques autres...

... Euh, non, je blague. S'il avait crié comme ça, on aurait tout eu, le rectorat, les journaux, les politiques, les condoléances, le plan prévention violence et les hélicoptères. Non ! C'était juste de la violence "ordinaire", de celle qui fait s'affronter les bandes de jeunes pour des conflits de territoire, pour la gloriole, pour se venger d'une descente qui vengeait une descente qui vengeait... ça dure depuis 50 ans. Un blessé à l'hôpital, les surveillants gazés et molestés. Nos gamins traumatisés. De jeunes profs, en larmes, parce qu'ils se sentent impuissants à protéger leurs élèves. De vieux profs, tout aussi atterrés, parce qu'en 20 ans, ils n'avaient pas vu un tel niveau de violence. De plus vieux profs encore, dégoûtés, parce qu'ils ont tout connu des cycles de dégradation, de reconquête patiente, d'union qui fait la force, de résistance qui arrache des postes contre l'austérité, des projets, des dispositifs, des "faisant fonction" de bouche-trou qui font ce qu'ils peuvent, des formations à la gestion de crise,...et qui voient tout le bidule se déquenouiller. Pendant que ça gesticule à propos de la Refondation, là-haut, nous, le sol se délite.

Nous nous sommes arrêtés, tous, rassemblés et nous avons fait usage de ce qui s'appelle le droit de retrait. Pour stopper le jeu, renvoyer les élèves chez eux, et essayer d'obtenir du rectorat une politique à la hauteur des risques et des enjeux. C'est ça aussi, les trahisons de la gauche, des lycées qui étaient classés il y a encore quelques années en "prévention violence" et qui n'y sont plus. Quelques moyens supplémentaires étaient alors alloués pour mener une politique de prévention, de proximité et de pédagogie adaptée. Plus rien, sinon la fiction que notre lycée est comme les autres.

Ah, je vous rassure, quand même, l'Islam, c'est vraiment le cadet de leurs soucis.

Demain, Marwan Mohammed viendra peut-être nous aider à comprendre et anticiper ce qui nous tombe dessus. Nous avons été très intéressés par l'un de ses articles, qui décrit et analyse en sociologue les "embrouilles"des cités entre Villiers et Champigny, nos bassins de recrutement d'élèves. Il explique tout en finesse le phénomène en l'ancrant dans une situation de grande pauvreté ( tous les indicateurs sont au rouge), et en l'expliquant par des logiques d'honneur, de "bravoure" visant la reconnaissance et l'estime de soi, quand on n'a rien d'autre que son corps et son audace à mettre en jeu. Son article (qui donnera un livre) est formidable, incroyablement éclairant pour nous qui connaissons les jeunes garçons ici tellement bien décrits. http://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2009-2-p-173.htm

http://ses.ens-lyon.fr/marwan-mohammed-la-formation-des-bandes-139935.kjsp?RH=1195058832383

 

 

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